… mes grands pieds

Mon pro­blème de taille? C’est ma poin­ture. La vie d’une mo­deuse beyond le 41 est un en­fer.

Cosmopolitan (France) - - Moi Et… - Par Lae­ti­tia Pi­non Pho­to Mar­ce­lo Kra­sil­cic

« Bonjour, j’ai­me­rais sa­voir quelle est votre plus grande poin­ture ? » À chaque nou­velle sai­son, le même chal­lenge : trou­ver chaus­sure à mon pied. Je fais du 42 et de­mi.

Les der­nières pa­rias de la mode

On at­tri­bue vo­lon­tiers du gla­mour aux pul­peuses, mais les grands pieds fé­mi­nins ne font ja­mais fan­tas­mer : trop mas­cu­lins, tue-l’amour, trop laids. Pas­sé le chiffre mau­dit de la taille 41, l’in­dus­trie de la mode vous ignore. Miaou ! Je crois que ces sa­lo­més en vi­trine me font de l’oeil ! « Ah non, dé­so­lée, on fait seule­ment jus­qu’au 41 », dit la ven­deuse. Bri­seuse de rêves ! Le cercle VIP des bot­tines et autres sti­let­tos est ré­ser­vé aux pieds fé­mi­nins « nor­maux ».

Es­poirs dé­çus

Joie ! Cer­taines en­seignes comme La Halle ou Gémo pro­posent quelques mo­dèles en taille 42. Sauf que, une fois le pied à l’in­té­rieur, force est de réa­li­ser, au tas­se­ment des or­teils fa­çon soeurs de Cen­drillon, qu’il s’agit d’un 41, voire d’un 40 et de­mi dé­gui­sé. Au-de­là du 42, di­rec­tion les ma­ga­sins « spé­ciaux », ces mu­sées du fa­shion crime où gracieux sa­bots de pay­sanne (par­don, es­car­pins) ja­lousent les bot­tines en cuir vieilli pri­sées par les mai­sons de re­traite. Les prix, eux, sont pleins d’hu­mour. Comp­tez 70 eu­ros pour des bal­le­rines quel­conques. Bref, si tu as 20 ans et pas un rond en poche, paie-toi des tongs.

Vis ma vie de mo­deuse han­di­ca­pée

Proposition d’en­tre­tien d’em­bauche : « Nous vous at­ten­dons lun­di pro­chain en tailleur jupe avec des es­car­pins noirs per­son­nels en cuir. » Mon coeur s’ar­rête. J’ai une se­maine pour trou­ver ces mau­dites chaus­sures. Eram, An­dré, Bata… Je com­mande un mo­dèle king size sur Bon­prix. Trop étroit, je ren­voie. J’achète une paire à 110 eu­ros sur Duo, un site an­glais où on peut choi­sir sa lar- geur. Ma carte bleue de cher­cheuse d’em­ploi ploie sous l’ef­fort. Li­vrai­son sous trois jours. On est mer­cre­di. Di­manche soir mes ta­lons sont dé­cla­rés ab­sents. À l’en­tre­tien, le re­cru­teur fu­sille mes bal­le­rines : « Ma­de­moi­selle, les es­car­pins sont o-bli-ga-toi-res pour être hô­tesse VIP. » Tant d’évé­ne­ments obligent nos dix or­teils à bien s’ha­biller ! Et comment ex­pli­quer à ché­ri qui dé­teste vos Dr. Mar­tens roses que c’est tout ce que vous avez trou­vé pour cet hi­ver ?

Un pro­blème na­tio­nal ?

Il vaut mieux vivre en Ir­lande ou aux États-Unis quand on dé­passe le 41. Vous faites du 43 ? La ven­deuse du­bli­noise de Shoe Zone vous ap­porte ces ma­gni­fiques der­bys à faire rou­gir Car­rie Brad­shaw. Pour ? 25 eu­ros. Et les sites livrent en France. Le Shop­ping de Ma­rion – Pa­ri­sienne émi­grée aux États-Unis – en­voie des mo­dèles al­lant jus­qu’au 45. Outre-Manche, Do­ro­thy Per­kins pro­pose de jo­lis sou­liers jus­qu’au 43. Des en­seignes s’im­plantent, comme New Look qui a flai­ré le fi­lon, et bien­tôt Pri­mark en ban­lieue pa­ri­sienne. Étrange comme les tailles 42-43 s’éva­porent !

Une com­mu­nau­té

Oui, les femmes taillent de plus en plus grand. Une ra­pide re­cherche Google suf­fit pour tom­ber sur des di­zaines d’ap­pels de dé­tresse : « Je n’ai que 13 ans et je fais du 43 pour 1,71 mètre », lit-on sur un fo­rum. Bouts de femmes de 1,85 mètre, jeunes filles de 20 ans, ado­les­centes mal dans leur peau, toutes s’en­traident sur la Toile, la preuve avec la page Fa­ce­book de Mas­si­ra, mo­deuse chaus­sant du 43 : sur « le blog des filles aux grands pieds – Pret­ty Big Feet », elle livre ses bons plans pré­cieux. Et ses fans re­trouvent le sou­rire : elles ne sont pas seules. Kate Wins­let et Pa­ris Hil­ton ne font-elles pas du 42-43 ? Famke Jans­sen, taille 46, n’es­telle pas l’une des James Bond Girls les plus sexy de tous les temps ? En­fin, on va pou­voir vivre sur un grand pied.

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