Fa­çon Char­le­magne

Connaissance de la Chasse - - Édito - Fran­çois-Xa­vier Al­lon­neau fx.al­lon­neau@edi­tions-la­ri­viere.fr

Dé­pla­cés, re­lâ­chés par­fois sur des terres d’où ils avaient dis­pa­ru de­puis des lustres, par­fai­te­ment gé­rés, ils ont fi­ni par faire souche, par croître au point de ren­con­trer ou de cau­ser des pro­blèmes réels. Sur­den­si­té, concur­rence avec d’autres es­pèces sau­vages ou do­mes­tiques, dé­gâts sur la faune et la flore, épi­zoo­ties, zoo­noses, etc. Avant cette em­bel­lie – qui par­fois s’em­balle – la réa­li­té fut toute autre. Les grands mam­mi­fères de France re­viennent de loin. Au cours du XIX siècle, la démographie hu­maine ga­lo­pante et la conquête de l’es­pace na­tu­rel qui s’en­suit mal­mènent la grande faune sau­vage. Puis, le dé­ve­lop­pe­ment et l’amé­lio­ra­tion de l’arme à feu faillirent lui être fa­tals.

Au fil du temps, les grands mam­mi­fères dis­pa­raissent de mas­sifs en­tiers, de ré­gions en­tières. Le pro­ces­sus se pour­suit jus­qu’au len­de­main de la Se­conde Guerre mon­diale. Le bi­lan est alors ca­tas­tro­phique : - le loup, le lynx et le bou­que­tin des Py­ré­nées ont of­fi­ciel­le­ment dis­pa­ru du sol fran­çais ; - le cerf de Corse dis­pa­raî­tra au début des an­nées 1970 ; - la dis­pa­ri­tion du mou­flon de Corse sur l’Ile de Beau­té est re­dou­tée au point que l’es­pèce est in­tro­duite sur le conti­nent à par­tir de 1949 ; - l’ours ne sur­vit que dans les seules Py­ré­nées ; - le bou­que­tin des Alpes fut sau­vé in ex­tre­mis, grâce à nos voi­sins ita­liens au début du XX siècle ; - le cha­mois et l’isard font pâle fi­gure. Qu’en est-il du che­vreuil, du san­glier et du cerf ? Sur la ma­jo­ri­té des ter­ri­toires, ces trois on­gu­lés sont peu ou pas re­pré­sen­tés. On ob­serve quelques poches de belles po­pu­la­tions dans cer­taines fo­rêts do­ma­niales et pro­prié­tés pri­vées, dans quelques vastes mas­sifs de l’Est. La ma­jo­ri­té des chas­seurs au pire ne les croisent pas, au mieux les en­tra­per­çoivent.

À la Li­bé­ra­tion, les chas­seurs – à tir ain­si que les ve­neurs – en as­so­cia­tion avec les fo­res­tiers d’État com­mencent à pro­cé­der à toute une sé­rie de lâ­chers de re­peu­ple­ment. Les chas­seurs à tir conçoivent et mettent en place d’éner­giques me­sures de ges­tion. Pa­ral­lè­le­ment, suite à l’évo­lu­tion de la so­cié­té, à la trans­for­ma­tion pro­fonde des mé­thodes agri­coles et à l’exode ru­ral, le mi­lieu dit na­tu­rel de­vient da­van­tage fa­vo­rable à la grande faune. Même le cli­mat s’y met ! Dans un pre­mier temps l’homme ré­in­tro­duit des on­gu­lés, ani­maux proies. Puis il pro­voque le re­tour de leurs pré­da­teurs, ours, loup et lynx.

Le lâ­cher de bou­que­tins ibé­riques (en pho­to) dans les Py­ré­nées – et non de bou­que­tins py­ré­néens, sous-es­pèce éra­di­quée – consti­tue une étape par­ti­cu­lière dans l’his­toire de la ges­tion de la grande faune. Il s’agit non plus de consolidation d’une po­pu­la­tion exis­tante mais d’un rem­pla­ce­ment. [lire page 44] À quel des­sein ? Quel est l’in­té­rêt de créer de toutes pièces une po­pu­la­tion d’une es­pèce ba­nale, non me­na­cée, dont la ges­tion risque fort de po­ser des pro­blèmes à terme ? Pour­ra-t-on un jour gé­rer, c’est-à-dire chas­ser, le bou­que­tin dit des Py­ré­nées ou fau­dra-t-il se ré­soudre à le voir dé­truit par l’ad­mi­nis­tra­tion comme ce­la se fit pour les bou­que­tins du Bar­gy en Haute-Sa­voie ? Rap­pe­lons ici que Sé­go­lène Royal a im­po­sé à l’État de fi­nan­cer une « bri­gade loup » char­gée no­tam­ment de tuer des fauves, ce que font dé­jà lé­ga­le­ment et ef­fi­ca­ce­ment les chas­seurs. Va-t-on vers une fonc­tion­na­ri­sa­tion par­tielle de la chasse ?

Seuls le bi­son, l’élan et l’au­rochs – dis­pa­rus des ter­ri­toires fran­çais au cours de la pé­riode his­to­rique – manquent à l’ap­pel. Des pro­jets de ré­in­tro­duc­tion de ces ani­maux dorment-ils dans des ti­roirs mi­nis­té­riels ou as­so­cia­tifs ? À l’heure ac­tuelle, en Po­logne, le re­tour du bi­son et de l’élan est or­ches­tré. Quant à l’au­rochs, il a été re­cons­ti­tué, se­lon le terme tech­nique, dans di­vers éle­vages eu­ro­péens. À quand le bes­tiaire re­trou­vé de Char­le­magne ? Bonne lec­ture à toutes et à tous.

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