Comment j’ai­me­rais me faire lar­guer

Qu’on me plaque, à la li­mite, je peux l’ac­cep­ter. Mais plu­tôt comme ça.

Cosmopolitan (France) - - Cosmopolitain Mai - Par Ma­non Saint Pol. Pho­to To­ny Kel­ly.

Qu’on me plaque, à la li­mite, je peux l’ac­cep­ter. Mais plu­tôt comme ça. Par Ma­non Saint Pol.

c’ était en mai, sur un ca­ta­ma­ran, dans l’ar­chi­pel des Whit­sun­day Is­lands, l’en­droit le plus ro­man­tique d’Aus­tra­lie. Plages de sable blanc, eau trans­lu­cide, ca­bine pri­vée, bref, un pur et in­ha­bi­tuel mo­ment de luxe. Tout avait très bien com­men­cé : snor­ke­ling au mi­lieu des pois­sons co­lo­rés de la Grande Bar­rière de co­rail, ja­cuz­zi sur le pont du bateau, ba­lade sur di­verses îles ma­gni­fiques, amour sur l’une des plages du top 10 mon­dial… Le pied. Jus­qu’à ce que mon mec m’avoue qu’il se sen­tait trop mal d’être en va­cances avec moi plu­tôt que de pas­ser du temps avec ses gosses qu’il ne voyait dé­jà pas sou­vent (oui il était ma­rié, avec des en­fants, oui je le sa­vais, mais ce n’est pas le su­jet). Ce­la, juste avant de som­brer jus­qu’au len­de­main ma­tin dans un pro­fond som­meil pas du tout af­fec­té par mes crises de larmes. J’en avais une nou­velle fois la preuve : les mecs n’ont AU­CUN sa­voir-vivre en ma­tière de rup­ture. Dé­jà, avant lui, comment j’avais ap­pris que c’était ter­mi­né avec mon mec ? En

dé­cou­vrant sur Fa­ce­book qu’il s’était re­mis avec son ex. Mer­ci Fa­ce­book. C’est pour­tant pas com­pli­qué. Deux mots, « C’est fi­ni », qu’on pro­nonce au mo­ment op­por­tun ? Eh ben non. Il l’au­rait dit de re­tour au port, le ré­sul­tat au­rait été le même, mais j’au­rais pro­fi­té du reste de ma croi­sière à 500 dol­lars au lieu de pleu­rer comme une dé­bile au mi­lieu des autres couples. Y’a des en­droits et des mo­ments pour lar­guer quel­qu’un. Mais voi­là que je réa­lise : peut-être qu’on ne leur a ja­mais dit ? La pre­mière fois qu’un mec m’a de­man­dé comment lar­guer sa co­pine, je lui ai ré­pon­du de faire ça de­vant plein de monde, pour qu’elle ait de nom­breux bras pour la ré­con­for­ter. Pour ma dé­fense, j’étais jeune, dingue de lui, et je dé­tes­tais la fille avec qui il sor­tait. ( Je ne l’ai­mais dé­jà pas avant qu’il sorte avec elle. J’ai même la pré­ten­tion de croire qu’il était sor­ti avec elle pré­ci­sé­ment parce que je ne l’ai­mais pas. On était vrai­ment jeunes.) Entre-temps j’ai – un peu – gran­di et j’ai pu dé­ve­lop­per une vraie théo­rie. Voi­là donc comment, dans un monde idéal (il est en­core per­mis de rê­ver, non ?) les mecs de­vraient lar­guer leur co­pine. Quoique, à la ré­flexion, dans un monde idéal, per­sonne ne se fe­rait ja­mais lar­guer, mais bon, bref, vous m’avez com­prise. Chères lec­trices, n’hé­si­tez pas à mettre ces dix com­man­de­ments du lar­gage sous l’oeil de vos amis mas­cu­lins.

Tu ne lar­gue­ras pas ta co­pine lors de dates « spé­ciales ».

Par dates « spé­ciales », j’en­tends : l’an­ni­ver­saire de la de­moi­selle, Noël, le nou­vel an, la Saint-Valentin, le jour de la ren­trée, la veille du dé­part en va­cances, en plein mi­lieu des va­cances, le jour de l’en­ter­re­ment de sa grand­mère, etc. (liste non ex­haus­tive, vous me par­don­ne­rez, j’ose pen­ser que la gent mas­cu­line dis­pose d’as­sez de neu­rones pour dis­tin­guer un jour spé­cial d’un jour comme les autres). Inu­tile donc de te fixer des se­maines à l’avance une date à la­quelle tu lar­gue­ras ta co­pine. Si tu veux la pla­quer, ce n’est pas la peine de re­pous­ser à plus tard, ou alors, lâche que tu es, tu ne le fe­ras ja­mais et at­ten­dras qu’elle te quitte après avoir dé­cou­vert que tu la trom­pais (même si tu ne la trompes pas en­core, ça vien­dra).

Tu ne lar­gue­ras pas ta co­pine dans des en­droits que tous s’ac­cordent à trou­ver ro­man­tiques.

C’est-à-dire pas pen­dant votre croi­sière en ca­ta­ma­ran dans les Whit­sun­day Is­lands, ni à Ve­nise : « Oh re­garde ma ché­rie, le pont des Sou­pirs… tiens au fait, j’ai ou­blié de te dire, je ne t’aime plus, je te largue » (sauf, bien sûr, si tu ha­bites Ve­nise, alors tu n’as pas le choix). Ni non plus lors d’un pique-nique à la cam­pagne, dans un res­tau­rant éclai­ré aux chan­delles, etc.

