Par­lez-vous chat ?

Chats d'Amour - - PRATIQUE -

NNous vous pré­sen­tons ici des ex­traits de l’ex­cellent lilivre « Par­lez-vous chat ? » de Claire Bes­sant. Très bbien do­cu­men­té, ce livre vous per­met­tra de mieux ccom­prendre les goûts et le com­por­te­ment de votre cchat.

Le lan­gage du chat

Le chat, bar­dé de sens ex­tra­or­di­naires, ne les uti­lise pas uni­que­ment pour avoir sa nour­ri­ture quo­ti­dienne. Il s’en sert pour jouir d’une vie so­ciale riche et com­plexe, avec nous et ses sem­blables, au moyen du lan­gage du corps, des ex­pres­sions vo­cales et des odeurs. Nous pou­vons, avec un peu d’observation, com­prendre quelques formes de lan­gage cor­po­rel chez le chat (même si on ne peut en sai­sir toutes les sub­ti­li­tés) et in­ter­pré­ter les in­to­na­tions de ses ap­pels, de ses miau­le­ments et de ses ron­ron­ne­ments. Son troi­sième ou­til de com­mu­ni­ca­tion, ce­lui de l’odeur, est pra­ti­que­ment per­du pour nous (sauf si on est as­sez « chan­ceux » pour cap­ter un ef­fluve de jet uri­naire de notre bon vieux matou). Mais de tous les sens du chat, c’est ce­lui qui est le plus puis­sant, et il consti­tue une par­tie es­sen­tielle de sa vie.

Le lan­gage de l’odeur

L’odeur du chat est, pour­rait-on

dire, sa carte d’iden­ti­té

Un cha­ton nou­veau-né, aveugle et sans dé­fense, fe­ra na­tu­rel­le­ment ap­pel à son odo­rat et à son tou­cher, très dé­ve­lop­pés, et, se gui­dant sur la cha­leur dé­tec­tée, il se di­ri­ge­ra vers les té­tines de sa mère. À l’odeur, il fi­ni­ra par reconnaître la té­tine qui lui est ré­ser­vée et ten­te­ra d’y re­tour­ner à chaque al­lai­te­ment. De son cô­té, la chatte dis­tin­gue­ra ses pe­tits par l’odeur qu’ils dé­gagent et celle qu’elle laisse elle-même sur eux à chaque contact. Ain­si un mode de com­mu­ni­ca­tion s’éta­blit, ba­sé sur l’im­por­tance de l’odeur.

Échanges d’odeurs

Les chats ont à la base de la queue et sur la peau du men­ton, des lèvres et des tempes cer­taines zones où des glandes sé­ba­cées spé­ciales pro­duisent une sé­cré­tion grasse qui leur est spé­ci­fique. Cha­cun,

Texte ex­trait de

pour­rait-on dire, est mu­ni de sa carte d’iden­ti­té. Ils uti­lisent cette odeur pour mar­quer leurs zones et celles des autres chats, des hu­mains et des autres ani­maux. Quand vous car­res­sez votre chat, re­mar­quez comment il frotte tte son men­ton men­ton, ses lèvres et sa tête le long de votre main. Un simple tou­cher dans ces en­droits pré­cis semble don­ner à ces der­niers plus de plai­sir que ne le fe­rait une simple ca­resse de la tête et du dos. En les cha­touillant, nous ré­pan­dons leur odeur et la mê­lons à la nôtre. Les lions vont se frot­ter mu­tuel­le­ment la tête et se bar­bouiller de la même ma­nière pour créer une odeur col­lec­tive ou com­mune syn­thé­ti­sant les élé­ments de tous les membres ami­caux de la troupe. Cette pra­tique leur per­met à la fois de se reconnaître et de dé­tec­ter ins­tan­ta­né­ment la pré­sence d’un in­trus. Pour être ac­cep­té dans le groupe, tout nou­veau ve­nu doit se mê­ler aux autres et en adop­ter l’iden­ti­té. On le re­gar­de­ra d’abord pro­ba­ble­ment avec une cer­taine mé­fiance jus­qu’à ce qu’il ait « mé­ri­té » le droit d’être un membre ac­cep­té. Du­rant cette pé­riode de pro­ba­tion, il se­ra pro­ba­ble­ment im­pré­gné de l’odeur du groupe, et, de son cô­té, il ajou­te­ra la sienne. Dès lors, il au­ra sa carte de membre et il

