Chasse-t-on trop ou pas as­sez le cerf?

ET SI ON AMÉ­LIO­RAIT LE PLAN DE CHASSE

Connaissance de la Chasse - - La Une - Fran­çois-Xa­vier Al­lon­neau

Alors qu’il ne s’est ja­mais chas­sé au­tant de grands cer­vi­dés, que l’es­pèce est ac­cu­sée de mille maux par les syn­di­cats fo­res­tiers pri­vés et l’Onf, cer­tains re­pensent la ges­tion du cerf. Ques­tions : la règle des trois tiers est-elle dis­cu­table ou est-ce un dogme à ja­mais fi­gé ? Le plan de chasse tel qu’il est mis en place ac­tuel­le­ment qui en dé­coule peut-il être af­fi­né, com­plé­té, amé­lio­ré ? Des chas­seurs ges­tion­naires ap­portent leur pierre à l’édi­fice.

Il fut un temps où les choses étaient fort simples, c’était avant le plan de chasse. Gros­so mo­do, on tire sur ce qui bouge. Cerfs et biches sont chas­sés à tir quelques jours au cours de la sai­son, sans au­cun quo­ta. Le seul cri­tère de sé­lec­tion est le temps : 15 jours pour le mâle, 30 jours pour la fe­melle. Et on garde de la graine : le tir des ani­maux de moins d’un an est in­ter­dit. La mé­thode est per­verse. Des biches ti­rées trop tôt et en trop grande quan­ti­té, ce sont au­tant de faons or­phe­lins, su­jets non se­vrés pro­ba­ble­ment condam­nés à la mal­nu­tri­tion et au stress, ma­lingres à moins qu’ils ne pé­ris­sent lors de leur pre­mier hi­ver. De plus, l’épargne de la to­ta­li­té des faons ra­jeu­nit la po­pu­la­tion, main­tient le co­ef­fi­cient de re­pro­duc­tion des fe­melles au plus bas, et freine ain­si l’ex­pan­sion de l’es­pèce. L’oc­cu­pa­tion al­le­mande puis la Li­bé­ra­tion voient se dé­ve­lop­per le bra­con­nage, tan­dis que l’agri­cul­teur dé­tient le droit d’af­fût. Ré­sul­tat : jusque dans les an­nées 1960-1970, en France, les po­pu­la­tions de cerfs et biches sont des plus li­mi­tées. C’est dans la loi du 30 juillet 1963 que le prin­cipe du plan de chasse ap­pa­raît. Il est prô­né par Fran­çois Som­mer et dix de ses amis réunis au sein de l’As­so­cia­tion spor­tive des chas­seurs de grand gi­bier, an­cêtre de l’Ancgg. Cette avan­cée per­met la conser­va­tion puis le développement de toutes les es­pèces de grand gi­bier : cerf, che­vreuil, cha­mois, isard et mou­flon. Au grand dam des pré­si­dents de Fdc et d’une par­tie de leurs troupes qui consi­dèrent qu’il s’agit là d’une in­gé­rence « éli­tiste ». Le plan de chasse cerf est ren­du obli­ga­toire sur l’en­semble du ter­ri­toire en 1979. Le plan de chasse se­ra en­suite ap­pli­qué au pe­tit gi­bier (lièvre et per­drix no­tam­ment). Cette mé­thode consti­tue une ré­vo­lu­tion cultu­relle dans la me­sure où le chas­seur in­tègre que le gi­bier ne consti­tue plus une manne cé­leste, alors que la concep­tion cy­né­gé­tique l’a conçu ain­si jus­qu’alors. Ce nou­veau cou­rant de pen­sée es­time que le chas­seur peut – et doit – gé­rer les es­pèces chas­sables. Le prin­cipe de cette ges­tion est simple : il au­to­rise de chas­ser, de tuer, le « sur­plus » d’une po­pu­la­tion ani­male. Au­tre­ment dit de pré­le­ver le re­ve­nu (le ré­sul­tat du taux d’ac­crois­se­ment) sans en­ta­mer le ca­pi­tal (une po­pu­la­tion consi­dé­rée comme ac­cep­table sur un ter­ri­toire don­né). La ques­tion est : quel sur­plus ré­col­ter ? À l’époque, dans un pre­mier temps, dans l’igno­rance de l’état de la po­pu­la­tion ( nombre d’ani­maux et struc­ture, c’est-à-dire sex-ra­tio et py­ra­mide des âges), le ni­veau à pré­le­ver est dé­fi­ni ar­bi­trai­re­ment. Dans un se­cond temps, ce­lui-ci est plus ou moins adap­té au fil des ans en fonc­tion de la si­tua­tion res­sen­tie sur le ter­rain, des ré­sul­tats des comp­tages, de la plus ou moins grande fa­ci­li­té de réa­li­ser le plan de chasse, etc. Quant à la ven­ti­la­tion des at­tri­bu­tions entre cerfs, biches et faons, une mé­thode s’im­pose : la règle des trois tiers. À sa­voir 1/3 de cerfs coif­fés, 1/3 de faons, 1/3 de fe­melles de plus d’un an. Ce prin­cipe a été d’au­tant plus vite adop­té qu’il est « simple », et « uni­ver­sel » se­lon

