Connaissance de la Chasse - - Sur­prise Qué­bé­coise -

À en­vi­ron quatre cents mètres de là, à tra­vers la bruine in­ces­sante, l’homme a re­pé­ré des oi­seaux qui vaquent sur un ves­tige de maïs. Les yeux vis­sés à ses ju­melles, il nous an­nonce la pré­sence de six su­jets dont deux mâles qu’il dé­fi­nit par les termes Jake et Tom. Ces ex­pres­sions dé­si­gnent res­pec­ti­ve­ment un su­jet ju­vé­nile et un autre adulte. Quatre dindes ac­com­pagnent ces vo­la­tiles. Bien­tôt à notre tour en pos­ses­sion des bi­no­cu­laires, nous ob­ser­vons la com­pa­gnie. D’ap­pa­rence non­cha­lant, chaque in­di­vi­du veille sur la troupe. Il n’est pas un ins­tant sans qu’un cou ne se tende pour scru­ter l’ho­ri­zon. À quelques di­zaines de mètres de là, une de­mi-dou­zaine de cerfs de Vir­gi­nie et un couple de ber­naches du Ca­na­da par­ti­cipent aus­si à la veille. Nous avons la sen­sa­tion qu’à la moindre alerte, tous ces pro­ta­go­nistes peuvent su­bi­te­ment quit­ter la scène. Phi­lippe Vi­gnoul nous confir­me­ra plus tard notre im­pres­sion. En at­ten­dant, le guide, éga­le­ment bio­lo­giste de for­ma­tion, nous ap­prend que si le din­don sau­vage était dé­jà pré­sent en masse en Amé­rique du Nord lors de la dé­cou­verte du Nou­veau monde en 1492, il a connu un fort dé­clin au cours des siècles en rai­son d’une chasse ex­ces­sive et d’une im­por­tante perte de son ha­bi­tat. Ain­si, au dé­but des an­nées 1930, il ne res­tait plus qu’une tren­taine de mil­liers d’in­di­vi­dus aux États-Unis alors qu’il avait to­ta­le­ment dis­pa­ru du Ca­na­da où il vi­vait en grandes den­si­tés, no­tam­ment en On­ta­rio. Le Qué­bec ne fai­sait en re­vanche pas par­tie de son aire de ré­par­ti­tion pré­co­lo­niale. Les pre­mières ob­ser­va­tions d’oi­seaux dans la Belle Pro­vince re­montent seule­ment à 1976 et la ni­di­fi­ca­tion sur le sol qué­bé­cois ne fut confir­mée qu’à comp­ter de 1984.

De­puis 2008 seule­ment

Cette ar­ri­vée de din­dons sau­vages est due à une mi­gra­tion de su­jets en pro­ve­nance du Nord des État­sU­nis et de l’On­ta­rio. Peu à peu, grâce à un pro­gramme de ré­in­tro­duc­tion mis en place par les Amé­ri­cains au dé­but des an­nées 1980 via 300 in­di­vi­dus cap­tu­rés dans le Nord des Usa, l’es­pèce a re­co­lo­ni­sé les es­paces où elle avait dis­pa­ru et a même éten­du ses ter­ri­toires au-de­là de ses fron­tières ini­tiales. Forts de ce constat, les ges­tion­naires qué­bé­cois de la faune ont en­tre­pris, entre 2003 et 2013, 40 opé­ra­tions de re­prises dans le sec­teur de l’Ou­taouais, où pros­pé­raient de nou­veau les din­dons, pour pro­cé­der à de mul­tiples in­tro­duc­tions. Pas moins de 634 oi­seaux ont ain­si été re­lo­ca­li­sés en dix ans. Le suc­cès fut ins­tan­ta­né et une chasse ex­pé­ri­men­tale or­ga­ni­sée entre 2005 et 2007 a dé­mon-

Si la mise en scène est mi­ni­ma­liste, elle est to­ta­le­ment adap­tée à la chasse du din­don sau­vage.

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