par les autres fé­lins, comme nous ac­cep­tons et re­con­nais­sons une nou­velle per­sonne dans notre groupe. Même si nous n’en sommes pas vrai­ment conscients, nous avons gar­dé un peu de cette fa­cul­té de reconnaître les odeurs. Des ex­pé­riences chez les hu­mains ont dé­mon­tré que les mères, peuvent, rien qu’en sen­tant, iden­ti­fier le t-shirt de leur en­fant et reconnaître l’odeur de leur propre bé­bé quelques jours après sa nais­sance. Cer­tains flai­re­ront une odeur « fa­mi­liale » sur les t-shirts por­tés par la mère et l’en­fant, ou dis­cer­ne­ront la leur ou celle d’un par­te­naire sur un vêtement. Alors, nous aus­si avons une cer­taine ca­pa­ci­té de dé­tec­ter une fa­mille ou un groupe à son odeur. En ces temps d’em­ploi à tout crin de déso­do­ri­sants, nous fai­sons tout pour éli­mi­ner la moindre trace d’odeur cor­po­relle. Notre propre odeur nous dé­range souvent; pour­tant cer­tains des par­fums par­mi les plus chers que nous uti­li­sons contiennent des sé­cré­tions de la poche anale de di­vers ani­maux, entre autres les ci­vettes, qui sont des créa­tures d’Afrique et d’Asie res­sem­blant aux chats. Dans le cas du chat do­mes­tique, le groupe, la mai­son et le ter­ri­toire ont un pro­fil odo­rant bien dé­fi­ni. Une nou­velle odeur, celle d’un bé­bé, d’un ani­mal en vi­site, ou même d’un nou­veau meuble peuvent al­té­rer cette odeur ha­bi­tuelle et bri­ser l’har­mo­nie entre la bête et son en­vi­ron­ne­ment. Heu­reu­se­ment, en gé­né­ral, la per­tur­ba­tion est tem­po­raire. Ce­pen­dant, si le chat est très sen­sible et fa­cile à dé­ran­ger, une nou­velle odeur pro­vo­que­ra à l’oc­ca­sion des pro­blèmes, tels les ar­ro­sages d’urine dans la mai­son. En pré­sence d’un dé­fi ou d’un dérangement, le chat tente de se ras­su­rer et de sur­mon­ter l’in­sé­cu­ri­té cau­sée par

Une nou­velle odeur dans la mai­son peut pro­vo­quer des ar­ro­sages

d’urine

l’odeur étran­gère en ajou­tant la sienne. Plus loin dans ce livre, vous dé­cou­vri­rez quelques conseils pour sa­voir comment reconnaître et ré­soudre ces pro­blèmes.

Des mes­sages sub­tils

Des chats ami­caux se ren­con­trant, se frottent l’un contre

l’autre

Quand des chats ami­caux se ren­contrent, ils se frottent mu­tuel­le­ment la tête, le flanc et la queue l’un contre l’autre, échan­geant ain­si leurs odeurs et leurs sa­lu­ta­tions, tout comme nous don­nons la main ou em­bras­sons une connais­sance avant d’en­ta­mer une conver­sa­tion ano­dine. Ils lèvent leur queue bien droite afin de flai­rer ré­ci­pro­que­ment leur ré­gion anale, où, en des­sous et au-des­sus de la queue, sont lo­ca­li­sées des glandes. Vous re­mar­que­rez que lorsque vous car­res­sez un chat, ce der­nier semble se his­ser sur le bout des or­teils de ses pattes pos­té­rieures et il sou­lève son ar­rière-train pen­dant tout le temps que votre main bouge le long de son dos. En réa­li­té, il fait un ef­fort pour ac­ti­ver la glande qui se­crète une odeur, ce qui vous donne en quelque sorte la per­mis­sion de l’exa­mi­ner. Quand les chats se net­toient, ils al­longent leurs pattes d’en ar­rière de­vant eux et se lèchent en par­tant de la ré­gion anale et gé­ni­tale, vers la cuisse et la queue, ré­pan­dant leur odeur sur une grande zone qui est nor­ma­le­ment ca­chée par la queue quand le chat marche. Les ca­resses sti­mulent éga­le­ment les glandes à pro­duire le plus de sé­cré­tions pos­sible, et aus­si à les ré­pandre lar­ge­ment à la ronde. Quand un chat fait une ren­contre ami­cale, que ce soit un autre chat ou un hu­main, il lève sa queue ra­pi­de­ment

pour dis­pen­ser l’odeur et en­cou­ra­ger à pro­lon­ger l’ex­plo­ra­tion. Les chats ré­pandent des ef­fluves au­tour de leur do­mi­cile ou de leur ter­ri­toire à l’in­ten­tion des autres chats : en se frot­tant lé­gè­re­ment contre des brin­dilles ou des feuilles, ils se­crètent une tache hui­leuse conte­nant leur odeur. Ils peuvent aus­si dé­li­bé­ré­ment frot­ter leur men­ton plu­sieurs fois contre le haut d’un po­teau en re­trous­sant leur lèvre su­pé­rieure - comme s’ils ri­ca­naient - pour en ar­ro­ser le bout avec des sé­cré­tions des glandes si­tuées au­tour de leur bouche. Les autres chats portent un grand in­té­rêt à ces po­teaux odo­rants et peuvent al­ler de l’un à l’autre, y ajou­tant souvent leur propre odeur en passant. En ins­pec­tant cha­cun de ces po­teaux, ils peuvent dire quand et dans quelle di­rec­tion les autres chats sont pas­sés et y dé­po­ser leur propre mes­sage. Non seule­ment ce pro­cé­dé per­met de lais­ser un mes­sage à l’in­ten­tion des autres chats mais il aug­mente la confiance per­son­nelle de l’ar­ro­seur. Les pe­tits in­ter­stices entre les clô­tures et les haies dans les­quels ils se glissent ha­bi­le­ment quand ils font leur ronde four­nissent des in­dices si­mi­laires. Le pas­sage du chat et les mo­tifs de son par­cours au­ront pour preuves tan­gibles, outre la pré­sence de poils, l’odeur de l’ani­mal et des traces d’huile cor­po­relle. Sur un ter­ri­toire, les chats s’or­ga­nisent souvent sur le mode temps par­ta­gé et ain­si, lorsque vient leur tour de cir­cu­ler, ils apprécient d’y re­trou­ver leur propre odeur. Par ana­lo­gie, lorsque vous ar­ri­vez dans une chambre d’hô­tel, pour vous ap­pro­prier les lieux et vous sen­tir chez vous,