Il fal­lut ba­tailler dur pour imposer aux Fdc l’idée du plan de chasse.

cer­tains. En fait, la mé­thode s’ins­pire di­rec­te­ment des rè­gle­ments cy­né­gé­tiques mis en place en Al­le­magne sous le joug na­zi. On le re­lève dès 1934 dans la lé­gis­la­tion sur la chasse, dans les « lois im­pé­riales sur la na­ture » ( Rei­ch­jag­de­setz de 1934, et Reich­na­tur­schtz­ge­setz de 1935), comme le rap­pe­la Jens Ivo En­gels, dans Le Cerf, les arbres et la po­li­tique (in Fo­rêt et chasse, X e- XX e siècles, col­lec­tif, sous la di­rec­tion d’An­drée Cor­vol, Har­mat­tan, 2004).

Les rai­sons de la hausse

Re­ve­nons en France. En cinq dé­cen­nies, on as­siste à l’aug­men­ta­tion qua­si conti­nue des po­pu­la­tions des grands gi­biers, dont celle du cerf. Di­vers fac­teurs jouent un rôle pri­mor­dial dans cette hausse. Re­le­vons prin­ci­pa­le­ment : • l’évo­lu­tion de la plaine : - mé­ca­ni­sa­tion des tra­vaux agri­coles, ce qui li­mite la pré­sence hu­maine ; - aug­men­ta­tion des sur­faces des par­celles ce qui sé­cu­rise le gi­bier ; - cultures tou­jours plus riches et éner­gé­tiques ; - pro­gres­sion de la culture du maïs jusque dans le nord-est ; • l’évo­lu­tion de la fo­rêt : - ex­ten­sion de la fo­rêt ; - fer­me­ture du mi­lieu dans nombre de ré­gions ; - amé­lio­ra­tion de la qua­li­té des se­mis et des plants ; - mé­ca­ni­sa­tion des tra­vaux fo­res­tiers, ce qui li­mite la pré­sence hu­maine ; • le ré­chauf­fe­ment cli­ma­tique ; • de plus, la règle des trois tiers, en par­ti­ci­pant au vieillis­se­ment de la po­pu­la­tion fe­melle, a pu contri­buer à l’aug­men­ta­tion du co­ef­fi­cient de re­pro­duc­tion des biches âgées de plus d’un an. En 1993, il se chasse près de 19000 cerfs en France, contre 57 944 en 2013-2014 (pour 79789 at­tri­bu­tions), soit une hausse de 3,1x. Rap­pe­lons que par­tant d’un ni­veau très bas, la crois­sance est d’au­tant plus spec­ta­cu­laire. L’es­pèce est ré­ap­pa­rue dans nombre de mas­sifs fo­res­tiers, tan­tôt elle y fait l’ob­jet de ré­in­tro­duc­tion, tan­tôt elle les co­lo­nise na­tu­rel­le­ment. Le cerf s’im­pose même dans l’en­semble des mon­tagnes fran­çaises, ache­vant sa phase de co­lo­ni­sa­tion par le Ju­ra au dé­but des an­nées 2000.

