FRÉ­DÉ­RIC TADDEÏ « JE ME FOUS D'ÊTRE PAYÉ PAR POU­TINE ! »

Pro­pos re­cueillis par Daoud Bou­ghe­za­la, Éli­sa­beth Lé­vy et Gil Mi­hae­ly

Causeur - - Actualité -

À par­tir de la ren­trée, pour suivre la nou­velle émis­sion de dé­bats de Fré­dé­ric Taddeï « In­ter­dit d'in­ter­dire », il vous fau­dra zap­per sur Rus­sia To­day. Si les bons es­prits se sont étran­glés à l'an­nonce de ce trans­fert, pas­ser de France té­lé­vi­sions à une chaîne pu­blique russe pro-pou­tine ne pose pas de pro­blème dé­on­to­lo­gique à l'ex-ani­ma­teur de « Ce soir ou ja­mais » : peu im­porte qui sert la soupe du mo­ment qu'on peut cra­cher de­dans…

Cau­seur. Au mo­ment de si­gner à Rus­sia To­day (RT), où vous ani­me­rez du lun­di au jeu­di l'émis­sion « In­ter­dit d'in­ter­dire », vous êtes-vous de­man­dé si ça vous gê­nait d'être payé par Pou­tine ? Fré­dé­ric Taddeï. Je me fiche com­plè­te­ment de qui me paye du mo­ment qu'on me laisse libre de faire ce que je veux, d'in­vi­ter qui je veux et de par­ler de ce que je veux. Vous sa­vez ce que di­sait Pierre La­za­reff à ses jour­na­listes ? « Ac­cep­tez tous les ca­deaux et cra­chez dans la soupe. »

Vous vous ap­prê­tez donc à cra­cher dans la soupe…

À ma ma­nière, oui. Quand je fe­rai un dé­bat sur la Rus­sie, j'in­vi­te­rai des pro-pou­tine, ce que je fai­sais dé­jà dans « Ce soir (ou ja­mais !) » et sur Eu­rope 1, et que mes col­lègues ne font pas, et des an­ti-pou­tine, qui au­ront donc tout loi­sir de s'ex­pri­mer li­bre­ment sur RT.

N'em­pêche, vous faites par­tie du plan com de Pou­tine…

Moi, j'ai plu­tôt l'im­pres­sion que c'est l'una­ni­misme de fa­çade qui règne chez nous qui fait par­tie du plan de com de Pou­tine, et pas seule­ment en France. RT Ame­ri­ca est de plus en plus re­gar­dée aux États-unis. Lar­ry King, l'ex-in­ter­vie­weur ve­dette de CNN, y tra­vaille de­puis cinq ans. De cé­lèbres jour­na­listes amé­ri­cains de gauche y animent des talk-shows, comme Ch­ris Hedges, lau­réat du prix Pu­lit­zer 2002, qui est très an­ti-trump, ou Ed Schultz, qui vient de mou­rir, mais qui sou­te­nait ou­ver­te­ment Ber­nie San­ders et l'a in­vi­té à plu­sieurs re­prises pen­dant la pri­maire dé­mo­crate, alors que le reste des mé­dias pré­fé­rait Hilla­ry Clin­ton.

Rus­sia To­day n'est pas sim­ple­ment un mé­dia pu­blic comme France 3, mais un mé­dia gou­ver­ne­men­tal, voire pré­si­den­tiel. Ses jour­naux té­lé­vi­sés re­lèvent-ils de l'in­for­ma­tion ou de la pro­pa­gande ?

RT s'est ins­tal­lée aux États-unis, en Eu­rope et dans le monde arabe pour faire en­tendre un autre son de cloche. Comme l'a dit An­dreï Kor­tu­nov, le di­rec­teur du Conseil russe pour les af­faires in­ter­na­tio­nales, rap­por­té par Le Monde di­plo­ma­tique, que j'adore →

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