Sur un ter­ri­toire, les chats s’or­ga­nisent sur le mode du temps par­ta­gé

Le frot­tage

Grat­tage et re­ni­flage

Texte et illus­tra­tions ex­traits de

vous vous em­pres­sez de dé­bal­ler le conte­nu de vos va­lises. La vieille croyance qui veut que chaque chat ait un ter­ri­toire exclusif sur le­quel les autres chats n’osent pas s’aven­tu­rer ne tient plus, par­ti­cu­liè­re­ment dans les quar­tiers ur­bains où, en fonc­tion de l’es­pace dis­po­nible, pul­lule une forte po­pu­la­tion fé­line. C’est ha­bi­tuel­le­ment à l’aube ou au cré­pus­cule que le chat le plus af­fir­mé ac­cè­de­ra prio­ri­tai­re­ment à son ter­ri­toire. Les autres chats évi­te­ront la zone à ces mo­ments­là mais y re­vien­dront, di­sons au mi­lieu du jour, quand le risque d’être chas­sés par l’ani­mal do­mi­nant se­ra moindre. Ain­si, les res­sources leur sont dis­po­nibles, mais sur une base de temps par­ta­gé. Les chats se frottent contre les ob­jets de la mai­son et du jar­din tout aus­si bien que contre les gens et les autres ani­maux, non seule­ment pour sa­tis­faire leur be­soin de tou­cher mais aus­si pour dé­po­ser de sub­tiles mar­qués d’odeur. Les glandes si­tuées au­tour du men­ton et des lèvres et à la base de la queue sé­crètent une odeur per­son­nelle que le chat uti­lise pour oindre son ter­ri­toire et ses amis, créant une odeur spé­ci­fique de zone et de groupe. Les chats ont des glandes su­do­ri­fères sur tout le corps mais celles qui sont si­mi­laires aux nôtres sont lo­ca­li­sées sur les cous­si­nets de leurs pattes. Quand ils ont chaud ou qu’ils sont ef­frayés, ces glandes sé­crètent une sueur li­quide, de là les traces de pas sur le plan­cher. Les sé­cré­tions gardent les cous­si­nets hu­mides, les em­pêchent de fen­diller et de pe­ler (comme ce­la se pro­duit sur les cous­si­nets des pattes de chien) chien), de sorte qu’ils de­meurent flexibles et gardent leur sen­si­bi­li­té. La sen­si­bi­li­té est par­ti­cu­liè­re­ment im­por­tante du­rant la chasse noc­turne : pen­dant qu’il fixe sans dé­faillir sa proie, le chat doit pou­voir sen­tir si on marche non loin de lui. Quand un chat griffe un arbre, une porte ou même un bras de fau­teuil, il ne cherche pas seule­ment à dé­bar­ras­ser ses griffes de leur vieille en­ve­loppe et à li­bé­rer de nou­velles pointes ai­gui­sées. En s’éti­rant ain­si, il ajoute aux ob­jets ou aux vé­gé­taux la marque de son odeur. C’est un peu comme s’il his­sait des dra­peaux pour in­di­quer sa pré­sence dans la zone. S’il griffe avec une grande vi­gueur en pré­sence des autres chats, c’est aus­si pour ex­pri­mer sa confiance en lui-même. Les chats qui ont un cô­té ma­cho sont les plus sus­cep­tibles de s’af­fir­mer en pré­sence de leurs sem­blables.

Ar­ro­sage et grat­tage

Quand ils ar­rosent (ou font gi­cler leur urine), les chats adoptent une po­si­tion très ca­rac­té­ris­tique : leur queue dres­sée bien droite tremble. Ils foulent le sol de long en large et font gi­cler une pe­tite quan­ti­té d’urine sur une sur­face ver­ti­cale der­rière eux. L’ac­tion de grif­fer ne sert pas qu’à ai­gui­ser les griffes - les glandes entre les cous­si­nets per­mettent au chat de mar­quer de son odeur la zone grif­fée.

Par­lez-vous chat ? de Claire Bes­sant aux Édi­tions de l’Homme pa­ru le 3 jan­vier 2008

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