Un bloc

Connaissance de la Chasse - - Éditorial - Fran­çois-Xa­vier Al­lon­neau fx.al­lon­neau@edi­tions-la­ri­viere.com

Lorsque vous li­rez ces lignes, peut-être le pré­sident de la Ré­pu­blique se se­ra-t-il dé­jà ex­pri­mé sur la ré­forme de la chasse. Qu’au­ra-t-il re­te­nu des pro­po­si­tions de la Fé­dé­ra­tion na­tio­nale des chas­seurs ? Willy Schraen, son pré­sident, au­ra-t-il ob­te­nu gain de cause sur ses nom­breuses de­mandes ? Ou Ni­co­las Hu­lot – le mi­nistre de la chasse qui exècre la chasse et le chas­seur – au­ra-t-il fait en sorte de dé­tri­co­ter la ré­forme cy­né­gé­tique ? Ob­tien­drons­nous le ré­vo­lu­tion­naire per­mis de chas­ser na­tio­nal unique à 150 € ? La non moins ré­vo­lu­tion­naire ges­tion adap­ta­tive des es­pèces même pro­té­gées se­ra-t-elle mise en place ? Quel ave­nir pour l’Oncfs ? Etc., etc. Évi­dem­ment, nous re­vien­drons sur ces points dans notre pro­chain nu­mé­ro.

Tou­jours est-il qu’en ou­vrant grand les fe­nêtres de la chasse fran­çaise, le pré­sident de la Fnc a pris le risque de bous­cu­ler les ha­bi­tudes, de re­mettre en cause cer­tains pou­voirs, d’en­gen­drer des mé­con­ten­te­ments. Dans l’ab­so­lu peu im­porte, pour­vu que prime l’in­té­rêt gé­né­ral. S’ils par­viennent à agir dans ce sens alors la Fnc et son pré­sident au­ront vé­ri­ta­ble­ment réa­li­sé de la belle ou­vrage.

La dé­fense de l’in­té­rêt gé­né­ral passe au­to­ma­ti­que­ment par la re­mise en cause des in­té­rêts par­ti­cu­liers. D’où des ba­tailles d’ap­pa­reils (fé­dé­ra­tions, ad­mi­nis­tra­tions, as­so­cia­tions, fon­da­tions, etc.), et d’ego. Tout ce­la est aus­si – et sur­tout ? – une his­toire d’hommes…

Pour­tant, face aux ad­ver­saires, aux obs­tacles et aux crises, il va fal­loir au monde de la chasse faire preuve d’uni­té au­tour de prin­cipes par­ta­gés. D’où de né­ces­saires ex­pli­ca­tions et ef­forts de pé­da­go­gie, de dé­bats in­ternes francs et cons­truc­tifs. Cha­cun doit trou­ver sa place, s’y te­nir. Et évi­ter les écueils que peuvent être le dogme comme la dé­ma­go­gie, l’éli­tisme comme le di­ri­gisme. En ces temps mou­vants, nous ne pou­vons nous payer le luxe du re­jet, de la dés­union. Et puis, peut-on se pri­ver des com­pé­tences de ce­lui-ci, de l’ex­per­tise de ce­lui-là ?

C’est pro­ba­ble­ment à ce prix que la chasse se ré­for­me­ra réel­le­ment en pro­fon­deur. S’adap­tant à une so­cié­té qui évo­lue de plus en plus vite, et ap­pa­rais­sant comme af­fo­lée, lit­té­ra­le­ment dé­bous­so­lée. Sem­blant perdre son bon sens au pro­fit de l’image, de l’émo­tion, de l’im­mé­dia­te­té. Au­tant d’eaux troubles dans les­quelles nagent avec dé­lec­ta­tion les mi­li­tants ani­ma­listes et vé­gans, et leurs gou­rous de tout poil. Et, fi­na­le­ment, tous ceux qui tirent pro­fit de la cré­ti­ni­sa­tion de nos contem­po­rains. Ces der­niers temps, à tra­vers la France, des di­zaines de bou­tiques de bou­chers, char­cu­tiers, pois­son­niers ont été caillas­sées par les par­ti­sans du droit ani­mal. Avez-vous en­ten­du les grandes consciences dé­non­cer ce­la ?

Les Ava (Abo­lis­sons la vè­ne­rie au­jourd’hui) se dé­ve­loppent à tra­vers la France tels des mé­ta­stases. Quelles di­rec­tives don­ne­ront les po­li­tiques aux forces de l’ordre en sep­tembre pro­chain ? Quelles dé­ci­sions pren­dra la justice sai­sie dans l’af­faire dite du cerf de Com­piègne ? Har­cè­le­ment et me­naces de mort su­bis par les chas­seurs se­ront-ils en­fin pu­nis ? De plus en plus de mi­ra­dors sont sa­bo­tés. Ce­la in­dique que ce ne sont pas les seules chasses tra­di­tion­nelles qui sont at­ta­quées, mais bel et bien l’es­prit de chasse même, c’est-à-dire la chasse toute en­tière. Je crains que ne pas l’ad­mettre re­lève de l’illu­sion, ou de la couar­dise.

Pa­ra­phra­sant Cle­men­ceau, grand chas­seur de tigres in­diens comme de cailles des blés, l’on peut dire que « la chasse fran­çaise est un bloc dont on ne peut rien dis­traire ». En­core faut-il que cha­cun fasse preuve de bonne vo­lon­té, et ait réel­le­ment en­vie de faire bloc au­tour de va­leurs com­munes. Pour une chasse rai­son­nable et rai­son­née, quelle que soit notre pra­tique. Bel été. Bonne lec­ture à toutes et à tous.

© M. Breuer

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