En 2015, un seul plan de chasse dé­par­te­men­tal, ce­lui du Loir-et-Cher par exemple, équi­vaut qua­si­ment au plan de chasse na­tio­nal des an­nées 1970, au­tour de 5000 cerfs et biches. Pré­ci­sé­ment 5395 cerfs et biches tués en 1973-1974 pour l’en­semble du ter­ri­toire fran­çais (voir ta­bleau p. 92). Mal­gré ces don­nées, il de­meure de nom­breux freins et obs­tacles à la pour­suite de l’ex­pan­sion du cerf (élé­ments et ar­gu­ments par­fois net­te­ment exa­gé­rés) : - les dé­gâts agri­coles, dont le san­glier est res­pon­sable ma­jeur à hau­teur de 85 %, contre 11 % pour le cerf et 4% pour le che­vreuil. Qu’on se le dise : cerfs et che­vreuils payent pour le san­glier ; - les dé­gâts fo­res­tiers. À no­ter que le développement de la ré­colte de tous les types de bois pour être trans­for­més en gra­nu­lés ou pel­lets pour ali­men­ter les ap­pa­reils de chauf­fage va va­lo­ri­ser même le bois en­dom­ma­gé par la grande faune ; - la com­pé­ti­tion ali­men­taire avec les on­gu­lés do­mes­tiques, en mon­tagne prin­ci­pa­le­ment ; - les risques sa­ni­taires. Pré­ci­sons que très sou­vent le gi­bier est le ré­ser­voir, et non « l’au­teur », de ma­la­dies trans­mises par le bé­tail ; - les col­li­sions rou­tières. Sa­chant que la cir­cu­la­tion rou­tière aug­mente consi­dé­ra­ble­ment d’an­née en an­née.

Le cerf, une es­pèce à part

S’ac­quit­tant dé­jà de l’in­dem­ni­sa­tion des dé­gâts agri­coles (60 mil­lions d’eu­ros par an d’in­dem­ni­sa­tions, de frais de pré­ven­tions, d’ex­per­tise et de se­cré­ta­riat, soit 60 eu­ros par por­teur de per­mis de chas­ser chaque an­née), le chas­seur ne peut as­su­mer l’en­semble des consé­quences du développement des po­pu­la­tions de grand gi­bier, dont le cerf. Il éprouve même de plus en plus de dif­fi­cul­tés à as­su­mer les in­dem­ni­sa­tions agri­coles du fait de la baisse du nombre de pra­ti­quants. Aus­si, il se voit contraint par les ser­vices de l’État (le pré­fet) de sta­bi­li­ser, voire de di­mi­nuer par­fois de fa­çon dras­tique les po­pu­la­tions. La loi d’ave­nir agri­cole vo­tée le 11 sep­tembre 2014 et por­tée par M. Sté­phane Le Foll, mi­nistre de l’Agri­cul­ture, marque la vic­toire des fo­res­tiers, les­quels ont dé­sor­mais la pos­si­bi­li­té d’in­fluer di­rec­te­ment sur la ges­tion du cerf, entre autre. Le fait est que le plan de chasse, tel qu’il est uti­li­sé ac­tuel­le­ment, semble éprou­ver des dif­fi­cul­tés à sta­bi­li­ser ou à di­mi­nuer les po­pu­la­tions de cerfs, et à fa­vo­ri­ser le re­tour à une struc­ture équi­li­brée des po­pu­la­tions et de la py­ra­mide des âges, et ce­la dans les dé­lais les plus courts. Ré­sul­tat, le sex-ra­tio du cerf qui bio­lo­gi­que­ment de­vrait tendre vers 1 mâle pour 1 fe­melle est bien sou­vent de 1 mâle pour 2, 3 voire 4 fe­melles. Cor­ré­la­ti­ve­ment, la po­pu­la­tion mâle ra­jeu­nit, de­ve­nant donc pauvre en mâles adultes et murs. Par ailleurs, nous re­le­vons que sou­vent des coupes claires s’abattent sur des po­pu­la­tions de cerfs et biches. Dans cer­tains mas­sifs et au cours de plu­sieurs sai­sons, se suc­cèdent des plans de chasse ex­ces­sifs, après que l’on eut lais­sé l’es­pèce pros­pé­rer de fa­çon anar­chique. À l’abon­dance suc­cède la pé­nu­rie. D’où une ges­tion en « yo-yo » ou en dents de scie, né­faste car en­gen­drant des conflits. À ce­la s’ajoutent par­fois des at­tri­bu­tions ha­sar­deuses en fonc­tion des in­té­rêts de per­sonnes, et non de la réa­li­té du ter­rain. Ces choix aléa­toires peuvent s’ad­di­tion­ner et être ré­pé­tés de sai­son en sai­son. Cer­tains es­timent avoir trou­vé la so­lu­tion : « li­bé­ra­li­ser » le sys­tème, sup-

