Mick Walsh

DANS LE COCK­PIT

Classic & Sports Car - - COCKPIT -

Les pho­tos an­ciennes n’ont ja­mais ces­sé de me ra­vir, et un des plai­sirs du tra­vail à C&SC est de dis­pa­raître dans les ar­chives LAT pour ef­fec­tuer des re­cherches. L’in­té­rêt pour les pho­tos d’époque a d’ailleurs gran­di ces der­nières an­nées, les pro­prié­taires de voi­tures his­to­riques cher­chant des cli­chés per­met­tant de do­cu­men­ter l’his­toire de leur au­to et de conso­li­der sa va­leur. Plu­sieurs col­lec­tion­neurs for­tu­nés ont in­ves­ti dans de large col­lec­tions de pho­tos, avec des ef­fets po­si­tifs et né­ga­tifs. Cer­tains pro­posent un ac­cès li­mi­té, alors qu’un col­lec­tion­neur ad­mi­rable comme Miles Col­lier a mis en ligne quelque 250 000 pho­tos ac­ces­sibles via le Revs Ins­ti­tute.

Le stand Ferret Fo­to­gra­phics de Ted Wal­ker est tou­jours un pas­sage obli­gé pour un ama­teur. Wal­ker est un puits de connais­sances, tou­jours au cou­rant des der­nières po­tins, mais en plus il dis­pose d’un im­por­tant fond de pho­tos, à des prix très rai­son­nables. Cu­rieu­se­ment, il a ré­sis­té à la vague nu­mé­rique et conti­nue à pro­duire des ti­rages “old style”.

Une autre source est le spé­cia­liste al­le­mand Au­to­mo­bi­lia Auk­tion La­den­burg, qui or­ga­nise deux fois par an des ventes aux en­chères, ses ca­ta­logues de 4 000 lots of­frant quan­ti­té d’au­to­mo­bi­lia. Les pho­tos ont pris une part im­por­tante de ces ventes, avec main­te­nant un ca­ta­logue spé­cial, et cer­taines images at­teignent par­fois des prix ahu­ris­sants. L’an der­nier, une pho­to ori­gi­nale d’En­zo Fer­ra­ri au vo­lant d’une Al­fa Ro­meo RL a at­teint 6 420 !

“Nous avions plus de 1 000 pho­tos dans notre der­nière vente,” af­firme To­bias Frie­drich. “Elles al­laient de Mer­cedes SSK ac­ci­den­tées à l’ac­ci­dent fa­tal de Lo­ren­zo Ban­di­ni à Mo­na­co en 1967. Cer­tains ache­teurs es­sayent de confir­mer l’his­toire d’une voi­ture, d’autres s’in­té­ressent aux pi­lotes, à une course ou à une marque. Pour avoir de la va­leur, il faut que la pho­to soit un au­then­tique ti­rage d’époque.”

Au­tant j’aime dé­cou­vrir une pho­to ori­gi­nale, au­tant je n’ai guère d’in­té­rêt pour la pos­sé­der, car c’est l’in­for­ma­tion et l’at­mo­sphère qui me sé­duisent. Une bonne co­pie me suf­fit. En feuille­tant le su­perbe livre de Doug Nye, Mo­tor Ra­cing Ma­ve­ricks pu­blié en 1974, j’ai long­temps été fas­ci­né par l’étrange Tros­si- Mo­na­co à mo­teur en étoile. Il existe peu de pho­tos de cette ma­chine au­da­cieuse, bien qu’une de mes pré­fé­rées soit un por­trait du comte Tros­si à cô­té de la mo­no­place ter­mi­née, sur le pont-le­vis de son châ­teau, à Ga­glia­ni­co. Il avait alors in­vi­té l’in­gé­nieur Au­gus­to Mo­na­co chez lui pour qu’il ter­mine la mise au point, après son aban­don par Fiat, du projet de mo­no­place de Grand Prix à mo­teur 16-cy­lindres deux-temps en étoile.

En feuille­tant le der­nier ca­ta­logue d’Au­to­mo­bi­lia Auk­tion, je suis tom­bé sur une su­perbe pho­to des pre­miers es­sais de la voi­ture à Mon­za, en 1935. Cette image de la voi­ture à peine ter­mi­née et res­sem­blant à un avion sans aile m’a com­plè­te­ment ab­sor­bé. L’at­ti­tude des of­fi­ciels en cra­vate et des as­sis­tants en dit long sur l’ar­ri­vée de la mo­no­place de 250 ch à com­pres­seur. Les dé­tails de la pho­to son tels que vous pou­vez dis­tin­guer quel­qu’un te­nant à la main un plan du cir­cuit alors que Tros­si, en com­bi­nai­son de pi­lote, tourne le dos à la ma­chine.

La créa­tion de la Tros­si-Mo­na­co avait été un se­cret bien gar­dé, rares étant les vi­si­teurs in­vi­tés au châ­teau, si bien que la pre­mière sor­tie pu­blique au mois de juillet, avec Giu­lio Ay­mi­ni re­joi­gnant le construc­teur aris­to­crate comme pi­lote, a dû pro­vo­quer bien des ré­ac­tions.

Le pro­to­type à châs­sis tu­bu­laire était ma­gni­fi­que­ment fabriqué, avec par exemple des rou­le­ments à ai­guilles pour les axes de tri­angles. Le ca­ré­nage du mo­teur de style avia­tion était ra­pi­de­ment dé­po­sé à cause de pro­blèmes de re­froi­dis­se­ment mais, mal­gré un al­lu­mage pro­blé­ma­tique, Tros­si était chro­no­mé­tré à 250 km/h sur la ligne droite.

Avec son em­pat­te­ment court, ses voies larges et ses pneus étroits, la Mo­na­co n’était pas fa­cile à pi­lo­ter. La ré­par­ti­tion du poids (75% à l’avant) pro­vo­quait un sous-vi­rage ter­ri­fiant dans Cur­vet­ta. Il me reste en­core à trou­ver un ar­ticle dé­cri­vant le bruit que fai­sait le mo­teur.

“La ré­par­ti­tion du poids (75% à l’avant) pro­vo­quait un sous-vi­rage ter­ri­fiant”

Cette mé­ca­nique deux-temps en étoile, com­por­tant huit cy­lindres à double pis­ton, mon­trait un in­sa­tiable ap­pé­tit de bou­gies pour tour­ner cor­rec­te­ment. Tros­si a fi­ni par perdre pa­tience et an­nu­ler son en­ga­ge­ment au Grand Prix d’Ita­lie, après avoir tout de même pris la voi­ture en pho­to au mi­lieu des Flèches d’Ar­gent Mer­cedes et Au­to Union.

La voi­ture a en­suite dis­pa­ru de la scène pu­blique, ca­chée au sous-sol du châ­teau pen­dant la guerre et jus­qu’au dé­cès en 1947 de Tros­si, ma­lade du can­cer. Heu­reu­se­ment, dans les an­nées 1960, sa veuve en a fait don au Mu­sée Bis­ca­ret­ti de Tu­rin (main­te­nant Mu­seo dell’Au­to­mo­bile), où elle est exposée à cô­té de la “Chi­chi­bio”, voi­ture de sprint à trac­tion avant et mo­teur Jap conçue par Mo­na­co.

Les of­fi­ciels s’ap­prochent de la nouvelle Tros­si-Mo­na­co, en 1935 à Mon­za.

Rare pho­to en ac­tion de cette étrange voi­ture à

mo­teur deux-temps en étoile.

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