Entre deux feux

Connaissance de la Chasse - - Édito -

La chasse semble être prise en te­naille : d’un cô­té tou­jours plus d’in­ter­dits, ou de me­naces, d’un autre cô­té tou­jours plus de fa­ci­li­tés. Étrange pa­ra­doxe. Dans la fou­lée de l’adop­tion de l’amen­de­ment – por­té par trois dé­pu­tés so­cia­listes – fai­sant en sorte que le Code ci­vil puisse men­tion­ner à terme que « les ani­maux sont des êtres vi­vants doués de sen­si­bi­li­té » [lire page 30 du n° 459 juillet de Connais­sance de la Chasse, et l’édi­to du n° 458 de juin], les éco­los et autres adeptes du droit ani­mal pa­raissent re­prendre du poil de la bête. Nos pe­tits amis sont d’au­tant plus ex­ci­tés que l’Agence na­tio­nale de la bio­di­ver­si­té, fourre-tout en­vi­ron­ne­men­tal pro­mis par le pré­sident de la Ré­pu­blique, s’ap­pa­rente chaque jour da­van­tage à une for­mi­dable ma­chine à dis­tri­buer stra­pon­tins et sub­ven­tions. Chaque sen­si­bi­li­té et grou­pus­cule d’avan­cer ses pions, de pla­cer ses troupes, d’où de vé­ri­tables sur­en­chères. C’est dans cette am­biance que vous dé­cou­vri­rez [p. 22] les me­naces sé­vères qui pèsent sur la chasse des grives à la glu, de­puis qu’une dé­pu­tée écologiste – Lau­rence Abeille (dé­pu­tée du Val-de-Marne) – a ré­di­gé un amen­de­ment al­lant dans ce sens, sou­te­nu par la rap­por­teuse so­cia­liste du projet de loi – Ge­ne­viève Gaillard (dé­pu­tée-maire de Niort, Deux-Sèvres). La même dé­pu­tée éco­lo, dé­ci­dé­ment bonne ou­vrière, a de­man­dé que soit in­ter­dite la chasse des mam­mi­fères en pé­riode de re­pro­duc­tion [page 21]. Ni le grand gi­bier sou­mis à plan de chasse, ni les nui­sibles ne se­raient vi­sés, néan­moins nous re­dou­tons : pri­mo la liste dé­fi­ni­tive des gi­biers concer­nés (la­pin, lièvre et san­glier peuvent l’être dans cer­tains départements) ; se­cun­do la dé­fi­ni­tion exacte de ce qu’est la pé­riode de re­pro­duc­tion ; ter­tio les dé­rives fu­tures en­gen­drées par la no­tion de dé­ran­ge­ment ; quar­to le risque que le prin­cipe s’ap­plique un jour à cer­taines des es­pèces au­jourd’hui non concer­nées. Mais en­core, le col­lec­tif bap­ti­sé « 21 Sep­tembre » (ré­fé­rence à un ras­sem­ble­ment an­ti-chasse à Pa­ris le 21 sep­tembre 2014, dans le cadre de la jour­née in­ter­na­tio­nale de la paix, bon­jour la confu­sion !) fé­dère les cham­pions du droit ani­mal et les te­nants de l’éco­lo­gie ra­di­cale. Ce der­nier a de nou­veau été re­çu au mi­nis­tère de l’Éco­lo­gie, ré­cla­mant au pas­sage l’ins­tau­ra­tion de plu­sieurs jours sans chasse, sur tout le ter­ri­toire fran­çais, à com­men­cer par le di­manche. Le contexte po­li­tique étant ce qu’il est, il existe un risque réel qu’à un mo­ment don­né soient je­tés à ces in­di­vi­dus quelques os à ron­ger. C’est ain­si qu’en An­gle­terre, afin de cal­mer son aile ex­trême gauche, To­ny Blair avait dé­ci­dé la fin de la chasse à courre. Avant d’ex­pri­mer clai­re­ment son re­gret dans ses Mé­moires. Mais il était trop tard. In­ter­dits ici, fa­ci­li­tés là di­sions-nous. Le chas­seur est sou­mis à une offre tech­nique tou­jours plus ima­gi­na­tive. Les pro­grès sont tels que nous pou­vons ti­rer avec tou­jours plus d’ef­fi­ca­ci­té, mieux voir de jour comme de nuit, pié­ger pho­to­gra­phi­que­ment et fil­mer le gi­bier, comme nos tirs, dres­ser et re­pé­rer les chiens via des ma­chines. Por­table et tal­kie-wal­kie ont fi­ni par être au­to­ri­sés à la chasse. Les plus âgés d’entre nous pou­vaient-ils ima­gi­ner ce for­mi­dable dé­fer­le­ment tech­no­lo­gique ? Ce­la suf­fit-il ? Non, a es­ti­mé la Fé­dé­ra­tion na­tio­nale des chas­seurs. In­ter­pel­lés par le pré­sident de la Fé­dé­ra­tion des chas­seurs des Landes, les ad­mi­nis­tra­teurs de la Fnc n’ont pas re­je­té of­fi­ciel­le­ment le re­tour de la che­vro­tine, mais prô­né que les pré­fets en dé­cident à leur place, après de­mande du pré­sident de Fdc. Nous avons connu nos res­pon­sables plus ja­loux de leurs pré­ro­ga­tives… Pour­sui­vons le re­tour vers le pas­sé. 1972, Fran­çois Som­mer et ses amis, les pères de la chasse du grand gi­bier en France, ob­tiennent l’interdiction gé­né­ra­li­sée de la che­vro­tine, qui de­meure sou­mise à dé­ro­ga­tions. Par­mi ces pré­cur­seurs de l’As­so­cia­tion spor­tive des chas­seurs de grand gi­bier, Fer­nand Ver­deille, sé­na­teur so­cia­liste du Tarn, par ailleurs père des Acca. Nul ne pour­ra sus­pec­ter cet an­cien ins­ti­tu­teur de­ve­nu li­braire, et ré­sis­tant, d’avoir des griefs contre la chasse dite « po­pu­laire ». En­fin, ci­tons – à l’ins­tar de Grande Faune (re­vue de l’As­so­cia­tion na­tio­nale des chas­seurs de grand gi­bier) – le pre­mier trai­té de la chasse à tir, La Chasse au fu­sil : « Je ne connais point de charge moins sûre que la che­vro­tine. […] La che­vro­tine est dan­ge­reuse pour le chas­seur, sur­tout dans les bat­tues où il y a beau­coup de monde dis­per­sé çà et là ; car comme elle s’écarte pro­di­gieu­se­ment, il ar­rive qu’à une grande dis­tance elle va bles­ser un chas­seur, quoique fort éloi­gné de la ligne sur la­quelle on a ti­ré. » Si­gné Ma­gné de Ma­rolles, en 1781 (ré­édi­té en 2000, chez Pyg­ma­lion-Gé­rard Wa­te­let, 18 €). Le chas­seur entre deux feux. Bonne lec­ture à toutes et à tous.

Fran­çois-Xa­vier Al­lon­neau fx.al­lon­neau@edi­tions-la­ri­viere.fr

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