La rencontre

Connaissance de la Chasse - - Courrier -

Le mo­ment le plus in­tense dans l’ac­tion de chasse est la rencontre avec le gi­bier re­cher­ché qui provoque une vio­lente pous­sée d’adré­na­line dans le corps de tout chas­seur pas­sion­né ! L’ap­pa­ri­tion sou­daine d’un beau bro­card dont le pe­lage roux tranche sur la ver­dure d’une prai­rie au cours d’une ap­proche es­ti­vale, le choc vi­suel de la masse noire d’un gros san­glier so­li­taire qui avance au trot dans un sous-bois en di­rec­tion du chas­seur pos­té dont le coeur se met à battre la cha­made, le chien d’ar­rêt sta­tu­fié de­vant Dame Bé­casse à quelques pas de son maître. Chaque rencontre pré­cède sou­vent une longue quête qui né­ces­site de la pa­tience, de la per­sé­vé­rance, des ef­forts phy­siques par­fois in­tenses et le plus sou­vent une so­lide ex­pé­rience de la chasse. Bien sûr, voir le gi­bier est aus­si de temps en temps une af­faire chan­ceuse, in­at­ten­due et même in­es­pé­rée, ce qui donne tout le charme de l’im­pré­vu à notre belle pas­sion ! Une jour­née de chasse est réus­sie quand la rencontre avec le gi­bier ap­porte une vraie sa­tis­fac­tion in­time. J’ai eu l’oc­ca­sion d’ob­ser­ver au cours de la sai­son de chasse écou­lée une belle che­vrette ac­com­pa­gnée de ses trois che­vrillards, tous de bonne cor­pu­lence et vi­si­ble­ment en ex­cel­lente condi­tion phy­sique. Au le­ver du jour du­rant une longue de­mi-heure, à faible dis­tance, j’ai pu dé­tailler dans mes ju­melles et ap­pré­cier l’at­ten­tion que por­tait cette che­vrette à cha­cun de ses trois pro­té­gés avant de m’éloi­gner dis­crè­te­ment sans trou­bler la quié­tude de cette fa­mille (nom­breuse !) de che­vreuils. Même si ma ca­ra­bine res­ta si­len­cieuse ce jour-là, ce mo­ment pri­vi­lé­gié don­na toute sa va­leur à ma sor­tie de chasse. Le tir de l’ani­mal est une conclu­sion aléa­toire, li­bre­ment consen­tie par le chas­seur. Ap­puyer sur la queue de dé­tente de son fu­sil de chasse ou de sa ca­ra­bine n’est pas une fin en soi, ni un but im­pé­ra­tif dans la réus­site d’une chasse. Re­cher­cher et ren­con­trer le gi­bier, l’ob­ser­ver, sa­voir an­ti­ci­per ses ré­ac­tions est une vraie source de sa­tis­fac­tion pour un chas­seur pas­sion­né. La quête d’un ani­mal connu, par exemple un bro­card pos­sé­dant un tro­phée ca­rac­té­ris­tique, donne toute son in­ten­si­té à l’ac­tion de chasse. Le mo­ment de la rencontre ap­porte dans ce cas au chas­seur une émo­tion in­éga­lable. Sai­sir en­fin dans le champ de ses ju­melles l’ani­mal tant convoi­té, le re­con­naître et se dire : « C’est lui ! » À cet ins­tant pré­cis, je me sens plus chas­seur que ja­mais ! La rencontre avec le gi­bier peut aus­si être brève, fur­tive ou au contraire du­rer de longues heures. Il est par­fois né­ces­saire d’at­tendre pa­tiem­ment en ob­ser­vant un ani­mal bien iden­ti­fié : un bro­card fa­ti­gué par ses ébats amou­reux pen­dant le rut peut som­no­ler long­temps en res­tant cou­ché à bonne por­tée du chas­seur avant de se le­ver. Le tir qui ne dure qu’une frac­tion de se­conde est dans cette si­tua­tion l’abou­tis­se­ment d’une longue ob­ser­va­tion préa­lable qui dé­cuple la va­leur de la réus­site de la chasse conclue par une balle bien pla­cée. Sa­chons pri­vi­lé­gier ce mo­ment pré­cis de la rencontre avec le gi­bier, qui re­pré­sente une part im­por­tante du plai­sir de chas­ser et de notre belle pas­sion ! Un guet­teur d’ombre

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