Per­san

Chats d'Amour - - LIVRES -

Le per­san est un chat de luxe. Hy­per­bo­li­que­ment de luxe. On ne sau­rait même faire plus luxueux que le chat per­san. Il en de­vien­drait presque at­ten­dris­sant d’être à ce point si pré­cieux. On n’ose le tou­cher, le prendre dans ses bras, le re­gar­der. Le Cha­gall est ac­cro­ché au-des­sus de la che­mi­née. Le per­san som­nole sur le ca­na­pé. At­ten­tion dans les deux cas à la moindre éra­flure ! Au coup de plu­meau mal­en­con­treux ! Et pour­vu qu’ils soient bien as­su­rés !

At­ten­dris­sant, le per­san, oui, tant il nous pa­raît fra­gile. Et la fra­gi­li­té, n’est-ce pas aus­si l’une des ca­rac­té­ris­tiques du luxe ? Le per­san ré­clame, que dis-je, exige plu­tôt, des soins in­ces­sants. Ah, ce n’est pas lui que l’on va lâ­cher en pleine na­ture ou au fond du jar­din ! Qui va se dé­brouiller comme un grand, comme un ban­lieu­sard ou comme ses loin­tains an­cêtres, pour chas­ser dans les sous-bois, ar­pen­ter les gout­tières, dis­pu­ter à des ma­tous plus voyous les uns que les autres une cha­rogne de rat ou de mu­sa­raigne ! Avec ses longs poils si soyeux, ses grands yeux éton­nés ou sans cesse fa­ti­gués, il faut le lais­ser au re­pos. Alan­gui. Ou en vi­trine. En bref, il faut se mettre à son ser­vice.

Il existe comme ce­la des femmes du monde ou des de­mi-mon­daines (il en exis­tait du moins au­tre­fois) que leurs femmes de chambre ha­billent, désha­billent, cor­sètent, pom­ponnent, coiffent, poudrent et aident à prendre leur bain. Le chat per­san est de cette race-là. Qu’il fasse sa toi­lette lui-même, vous n’y pen­sez pas ! Il y a des do­mes­tiques pour ça. Ou des hommes. Nous sommes les do­mes­tiques des chats per­sans.

Ils laissent les poils de leur four­rure un peu par­tout. À nous de ba­layer, de pas­ser l’as­pi­ra­teur, de faire place nette. Si, par mé­garde, ou mus par un étrange scru­pule dé­mo­cra­tique, ils se met­taient à se lé­cher eux-mêmes le pe­lage, à se lus­trer comme des grands, comme vous et moi, at­ten­tion ! Ils ris­que­raient d’ab­sor­ber trop de poils qui for­me­raient pelote dans leur sys­tème di­ges­tif. Ils au­raient des va­peurs. Ils suf­fo­que­raient. C’est peut-être très chic d’avoir des va­peurs pour une femme du monde ou un chat per­san. En­core faut-il ne pas en abu­ser.

Pour la nour­ri­ture, même com­bat ! Le chat per­san ne va pas se sa­tis­faire d’un menu fast-food. Ah, pas du tout ! Il exige au contraire des ali­ments va­riés, lé­gumes, viandes et pois­sons. Et un chef étoi­lé au Mi­che­lin, si pos­sible. Comme toutes les stars, il chi­pote, il dé­daigne,

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