C'ÉTAIT ÉCRIT LA DAME AUX CHATS

Si la réa­li­té dé­passe par­fois la fic­tion, c'est que la fic­tion pré­cède sou­vent la réa­li­té. La lit­té­ra­ture pré­voit l'ave­nir. Cette chro­nique le prouve.

Causeur - - Culture & Humeurs - Par Jé­rôme Le­roy

Porte-pa­role du par­ti pré­si­den­tiel, Au­rore Ber­gé est dé­sor­mais une fi­gure émi­nente de la Ma­cro­nie après avoir suc­ces­si­ve­ment sou­te­nu Sar­ko­zy, Fillon, Jup­pé. Elle trouve la vie po­li­tique trop vio­lente, sur­tout avec cette op­po­si­tion qui a le front de… s'op­po­ser. Néan­moins, elle a trou­vé une so­lu­tion pour adou­cir tout le monde. Sa so­lu­tion, c'est le chat. Au­rore Ber­gé est une fer­vente adepte de la « zoo­thé­ra­pie » uti­li­sée en mi­lieu hos­pi­ta­lier pour les per­sonnes âgées ré­con­for­tées par la pré­sence apai­sante de chiens et de chats qu'elles peuvent ca­res­ser à heure fixe. Elle vou­drait ap­pli­quer cette mé­thode à la vie po­li­tique. De là à pen­ser qu'au­rore Ber­gé la prend, même in­cons­ciem­ment, pour un Epahd, il n'y au­rait qu'un pas que nous nous gar­de­rons bien de fran­chir. Elle nous ap­prend ain­si, dans une ren­contre avec Paris Match, qu'elle mi­lite pour la pré­sence de chats à l'as­sem­blée, « car il y a beau­coup trop de sou­ris. » Là non plus, ne nous at­tar­dons pas sur l'in­cons­cient à l'oeuvre dans cette phrase qui pour­rait pour cer­tains mau­vais es­prits dé­non­cer une trop grande fé­mi­ni­sa­tion du Pa­lais Bour­bon.

On lui ob­jec­te­ra, avec Bau­de­laire, que si les chats en­tre­tiennent d'heu­reuses re­la­tions avec les écri­vains, rien n'in­dique que Pis­tache et Ba­loo – ce sont les chats d'au­rore Ber­gé –, sup­por­te­ront l'hé­mi­cycle, sauf uti­li­sa­tion ré­pé­tée du 49-3. Le poète des Fleurs du mal est en ef­fet ca­té­go­rique dans « Fu­sées » : « Pour­quoi les dé­mo­crates n’aiment pas les chats ? Il est fa­cile de le de­vi­ner. Le chat est beau ; il ré­vèle des idées de luxe, de pro­pre­té, de vo­lup­té, etc. » Bref, à moins que la ré­forme consti­tu­tion­nelle qui trans­for­me­ra le Par­le­ment en chambre d'en­re­gis­tre­ment ne passe, le chat ne se sen­ti­ra pas à sa place. Plus fort en­core, Au­rore Ber­gé, sans doute consciente qu'il y a une do­mi­na­tion ca­nine comme il y a une do­mi­na­tion mas­cu­line, dé­clare : « Il faut un chat à l’ély­sée ! » Là aus­si, pre­nons garde : les ani­maux sur les lieux de pou­voir ne sont pas for­cé­ment signe de dou­ceur. Rap­pe­lons, avec Sué­tone, com­ment Ca­li­gu­la trai­ta son che­val fa­vo­ri : « Il lui don­na un pa­lais, des es­claves et un mo­bi­lier, afin que les per­sonnes in­vi­tées en son nom fussent re­çues plus ma­gni­fi­que­ment. On dit même qu’il vou­lait le faire consul. »

Ce­la ne fait pas peur à Au­rore Ber­gé qui dé­clare : « La ma­nière dont on traite les ani­maux re­flète le ni­veau d’une so­cié­té. » Dos­toïevs­ki, dans Sou­ve­nirs de la mai­son des morts, pen­sait à une autre uni­té de me­sure, le tau­lard : « Nous ne pou­vons ju­ger du de­gré de ci­vi­li­sa­tion d’une na­tion qu’en vi­si­tant ses pri­sons. » Mais c'était seule­ment Dos­toïevs­ki, au­tant dire l'an­cien monde. •

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