L’his­toire du cerf n’est pas un long fleuve tran­quille.

pri­mer le plan de chasse, re­ve­nir à la non ges­tion d’ori­gine. Cu­rieuse fa­çon de s’at­ta­quer à un pro­blème ; à dé­faut de le ré­soudre, on l’ignore. Ou l’art de cas­ser le ther­mo­mètre afin d’igno­rer la tem­pé­ra­ture. Pa­ral­lè­le­ment, d’autres ré­flé­chissent à l’amé­lio­ra­tion du plan de chasse. Jean Al­va­ra­do et Jean-Claude Serre sont de ceux-là. So­lides connais­seurs de l’es­pèce et ges­tion­naires de ter­ri­toire, ils en­tendent nous rap­pe­ler quelques fon­da­men­taux : « L’es­pèce cerf a un cycle de re­pro­duc­tion simple. Le plus simple des grands gi­biers, aus­si nous pou­vons la consi­dé­rer à part. » Ci­tons les pa­ra­mètres qui ca­rac­té­risent le cycle de vie du cerf : - l’es­pèce a une seule por­tée par an ; - la fe­melle met bas 1 seul jeune par por­tée (très ex­cep­tion­nel­le­ment 2); - le sex-ra­tio à la nais­sance est de 1 mâle pour 1 fe­melle ; - l’es­pèce bé­né­fi­cie d’un faible taux de mor­ta­li­té na­tu­relle ; - elle est peu af­fec­tée par de graves ma­la­dies ; - elle a peu de pré­da­teurs. Jean et Jean-Claude de conclure : « Nous ap­puyant sur ces réa­li­tés, nous pen­sons pou­voir af­fir­mer que l’évo­lu­tion d’une po­pu­la­tion don­née peut se gé­rer qua­si arith­mé­ti­que­ment. Au­tre­ment dit, on peut dans une large

