Cha­tons mi­gnons

Chats d'Amour - - PORTRAITS -

Il était une fois un cha­ton qui vi­vait dans une grande ferme, mais qui n’avait pas d’ami. Pour­tant, il était loin d’être seul ! Une mul­ti­tude de poules et leurs pous­sins glous­saient dans la cour, et des ca­nards s’ébat­taient dans la mare. Mais per­sonne, du plus pe­tit au plus grand, n’ac­cep­tait de jouer avec lui, et la tris­tesse Un flo­ri­lège des meilleurs pho­tos de ces pe­tites boules de poils ca­pables d’at­ten­drir les grandes bêtes à deux pattes que nous sommes... L’oc­ca­sion pour Chats d’Amour d’ou­vrir un grand concours de pho­tos. Pho­to­gra­phiez vos chats et cha­tons et en­voyez-les à notre ré­dac­tion. Les meilleures se­ront pu­bliées dans notre pro­chain nu­mé­ro. Pour connaître les mo­da­li­tés du concours, ren­dez-vous en der­nière page du jour­nal.

l’en­va­his­sait, sur­tout quand il pen­sait au temps où il vi­vait avec sa mère, au mi­lieu de ses frères et de ses soeurs, à leurs ga­li­pettes, et au ventre doux et chaud contre le­quel ils se cou­chaient, blot­tis les uns contre les le cous­sin sur le­quel il était éten­du, de toute la force de ses griffes, il s’était sen­ti sou­le­vé dans les airs, puis dé­po­sé dans les bras du pe­tit gar­çon. Mal­adroi­te­ment, l’en­fant s’était mis à le ser­rer si fort qu’il ne pou­vait presque plus res­pi­rer. Son coeur bat­tait à grands coups autres. Comme il avait froid main­te­nant! Un jour, il s’en sou­ve­nait comme si c’était hier, un pe­tit gar­çon l’avait dé­si­gné du doigt à son père. Une main l’avait en­suite sai­si for­te­ment, et bien qu’il ait agrip­pé dans sa poi­trine tant il avait peur, et il étouf­fait. Alors il avait sor­ti ses griffes et la­cé­ré le bras du gar­çon, qui l’avait lais­sé tom­ber. De­puis lors, il n’avait plus re­vu les siens, ni per­sonne d’autre d’ailleurs. C’est à peine s’il de­vi­nait la pré­sence de l’en­fant, quand il s’ap­pro­chait

de la mai­son, pour ve­nir man­ger sa ga­melle. Heu­reu­se­ment, il ai­mait beau­coup man­ger, et n’au­rait pour rien au monde lais­sé une miette de son re­pas. Il ne sa­vait pas au juste ce qu’il man­geait, mais en tous cas, ce­la sen­tait ru­de­ment bon. Un jour qu’il s’em­bê­tait comme d’ha­bi­tude, il s’éti­ra de tout son long et sor­tit de la grange où il dor­mait, pour son du­vet per­laient des gouttes de sang. Spon­ta­né­ment, l’idée lui vint d’ai­der ce ca­ne­ton, et bien qu’il ne sut pas comment s’y prendre, le cha­ton dé­va­la aus­si­tôt le ta­lus al­ler se ba­la­der le long du ruis­seau, qui ser­pen­tait à cô­té de la mai­son. Or, quelques cen­taines de mètres plus loin, il en­ten­dit des coui­ne­ments apeu­rés et vit quelques chose re­muer dans les ronces, qui pous­saient au bord de l’eau. Un ca­ne­ton s’y était aven­tu­ré et pris au piège, ten­tait vai­ne­ment de se li­bé­rer, mais à cha­cun de ses mou­ve­ments, des épines le dé­chi­que­taient, et sur et se mit à ti­rer une à une les longues tiges de mû­rier, le plus dé­li­ca­te­ment pos­sible. A chaque fois, c’était un mi­racle d’y ar­ri­ver, car le ca­ne­ton, de­puis qu’il l’avait

