Fer­ra­ri 250 GTO : voi­ture ou toile de maître ?

Classic & Sports Car - - CE MOIS-CI - SERGE CORDEY scor­dey@bandb­me­dia.com

On at­ten­dait entre 20 et 50 mil­lions de dol­lars, et elle en a ob­te­nu un peu plus de 38, soit 28,5 mil­lions d’eu­ros. Star de la se­maine de ventes aux en­chères de Pebble Beach, mi-août, la Fer­ra­ri 250 GTO ven­due par Bonhams a te­nu ses pro­messes. Si ce chiffre vous laisse rê­veur, in­ter­ro­gez un spé­cia­liste. Il vous ré­pon­dra : « Mais une GTO, c’est comme une toile de maître ! » Tout est dit : la va­leur n’est plus celle d’une voi­ture, mais d’une oeuvre d’art qui ré­pond aux règles plus mys­té­rieuses du mar­ché cor­res­pon­dant.

Pour­tant, c’est bien comme une voi­ture que la consi­dé­rait Fa­bri­zio Vio­la­ti, col­lec­tion­neur de la pre­mière heure qui l’avait ache­tée en ca­chette, son père lui ayant in­ter­dit de s’ap­pro­cher de toute voi­ture de sport à la suite d’un grave ac­ci­dent au vo­lant d’une Abarth. Il rê­vait d’une GTO à une époque où ce bo­lide n’in­té­res­sait que quelques pas­sion­nés, et a pu ache­ter celle pour la­quelle Er­nes­to Pri­noth avait pas­sé une pe­tite an­nonce res­tée six mois sans offre... C’était en 1965 et, de­puis, il n’a plus ja­mais quit­té cette voi­ture. Au contraire : il n’a ces­sé d’étof­fer sa col­lec­tion, sou­hai­tant sim­ple­ment rendre hom­mage au gé­nie d’En­zo Fer­ra­ri, d’une part, et évi­ter que toutes les Fer­ra­ri ne s’échappent à l’étran­ger et aux États-Unis en par­ti­cu­lier, ce qui était le cas dans les an­nées 1970. A l’ins­tar de Pierre Bar­di­non, il a consti­tué une des plus belles col­lec­tions de voi­tures de la marque, qu’il avait ou­verte au public en 1990 à San Ma­ri­no sous l’ap­pel­la­tion Ma­ra­nel­lo Ros­so.

Ain­si, au­cune GTO n’est res­tée aussi long­temps entre les même mains. Fa­bri­zio Vio­la­ti s’est éteint en 2010 et, au­jourd’hui, ses Fer­ra­ri s’épar­pillent : on peut le re­gret­ter, mais ce type d’évo­lu­tion semble iné­luc­table, sur­tout quand les va­leurs at­teignent de tels som­mets...

D’ailleurs, avec un peu de cy­nisme, on pour­rait sou­li­gner que la GTO a en­core de la marge : les prix les plus éle­vés ob­te­nus par les ta­bleaux les plus dis­pu­tés dépassent 100 mil­lions de dol­lars, et même plus de 250 pour Les Joueurs de cartes (Paul Cé­zanne), en tran­sac­tion pri­vée. Bon signe, pen­se­rez-vous peut-être, en ima­gi­nant les zé­ros s’ali­gner sur la va­leur de votre chère an­cienne... Mais avant de lais­ser ces rêves de gran­deur vous en­ivrer, rap­pe­lez-vous que, à cô­té des chefs-d’oeuvre, la moindre bro­cante voit fleu­rir les pe­tites toiles qui, pour une cen­taine d’eu­ros, peuvent dé­co­rer les murs de la salle à man­ger ! Alors ou­bliez les zé­ros et re­trou­vez la va­leur de votre au­to­mo­bile : celle du plai­sir qu’elle vous ap­porte, tout sim­ple­ment. Exac­te­ment comme Vio­la­ti, quand il pre­nait le vo­lant de sa GTO...

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.