me­sure cal­cu­ler, pré­voir et si be­soin est in­fluer sur l’évo­lu­tion d’une po­pu­la­tion de cerf. » Les études comme les ob­ser­va­tions des éle­veurs de cerfs in­diquent que le sex-ra­tio à la nais­sance est de l’ordre de 1 faon mâle pour 1 faon fe­melle. Les études du fa­meux cher­cheur Pat Lowe ont confir­mé que, dans une po­pu­la­tion non chas­sée, le sex-ra­tio de l’es­pèce est bien de 1 mâle pour 1 fe­melle. Nous ba­sant sur la do­cu­men­ta­tion ras­sem­blée par Jean et Jean-Claude, nous consta­tons que d’autres tra­vaux ont ap­pris que dans un en­vi­ron­ne­ment fran­çais moyen, le nombre de faon par fe­melle avant nais­sances est de l’ordre de 0,65. Après nais­sances, ce ra­tio baisse à en­vi­ron 0,62 en au­tomne (à l’ou­ver­ture de la chasse) en rai­son du dif­fé­ren­tiel de mor­ta­li­té/sur­vie entre faons et biches du­rant les six mois sui­vant les nais­sances. Évi­dem­ment, ce ra­tio peut évo­luer se­lon les spé­ci­fi­ci­tés des ter­ri­toires voire au fil de sai­sons par­ti­cu­lières, mais ce­la de fa­çon li­mi­tée semble-t-il. Nos deux chas­seurs pré­cisent : « En re­vanche, dans une po­pu­la­tion chas­sée, si le pré­lè­ve­ment s’écarte du ra­tio “bio­lo­gique” de l’ordre de 0,62 faon/fe­melle de plus d’un an, il pour­ra mo­di­fier si­gni­fi­ca­ti­ve­ment le co­ef­fi­cient de re­pro­duc­tion de l’an­née sui­vante. Il ap­par­tient donc aux chas­seurs de veiller au res­pect de ce ra­tio de 0,62/1 lors des pré­lè­ve­ments. » Jean Al­va­ra­do et Jean-Claude Serre pour­suivent : « Il s’agit là de quelques cer­ti­tudes, tâ­chons de les uti­li­ser au mieux, et pour ce­la en­core faut-il d’abord ne ja­mais les perdre de vue. Il s’agit de quelques points de re­père consi­dé­rables, com­pa­ra­ti­ve­ment aux che­vreuils et san­gliers à la dy­na­mique beau­coup plus aléa­toire. »

Sex-ra­tio, la clef du sys­tème

Nos deux pas­sion­nés ex­pliquent do­ré­na­vant la mé­thode qu’ils pro­posent. « Le prin­cipe est simple : nous ap­pli­quons la règle du pré­lè­ve­ment à la pro­por­tion­nelle. Par dé­fi­ni­tion, la pro­por­tion­nelle dé­tient la qua­li­té su­pé­rieure – par rap­port à la règle des trois tiers – d’épou­ser “au plus près” la réa­li­té. Pour un taux de pré­lè­ve­ment sur une po­pu­la­tion don­née de x %, pour main­te­nir les mêmes pro­por­tions dans la com­po­si­tion de la po­pu­la­tion, nous de­vrons tuer x % des cerfs, x % des biches et x % des faons. Et non pas x % de cerfs, x % de biches et x % de faons, au­tre­ment dit 1/3 de cerfs, 1/3 de biches et 1/3 de faons. Si nous vou­lons bais­ser la po­pu­la­tion, nous aug­men­tons ce pour­cen­tage. Et in­ver­se­ment si nous sou­hai­tons la dé­ve­lop­per. Or, le taux d’ac­crois­se­ment va­rie avec le sex-ra­tio des po­pu­la­tions. Aus­si est-il in­dis­pen­sable de connaître ce taux d’ac­crois­se­ment afin d’ap­pli­quer des pré­lè­ve­ments adap­tés à la réa­li­té de chaque po­pu­la­tion. Pour cal­cu­ler ce taux, il est né­ces­saire de connaître le sex-ra­tio. Là est le coeur du pro­blème, le mo­teur de la “ma­chine à faire des cerfs”. Connaître le sex-ra­tio est la clé de la ges­tion de l’es­pèce ! » Le sex-ra­tio peut être es­ti­mé à par­tir de la lec­ture an­nuelle des mâ­choires de l’en­semble des grands cer­vi­dés pré­le­vés telle qu’elle a été ini­tiée par la Fdc de l’Indre, sous la hou­lette du doc­teur vé­té­ri­naire Xa­vier Le­gendre et de Marc Col­lyn, et qu’elle est tou­jours ap­pli­quée (lire n° 437 de sep­tembre 2012 de Connais­sance de la Chasse). La lec­ture de la den­ti­tion per­met d’iden­ti­fier les faons (jus­qu’à 1 an), les bi­chettes et les da­guets (de 1 à 2 ans) et les ani­maux de plus de 2 ans, et de vé­ri­fier qu’ils sont bien morts.