aper­çu, s’em­pê­trait de plus belle, plu­tôt que de se lais­ser ap­pro­cher. A me­sure qu’il tra­vaillait, ce­pen­dant, le ca­ne­ton se mon­trait plus confiant, et quand le cha­ton se cou­cha, il grim­pa tout na­tu­rel­le­ment sur son dos. A la mare, les ca­nards, fous d’in­quié­tude, bat­taient des ailes et cou­raient de droite à gauche, dans une vo­lée de plumes. Mais l’ar­ri­vée du cha­ton, et de son pas­sa­ger, mit fin à ce ta­page, comme le vent chasse un nuage. De tous cô­tés, des yeux in­cré­dules les fixaient et ils res­taient là, au mi­lieu des ca­nards, et des poules cu­rieuses qui fon­çaient des quatre coins de la cour. Aus­si­tôt, le cha­ton se vit convier à un grand fes­tin, au­quel as­sis­tèrent tous les ani­maux de la ferme. C’était vrai­ment mer­veilleux d’être en­tou­ré, de s’amu­ser, et ja­mais le cha­ton n’avait pas­sé si agréa­ble­ment la

jour­née. Le re­pas lui-même, aux sa­veurs étranges et exo­tiques, ne lui dé­plai­sait pas, et il se res­ser­vit à plu­sieurs re­prises d’éplu­chures mul­ti­co­lores et de grains jaunes. Ce fut pour le cha­ton le dé­but d’une nou­velle vie. Chaque jour, il re­joi­gnait ses amis, et pas­sait en leur com­pa­gnie la jour­née, sur­veillant les pe­tits, pa­res­sant au bord de la mare, ou dé­gus­tant les éplu­chures qu’on ve­nait leur ap­por­ter. Etait-ce l’ha­bi­tude ? Leur goût lui sem­blait main­te­nant fa­mi­lier, et il ai­mait sous sa dent leur tex­ture cro­quante. Bi­zar­re­ment, plus il man­geait d’éplu­chures, moins sa ga­melle le ten­tait et de plus en plus souvent, il se for­çait pour la vi­der. C’était sur­tout l’odeur qui l’in­com­mo­dait. Une odeur forte, qui sen­tait long­temps après qu’il eut ter­mi­né de man­ger. A cette époque, le cha­ton fit la connais­sance d’un autre chat, ve­nu s’ins­tal­ler à la ferme. C’était un in­di­vi­du pré­ten­tieux, qui li­mi­tait ses ami­tiés aux membres de sa propre es­pèce, voire à une par­tie d’entre elle. D’en­trée de jeu, il avait re­gar­dé de haut les re­la­tions du cha­ton avec le pou­lailler, se gar­dant bien de toute fa­mi­lia­ri­té avec ces gal­li­na­cées, qu’il consi­dé­rait comme quan­ti­té

négligeable. Pour le cha­ton, qui n’avait jus­qu’à pré­sent ja­mais fré­quen­té ses sem­blables, c’était l’oc­ca­sion de trou­ver un ami à son image. Ils pas­saient en­semble de longs mo­ments, à jouer, à se pour­suivre, ou à ses pro­me­ner, et se cou­chaient au so­leil, de tout leur long, en at­ten­dant qu’on leur serve leurs gamelles. Mal­gré cette belle en­tente, le cha­ton n’avait pas re­trou­vé l’ap­pé­tit, et cé­dant dis­crè­te­ment son as­siette, il cou­rait chaque jour au pou­lailler, cro­quer quelques la­melles de pommes, et gri­gno­ter quelques grains. Cette at­ti­tude de­vant les gamelles, au lieu de les ar­ran­ger, fi­nit par leur peser lour­de­ment. L’un re­fu­sant ca­té­go­ri­que­ment de goû­ter aux éplu­chures, et l’autre lut­tant contre la nau­sée qui lui sou­le­vait l’es­to­mac, à chaque re­pas. Leurs re­la­tions s’en res­sen­taient, et même s’ils vi­vaient en frères, l’odeur des gamelles dres­sait entre eux un mur in­vi­sible, que leurs points com­muns suf­fi­saient à peine à ef­fa­cer. In­sen­si­ble­ment, le cha­ton eut moins en­vie de res­ter en sa com­pa­gnie, et pe­tit à pe­tit, il re­pris sa vie d’au­tre­fois, au mi­lieu des poules et des ca­nards. Qui sait, se di­sai­til, peut-être se join­dra-t-il à nous de­main, ou dans un mois.

Et jour après jour, il ne man­qua pas de lui gar­der, dans l’es­poir de sa ve­nue, ses plus belles éplu­chures.

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