Tu évi­te­ras de faire des projets avec ta co­pine et d’en par­ler à tout-va, quelques heures avant de la lar­guer.

Ça peut en sur­prendre cer­taines, ce re­vi­re­ment de si­tua­tion. Exemple : évite de ra­con­ter à tout le monde que tu vas al­ler sur­fer à Biar­ritz en sep­tembre avec ta co­pine, puis vi­si­ter Pa­ris et en­fin ren­con­trer sa fa­mille et ses amis au fin fond du Nord-Pas-de-Ca­lais (pe­tit rap­pel, on est en mai, en Aus­tra­lie), et ce, deux heures avant de pla­quer la fille.

Tu don­ne­ras une VRAIE rai­son.

Et non une ex­pli­ca­tion du genre « J’aime en­core mon ex » , « C’est pas toi, c’est moi », « J’ai peur de m’at­ta­cher en­core plus à toi et que tu fi­nisses par ren­con­trer un voya­geur comme toi », bla­bla­bla… Tu n’as pas de vraie rai­son ? Ben alors, pour­quoi tu veux me lar­guer ?

Tu ne fe­ras point de fausses pro­messes.

Évite par exemple de lui dire qu’elle peut comp­ter sur toi et qu’elle pour­ra tou­jours (tou­jours !) comp­ter sur toi si elle a be­soin d’aide, alors que tu as l’in­ten­tion de chan­ger de nu­mé­ro de té­lé­phone une se­maine ou quinze jours plus tard.

Tu fe­ras ça dans un en­droit où vous se­rez seuls.

Con­trai­re­ment au très mau­vais conseil que j’ai pu don­ner à l’époque (mais bon, j’avais conscience que c’était dé­gueu­lasse, j’étais vrai­ment nulle). Car il n’y a rien de pire que de se don­ner en spec­tacle en train de pleu­rer comme une dé­bile, peu im­porte que vous connais­siez les gens ou pas.

Tu fe­ras ça dans un en­droit que la per­sonne lar­guée pour­ra fuir aus­si­tôt ta dé­cla­ra­tion faite.

Oui, parce que je ne connais pas grand monde qui au­rait en­vie de pas­ser quinze heures sur un ra­fiot de vingt mètres car­rés (ou wa­gon de Trans­si­bé­rien, sta­tion Mir, soi­rée en grande ban­lieue après les der­niers RER) avec quel­qu’un qui vient de te dire que c’est fi­ni mais qu’il t’aime quand même, et qu’il t’ai­me­ra toute sa vie, même si c’est im­pos­sible.

Dans l’idéal, tu lui trou­ve­ras ra­pi­de­ment un rem­pla­çant.

Tu peux contac­ter son ex qui l’aime tou­jours, ou l’amour d’en­fance ou d’ado­les­cence qu’elle a tou­jours gar­dé dans un coin de sa tête. Tu peux aus­si or­ga­ni­ser toi-même le chan­ge­ment pour fa­ci­li­ter la tran­si­tion pour ta co­pine. Ain­si, le sa­me­di, tu jartes tes af­faires, et le di­manche il ins­talle ses car­tons. Et hop, tout le monde est content ! En­fin, dans mon es­prit en tout cas.

Tu gar­de­ras contact avec ta co­pine (ton ex, main­te­nant), et tu ap­pren­dras à de­ve­nir ami avec elle.

C’est un fait, la plu­part des filles aiment gar­der contact avec leur ex. C’est comme ça. L’in­verse leur don­ne­rait l’im­pres­sion hor­rible que tout ce qui est ar­ri­vé n’était que le fruit de leur ima­gi­na­tion. Elle fe­ra sû­re­ment style « elle va très bien et sa vie est gé­niale, même sans toi », mais pas d’in­quié­tude, tu lui manques atro­ce­ment. ( À moins qu’elle soit comme moi et n’ait au­cune fier­té, au­quel cas elle ne se conten­te­ra pas de t’en­voyer quelques nou­velles de temps à autre, mais t’inon­de­ra de mails ro­mans.)

Et si tu pou­vais er­rer de fille en fille parce que, de­puis elle, tu ne trouves per­sonne qui t’in­té­resse as­sez, ce se­rait pas mal.

Il faut bien l’avouer, même si vous vous quit­tez en bons termes (genre vous vous ai­mez tou­jours mais votre his­toire est im­pos­sible), et qu’elle te sou­haite d’être heu­reux et de trou­ver la bonne per­sonne, n’ou­blie ja­mais la « vraie vé­ri­té » : ce qu’elle veut par­des­sus tout, c’est que tu meurs, et si pos­sible dans d’atroces souf­frances. Ain­si, si tu pou­vais conti­nuer à en­voyer des nou­velles, ce se­rait pas mal, mais ce qui se­rait en­core mieux, c’est que tes nou­velles soient moins bonnes que les siennes. Après, je ne dis pas que la rup­ture se­ra plus fa­cile pour au­tant. Mais ça vaut quand même le coup d’es­sayer. De pré­fé­rence pas sur moi. En tout cas pas tout de suite.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.