Pierre Fleu­ry Le sang show

Ar­tiste équestre re­con­nu, Pierre Fleu­ry nous dit tout de sa phi­lo­so­phie de vie avec ses che­vaux et com­ment faire par­tie in­té­grante du trou­peau. Avec lui, du­rant quelques mois, vous al­lez dé­cou­vrir com­ment, vous aus­si, faire de votre che­val un ar­tiste !

Cheval Pratique - - Som­maire - Texte : San­drine Dhondt. Pho­tos : Thier­ry Sé­gard

Entre deux shows en Eu­rope, on peut ren­con­trer Pierre Fleu­ry chez lui, en Nor­man­die. Il a char­mé le pu­blic d’Eques­tria et d’In­croyable ta­lent grâce à son nu­mé­ro de li­ber­té avec ses deux high­lands blancs. À pré­sent, sa ca­va­le­rie s’est dé­ve­lop­pée et il est de­ve­nu un ar­tiste équestre re­nom­mé qui a sé­duit par son cô­té « na­ture » et sa vo­lon­té de faire par­tie in­té­grante du trou­peau. Le ré­sul­tat d’un tra­vail, mais aus­si d’un vrai style de vie qu’il ap­pelle « le pa­ckage li­ber­té » et qu’il pré­sente à tous ses sta­giaires pour faire évo­luer les men­ta­li­tés des ca­va­liers et ame­ner pro­gres­si­ve­ment les struc­tures équestres à chan­ger pour al­ler dans le sens du che­val. « Je ne veux pas pas­ser pour un idéa­liste, mais je suis per­sua­dé qu’il faut tendre, avec les moyens que l’on a, vers un mode de vie qui res­pecte le bien-être phy­sique et men­tal des che­vaux. Voi­là pour­quoi j’em­mène tous mes sta­giaires vi­si­ter l’écu­rie ac­tive des Écu­ries de Li­sors à Saint-Ar­noult (14), tout près de chez moi, un con­cept qui se dé­ve­loppe de plus en plus dans l’Eu­rope du Nord. Chez moi, j’es­saie de re­trou­ver un fonc­tion­ne­ment le plus na­tu­rel pos­sible car ce­la est es­sen­tiel pour les che­vaux et pour l’ac­ti­vi­té que je pra­tique (la li­ber­té), mais, de mon point de vue, ce­la de­vrait être aus­si le cas pour toutes les autres dis­ci­plines. Je le vois bien avec les che­vaux que l’on m’amène au tra­vail : avec ce mode de vie, dans cer­tains cas, la moi­tié du tra­vail de ré­édu­ca­tion est dé­jà faite ! Cher­chant un bien-être glo­bal de mes che­vaux, je m’oblige donc à sa­tis­faire leurs be­soins quo­ti­diens dans la juste me­sure. » Pierre nous conseille point par point sur les be­soins des che­vaux.

LES RE­PAS

« En termes d’ali­men­ta­tion, je sou­haite qu’elle soit éta­lée sur la du­rée car, dans la na­ture, se nour­rir est la pre­mière ac­ti­vi­té du che­val sur une jour­née. Ils doivent avoir à man­ger en pe­tite quan­ti­té et à vo­lon­té. Il y a deux sai­sons : l’été où ils sont à l’herbe mais as­sez li­mi­tée, et l’hi­ver, où je donne le foin plu­sieurs fois dans la jour­née avec un fi­let à mailles pour qu’ils ne mangent pas trop vite, de fa­çon à re­trou­ver une fonc­tion di­ges­tive la plus co­hé­rente et na­tu­relle pos­sible. Ces deux sai­sons sont très im­por­tantes et la ges­tion de l’hi­ver est as­sez com­plexe. Pour les che­vaux qui né­ces­sitent un com­plé­ment en cé­réales, je frag­mente le plus pos­sible la quan­ti­té jour­na­lière. Main­te­nant, je vais être as­sez ca­ri­ca­tu­ral, mais je vais par­ler des consé­quences né­ga­tives de la vie en box avec trois re­pas de gra­nu­lés sans foin. Le bud­get temps est com­plè­te­ment dés­équi­li­bré ! Les consé­quences de ce mode de vie : des che­vaux avec des ventres vides, de l’aci­di­té d’es­to­mac, des dou­leurs et des ul­cères. Au ni­veau men­tal, ce­la crée de l’éner­ve­ment et du stress. Tout le monde constate les ul­cères, l’em­phy­sème, mais les men­ta­li­tés ont du mal à chan­ger. Les seuls avan­tages du box, c’est que les che­vaux sont propres, fa­ci­le­ment ac­ces­sibles et qu’ils se couchent sur du sec. C’est tout. »