L’es­prit de la mé­thode pro­po­sée est la pro­por­tion­nelle.

Se­lon nos deux in­ter­ve­nants, en pré­le­vant à la pro­por­tion­nelle un pour­cen­tage choi­si de la po­pu­la­tion, on maî­trise le développement quan­ti­ta­tif de cette der­nière. Quant au ré­équi­li­brage du sex-ra­tio, il se fe­ra au­to­ma­ti­que­ment au mo­ment des nais­sances, car l’ap­port d’un nombre égal de faons mâles et fe­melles se tra­duit par des pour­cen­tages dif­fé­rents dans la po­pu­la­tion mâle et fe­melle. Exemple 1 : « Une po­pu­la­tion avant nais­sances compte 1000 cerfs et 2000 biches. Le sex-ra­tio est donc de 1/2. Cette po­pu­la­tion de­vrait pro­duire 1 300 faons (650 fe­melles et 650 mâles). Or, les 650 faons mâles re­pré­sentent 39,39 % des mâles, et les 650 faons fe­melles re­pré­sentent 24,53 % des fe­melles. Aus­si, le sex-ra­tio est pas­sé de 1 000 mâles / 2 000 fe­melles soit 1/2 avant nais­sances, à 1 650 mâles / 2650 fe­melles soit 1 / 1,606 après nais­sances. Ce sex-ra­tio ne se­ra que très peu mo­di­fié par le jeu du dif­fé­ren­tiel de mor­ta­li­tés entre cerfs, biches et faons. Un nou­veau ré­équi­li­brage au­ra lieu au prin­temps sui- vant. Seul, un pré­lè­ve­ment à la pro­por­tion­nelle ne chan­ge­ra en rien ce mé­ca­nisme de ré­équi­li­brage. » Dans les pra­tiques ac­tuelles, on note une cer­taine part d’anar­chie dans les pré­lè­ve­ments. Des bra­ce­lets faon sont fer­més sur des biches ou in­ver­se­ment. Et, plus ra­re­ment, des bra­ce­lets cerf sont fer­més sur des biches. Ce qui est to­ta­le­ment illo­gique, mais sou­vent pra­ti­qué, to­lé­ré, par­fois re­com­man­dé. Et puis l’on a par­fois ten­dance à don­ner des bra­ce­lets faon en guise de lot de conso­la­tion ou pour cal­mer tel res­pon­sable

