La table plus que l’ivoire

Connaissance de la Chasse - - Chasses Australes -

En re­ve­nant au bois du port d’où nous étions par­tis un mois au­pa­ra­vant, nous re­le­vâmes des traces d’élé­phants da­tant de la veille tout au plus : il n’en fal­lut pas da­van­tage pour me conso­ler du re­tard que j’éprou­vais. Je choi­sis quatre de mes meilleurs ti­reurs et nous par­tîmes, mu­nis de quelques pro­vi­sions. À la nuit nous étions tou­jours sur les traces ; nous sou­pâmes gaie­ment en nous in­vi­tant les uns les autres à ne pas trop re­gret­ter les dou­ceurs du camp et nous cou­châmes sur la terre dure. À vrai dire, per­sonne ne jouit d’un som­meil pai­sible : au moindre souffle, au plus lé­ger bruis­se­ment d’une feuille, nous étions aux écoutes et bien­tôt sur nos gardes. Mais dès la pointe du jour, je ré­veillais les dor­meurs et un verre d’eau-de-vie leur fit ou­blier la nuit. Nous re­par­tîmes, mais cette deuxième jour­née ne fut pas plus heu­reuse que la pre­mière. Le soir, nous re­pe­sâmes les cé­ré­mo­nies de la veille, mais nous fûmes trou­blés par une alerte as­sez vive. Il y avait à peine une heure que nous dor­mions lors­qu’un buffle ap­pro­cha, at­ti­ré par la lueur. Comme il craint l’homme, il ne nous eut pas plus tôt aper­çus qu’il s’en­fuit et le bruit qu’il fit dans les brous­sailles nous éveilla. Je sau­tai trop tard sur mes armes : il avait dis­pa­ru. En­fin le troi­sième jour se le­va. Tou­jours sur la trace, nous par­vînmes après quelques heures de marche pé­nible dans les ronces à un en­droit fort dé­cou­vert. Un de mes Hot­ten­tots qui était mon­té sur un arbre nous fait signe de res­ter en si­lence et nous in­dique, en ou­vrant et en fer­mant la main plu­sieurs fois, le nombre d’élé­phants qu’il aper­çoit. Il des­cend ; on tient con­seil et nous ap­pro­chons en pre­nant le des­sous du vent. Il me conduit à tra­vers les brous­sailles à quelques pas d’un de ces énormes ani­maux. Nous nous tou­chions pour ain­si dire : j’étais sur un pe­tit tertre, mais le Hot­ten­tot avait beau me ré­pé­ter vingt fois : « Le voi­là !… Mais le voi­là ! », je ne le voyais tou­jours point et je re­gar­dais plus loin, ne pou­vant ima­gi­ner que cette masse im­mo­bile que j’avais à vingt pas au­des­sus de moi pût être autre chose qu’un frag­ment de ro­cher. À la fin, pour­tant, la

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