LE RE­POS

« Dor­mir est la deuxième ac­ti­vi­té du che­val. Chez moi, ils ont une sta­bu­la­tion en paille en libre ac­cès pour qu’ils puissent se cou­cher. Je construis au fur et à me­sure ma struc­ture et, il y a quelques an­nées, à une pé­riode, j’ai consi­dé­ré que les haies qui les abri­taient étaient suf­fi­santes mais, en fait, ils ne se sont pas cou­chés et j’ai vu la fa­tigue s’ins­tal­ler : mes che­vaux n’étaient pas ou­verts à ce que je leur de­man­dais. Le bien-être phy­sique, et donc men­tal, n’était pas res­pec­té. Si l’on a le sou­hait de les mon­ter et de les tra­vailler, il faut leur ame­ner le né­ces­saire pour qu’ils soient bien du­rant la séance. Leur as­su­rer une li­tière pour qu’ils dorment cou­chés fait par­tie de ce né­ces­saire car les deux som­meils sont im­por­tants (de­bout et cou­ché). Le che­val doit, comme nous, at­teindre un som­meil pro­fond pour être re­po­sé. Là, c’est l’avan­tage du box, où le che­val peut se re­po­ser fa­ci­le­ment mais avec une in­ver­sion du bud­get temps pos­sible : le che­val va plus dor­mir que man­ger. »

LES DÉ­PLA­CE­MENTS

« Dans la na­ture, le che­val se dé­place ma­jo­ri­tai­re­ment au pas, sur des ki­lo­mètres chaque jour, il trotte et ga­lope dans le jeu ou la fuite. Au box, cette lo­co­mo­tion est com­plè­te­ment in­ver­sée. Il est im­mo­bile et ne sort sou­vent qu’une heure par jour, avec une forte in­ten­si­té dans le dé­pla­ce­ment au trot et au ga­lop. C’est de là que viennent tous ces pro­blèmes ten­di­neux et ar­ti­cu­laires dans les écu­ries. Une aber­ra­tion ! C’est comme si l’on en­fer­mait un ten­nis­man ou un foot­bal­leur dans une boîte et qu’on ne le sor­tait que pour l’en­traî­ne­ment ou le match. Phy­sio­lo­gi­que­ment, je trouve que ce n’est pas aber­rant de faire le lien avec le corps hu­main car ce­la per­met de faire com­prendre ce que l’on fait su­bir aux che­vaux. Les spor­tifs pra­tiquent d’autres sports pour s’en­tre­te­nir phy­si­que­ment, et c’est ce qu’il faut faire faire aux che­vaux. Mes che­vaux peuvent donc mar­cher été comme hi­ver pour al­ler man­ger, boire, se re­po­ser à la sta­bu­la­tion, jouer… L’hi­ver, ils sont can­ton­nés sur un es­pace en dur (cailloux ou dalles en ca­ou­tchouc) pour évi­ter la boue. Cette marche per­pé­tuelle ap­porte un très bon équi­libre au che­val puis­qu’il au­ra beau­coup moins en­vie de faire des bonds à cô­té du ca­va­lier qui le tient en longe ! »

L’AS­PECT SO­CIAL

« Les faire vivre en trou­peau leur per­met d’avoir des in­ter­ac­tions so­ciales : ils éta­blissent des règles entre eux, ce qui fa­ci­lite l’ap­proche avec l’hu­main en­suite car, s’il connaît dé­jà ses li­mites avec ses congé­nères, le che­val se­ra plus fa­cile à abor­der. Cet as­pect so­cial est très im­por­tant et, s’ils vivent de­hors, ils connaissent aus­si des sti­mu­la­tions di­verses dues à l’en­vi­ron­ne­ment. Je mets moi-même des pe­tits trucs sur le bord du champ pour qu’ils “bravent le dan­ger” ! Lors de l’un de mes pre­miers spec­tacles, mes che­vaux ont eu peur de la ru­ba­lise rouge et blanche qui ser­vait de lice. En ren­trant, j’en ai trou­vé et j’en ai mis dans la sta­bu­la­tion à l’en­droit où je leur met­tais le foin. Au bout de quelques jours, ils man­geaient à cô­té sans pro­blème. Il faut bien sûr sti­mu­ler sans ja­mais ou­blier la sé­cu­ri­té du che­val et du ca­va­lier. En res­pec­tant ces points, on peut dé­jà ap­por­ter une très bonne san­té phy­sique et men­tale aux che­vaux, ré­duire les pro­blèmes

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