de ter­ri­toire in­sa­tis­fait. Ou le prin­cipe du bra­ce­let “in­dé­ter­mi­né”, ha­bi­tude qui li­mite sé­rieu­se­ment l’as­pect qua­li­ta­tif du plan de chasse. De plus n’ou­blions pas les bra­ce­lets fer­més sans que les ani­maux soient pré­le­vés (sur­tout les biches) pour res­pec­ter en “dé­cla­ra­tif”, le mi­ni­mum im­po­sé. La mé­thode pro­por­tion­nelle pour­rait ré­ta­blir la si­tua­tion au fil des sai­sons. Ex­pli­ca­tions en deux étapes par J. Al­va­ra­do et J.-C. Serre. « Rap­pe­lons que le ra­tio faon/biche est de l’ordre de 0,62 au dé­but de l’au­tomne. Aus­si, il convient d’at- tri­buer sys­té­ma­ti­que­ment 0,62 faon pour 1 biche at­tri­buée. Et de veiller à conser­ver ce ra­tio dans la réa­li­sa­tion. Pour ce­la, la lec­ture an­nuelle des mâ­choires de l’en­semble des grands cer­vi­dés est in­con­tour­nable. Elle seule per­met de connaître avec exac­ti­tude les quan­ti­tés exactes de cerfs, biches et de faons ef­fec­ti­ve­ment pré­le­vés. En par­tant de la réa­li­té des pré­lè­ve­ments (consta­tés par col­lecte sys­té­ma­tique et lec­ture des mâ­choires), on peut re­cons­ti­tuer, en pro­por­tion, la com­po­si­tion de la po­pu­la­tion chas­sée. » Exemple 2 : Ob­ser­vons un cas concret et ti­ron­sen des en­sei­gne­ments. « En 2012-2013, sur l’en­semble du Loi­ret, on a pré­le­vé (dé­cla­ra­tion à la Fdc 45) : 665 cerfs, 952 biches, 865 faons = 2482 ani­maux. 26,79 %, 38,36 %, 34,85 % = 100 %. Or pour équi­li­brer “à la pro­por­tion­nelle” les 865 faons, il eut fal­lu pré­le­ver 865 / 0,62 = 1 395 biches. On au­rait donc épar­gné : 1 395 - 952 = 443 biches, aux­quelles il y au­rait lieu d’ajou­ter les biches dé­cla­rées mais non réa­li­sées (de l’ordre de 10 % mi­ni­mum) d’après les confi­dences de nom­breux ges­tion­naires. Soit 952 x 10 % = 95 biches. Au to­tal, on a donc épar­gné : 443 + 95 = 538 / 1 395, soit en­vi­ron 38,5 % de ce qu’au­rait dû être un pré­lè­ve­ment équi­li­bré. Après cor­rec­tion des biches à par­tir des faons, la com­po­si­tion de la po­pu­la­tion chas­sée était proche de : 665 cerfs, 1 395 biches, 865 faons = 2925 ani­maux 22,74 %, 47,69 %, 29,57 % = 100 % On ob­tient un sex-ra­tio des ani­maux de plus d’un an (très peu dif­fèrent du sex-ra­tio avant nais­sances) de 1/2,097. Le sex-ra­tio de la po­pu­la­tion (es­ti­mé) est de : 665 cerfs + 428 faons mâles / 1 395 biches + 437 faons fe­melles = 1/1,676. La large épargne de biches main­te­nant un sex-ra­tio avant nais­sances très dés­équi­li­bré, les sex-ra­tio ci-des­sus 1/2,097 avant nais­sances, et

