Faire face au dé­cès

City Pattes - - CHIENS & CHATS -

Nous les ai­mons comme des com­pa­gnons de route, comme des amis, voire même comme des en­fants. Par­fois ils tiennent au­tant de place dans notre vie que des hu­mains. Lors­qu’ils dis­pa­raissent, nous sommes per­dus et sur­tout bien seuls face à notre cha­grin. Pour­quoi le deuil de notre ani­mal de com­pa­gnie est-il si dur à vivre ? Pour­quoi est-il in­com­pris et sous-es­ti­mé ? Et com­ment y faire face ?

UN MEMBRE À PART EN­TIÈRE DE LA FA­MILLE

Nous le sa­vons dès le dé­part de notre co­ha­bi­ta­tion. Sauf que quand ÇA ar­rive, nous sommes très sou­vent dé­mu­nis. Parce qu’il était source de ré­con­fort, de com­pa­gnie, d’amour in­con­di­tion­nel. Parce qu’il fai­sait par­tie in­té­grante de la fa­mille. Parce que nous avons tis­sé avec lui des liens af­fec­tifs très forts. Parce que pen­dant de longues an­nées nous nous sommes cô­toyés, nous avons par­ta­gé des sou­ve­nirs, des mo­ments de bon­heur, de tris­tesse aus­si. Parce que par­fois il a été notre pre­mier « bé­bé » bien avant que la fa­mille s’agran­disse. Parce que sou­vent nous n’avons pas me­su­ré l’im­por­tance de leur pré­sence.

COM­MENT EX­PLI­QUER LA PLACE PRISE AU­JOURD’HUI PAR NOS ANI­MAUX ?

Dominique Guillo, di­rec­teur de re­cherches au CNRS et au­teur du livre « des chiens et des hu­mains » , nous ex­plique que dans une so­cié­té in­dus­trielle où de plus en plus de per­sonnes vivent seules, l’ani­mal de com­pa­gnie com­ble­rait leur manque d’af­fec­tion. Néan­moins, conti­nue t-il, il faut prendre cette af­fir­ma­tion avec pré­cau­tion puisque les fa­milles dans les­quelles on trouve le plus d’ani­maux sont celles avec des en­fants.

Tou­jours se­lon Dominique Guillo, l’ani­mal de com­pa­gnie se­rait plus « sym­pa ». Sa psy­cho­lo­gie au­rait chan­gé au contact des hu­mains. La bien­veillance que nous lui té­moi­gnons fe­rait qu’il s’in­tègre plus fa­ci­le­ment dans nos foyers. Est-ce à dire qu’il ne fau­drait pas trop s’at­ta­cher à son chien ou à son chat ? Dif­fi­cile lorsque l’on passe un long mo­ment de vie au­près d’un ani­mal tou­jours fi­dèle, tou­jours content, qui ne vous juge pas, qui ne vous trompe pas et qui sur­tout vous aime comme vous êtes…

UN EN­TOU­RAGE PAS TOU­JOURS COM­PRÉ­HEN­SIF

Par­ler de la perte de son ani­mal de com­pa­gnie c’est par­fois af­fron­ter l’in­com­pré­hen­sion de son en­tou­rage. « Ne te mets pas dans un état pa­reil » ou « ce n’est qu’un ani­mal, adopte en un autre » ou en­core pire « Tu de­vrais re­la­ti­vi­ser ». Ces re­marques font mal. Car ce que cri­tiquent les per­sonnes qui ne com­prennent pas notre cha­grin, c’est jus­te­ment le rap­pro­che­ment qui est fait avec la perte d’un proche. Se­lon la vé­té­ri­naire Ma­ri­na von All­men « les per­sonnes n’ayant ja­mais vé­cu de re­la­tion in­tense avec un ani­mal, ne peuvent pas com­prendre le bou­le­ver­se­ment et la souf­france res­sen­tis. Pour cer­tains, la perte d’un com­pa­gnon se­ra ef­fec­ti­ve­ment plus dou­lou­reuse que celle d’un parent. Cette peine est propre à cha­cun et dé­pend de son his­toire de vie ».

No­tons qu’aux États-unis, des jours de congés sont oc­troyés aux em­ployés en cas de dé­cès de leur ani­mal de com­pa­gnie. Ne peut-on y voir là, la so­lu­tion aux ar­rêts ma­la­dies pris par les pro­prié­taires en­deuillés ?

FAUT-IL ADOP­TER UN NOU­VEL ANI­MAL ?

Ce­la peut-être une so­lu­tion. Le bon mo­ment étant ce­lui où on se sen­ti­ra prêt à le faire. Se­lon Frantz Cap­pé, au­teur d’un guide pour se pré­pa­rer au dé­part de son ani­mal de com­pa­gnie « Mon chien ou mon chat va par­tir » , il est par­fois sa­lu­taire d’adop­ter un nou­vel ani­mal avant le dé­cès de son com­pa­gnon. « Le sé­nior ne res­sent pas l’ar­ri­vée du pe­tit jeune comme une tra­hi­son. Et l’ef­fet peut-être dou­ble­ment bé­né­fique : il va sti­mu­ler le vieux chien ou le vieux chat, et lorsque le sé­nior dis­pa­rai­tra, ce pe­tit ani­mal de­man­de­ra tou­jours soins, amour et at­ten­tion ce qui ré­dui­ra le cha­grin. »

LA DIF­FI­CILE QUES­TION DE L’EUTHANASIE

La fin de vie n’est pas tou­jours na­tu­relle et dans ce cas il faut ré­flé­chir à l’euthanasie. C’est une pos­si­bi­li­té qui est of­ferte au pro­prié­taire afin d’évi­ter des souf­frances trop im­por­tantes à son ani­mal. Cette dé­ci­sion est dif­fi­cile à prendre car elle sus­cite des in­ter­ro­ga­tions quant au choix du mo­ment. L’état de l’ani­mal est-il sup­por­table ? Pour lui ? Son pro­prié­taire ? Son en­tou­rage ? Très sou­vent le pro­prié­taire res­sent un sen­ti­ment de culpa­bi­li­té, il est donc im­por­tant de par­ta­ger cette res­pon­sa­bi­li­té avec ses proches mais sur­tout avec son vé­té­ri­naire qui l’ai­de­ra à prendre la meilleure dé­ci­sion pour le bien être de son ani­mal et lui évi­ter des souf­frances in­utiles.

FAUT-IL DIRE LA VÉ­RI­TÉ À SON EN­FANT

Dans son guide, Frantz Cap­pé re­com­mande de ne pas évi­ter le su­jet en di­sant à l’en­fant que son pe­tit com­pa­gnon est par­ti ou « au ciel ». Sou­vent la perte d’un ani­mal de com­pa­gnie se­ra sa pre­mière ex­pé­rience de deuil qui lui per­met­tra en­suite d’af­fron­ter les pertes ul­té­rieures de son exis­tence. Il faut donc abor­der le su­jet en fa­mille tout en uti­li­sant des mots en fonc­tion de son âge et sans ren­trer dans les dé­tails.

ET APRÈS…

Le corps de l’ani­mal dé­cé­dé peut être pris en charge par le vé­té­ri­naire qui pro­po­se­ra au pro­prié­taire une in­ci­né­ra­tion. Dans ce type de pres­ta­tion, il a la pos­si­bi­li­té de ré­cu­pé­rer les cendres de son ani­mal.

D’autres pré­fé­re­ront in­hu­mer leur com­pa­gnon sur le site de leur choix (pro­prié­té pri­vée, ci­me­tière ani­ma­lier), en veillant à res­pec­ter les contraintes lé­gales d’un tel acte.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.