1 / 1,676 en au­tomne pour­ront ser­vir de base de cal­cul pour la pré­pa­ra­tion d’un plan de chasse “à la pro­por­tion­nelle” l’an­née sui­vante. » Cette mé­thode du plan de chasse pro­por­tion­nel qui re­pose sur le res­pect du sex-ra­tio et du ra­tio faon/biche est « arith­mé­ti­que­ment ir­ré­cu­sable» se­lon ses au­teurs, le chas­seur se bor­nant à res­pec­ter les fon­da­men­taux d’une règle na­tu­relle. La mé­thode des trois tiers qui ré­par­tit les pré­lè­ve­ments de fa­çon égale entre cerfs, biches et faons, pé­na­lise obli­ga­toi­re­ment les ca­té­go­ries d’ani­maux dont le nombre est le plus faible, et de plus, dé­grade le sex-ra­tio (voir ta­bleaux p. 100). Éta­blis­sons un pa­ral­lèle fis­cal pour bien com­prendre la lo­gique pro­po­sée. Si vous ponc­tion­nez la même somme aux ca­té­go­ries des contri­buables mo­destes, moyen­ne­ment ai­sés et riches, il est évident que ce­la pé­na­lise les deux pre­mières ca­té­go­ries. Par op­po­si­tion, ponc­tion­ner « pro­por­tion­nel­le­ment » aux re­ve­nus, est arith­mé­ti­que­ment plus équi­table, « équi­li­bré ». Il en va de même pour l’es­pèce cerf. « Dans un cas ex­trême, on peut même être ame­né à quan­ti­fier des tiers si im­por­tants qu’ils dé­passent le nombre réel d’ani­maux ! », glissent nos deux chas­seurs. La mé­thode du plan de chasse pro­por­tion­nel telle que la pro­posent Jean Al­va­ra­do et Jean-Claude Serre per­met­trait de col­ler au plus près de la réa­li­té, et au plus vite. Ce que n’au­to­ri­se­ra évi­dem­ment pas le nou­veau concept du plan de chasse trien­nal ap­pa­ru dans cer­taines Fdc. Un plan de chasse trien­nal qui semble avoir comme prin­ci­pale vertu d’es­pa­cer les réunions ad­mi­nis­tra­tives. Et comme prin­ci­pal vice de lais­ser du temps – trois ans – à la po­pu­la­tion de cerfs pour échap­per à tout contrôle. Ce­la consti­tue un autre dé­bat. Parce qu’ils sont chas­seurs-na­tu­ra­listes, ne pré­ten­dant pas s’af­fir­mer cher­cheurs, deux hommes se sont pen­chés sur la conser­va­tion de leur gi­bier de pré­di­lec­tion, le cerf. De­puis une di­zaine d’an­nées, ils étu- di­ent, cal­culent, ré­flé­chissent, com­parent, dis­cutent, bref ils éla­borent une mé­thode. N’y voyons pas là ges­tion à la cal­cu­lette ou usine à gaz comme le di­ront un peu trop vite des es­prits ob­tus ou pa­res­seux. Dé­ce­lons là l’en­vie de mieux gé­rer « un for­mi­dable pa­tri­moine com­mun ». Au point où nous en sommes, le monde de la chasse doit en­vi­sa­ger de fa­çon prag­ma­tique que la ges­tion du cerf est per­fec­tible... Nous ne sau­rons af­fir­mer si cette mé­thode est per­ti­nente ou non, si elle est utile tout ou par­tie, amé­lio­rable, en re­vanche il se­rait dom­mage d’igno­rer la bri­sée. Il se­rait sain que des spé­cia­listes de Cer­vus ela­phus mettent cette idée en pra­tique sur le ter­rain afin d’en étu­dier bien­faits et ca­rences. Il en va du sens de la res­pon­sa­bi­li­té, ain­si que de l’ou­ver­ture d’es­prit. Le cerf en vaut la chan­delle.

Tes­ter n’est pas ap­prou­ver, mais c’est cher­cher.

Jus­qu’au dé­but des an­nées 1970, la ges­tion du grand gi­bier se ré­sume à quelques jours de chasse. Peu im­porte la qua­li­té et la quan­ti­té d’ani­maux ti­rés...

Le plan de chasse passe im­man­qua­ble­ment par le mar­quage des ani­maux tués. En­core faut-il que les bra­ce­lets soient re­fer­més sur des ani­maux. Et les bons...

Gare, moins de cerfs, c’est moins de bra­ce­lets vendus par les Fdc, c’est-à-dire moins de fi­nances dis­po­nibles pour payer les dé­gâts agri­coles cau­sés à 85 % par le seul san­glier...

Gé­rer au plus près, au plus fin pour évi­ter la ges­tion en yo-yo, la­quelle casse des po­pu­la­tions après les avoir lais­sées pros­pé­rer.

La lec­ture an­nuelle de toutes les mâ­choires des ani­maux de l’es­pèce cerf per­met de vé­ri­fier la réa­li­sa­tion réelle du plan de chasse, de la sexer, et d’iden­ti­fier plu­sieurs ca­té­go­ries de jeunes ani­maux. Une me­sure qui tarde à se dé­ve­lop­per.

Le but de la mé­thode pro­po­sée : maî­tri­ser l’évo­lu­tion des po­pu­la­tions. Aus­si bien leur ex­plo­sion... que leur net dé­clin !

Sous la pres­sion des fo­res­tiers, il se­rait dom­mage d’as­sis­ter au dé­clin spec­ta­cu­laire du cerf. Que l’es­pèce re­de­vienne fan­tôme comme il y a 50 ans.

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