ALEXIA

En­fant, Ma­raî­chère, ma­riée, un et elle vend des ci­trons ca­viar des courges d’Hok­kai­do.

Cosmopolitan (France) - - RENCONTRE -

Pe­tite, je veux être avo­cate. J’ai un ba­gou pas pos­sible, je veux tout le temps prendre la pa­role. Ma mère est mé­de­cin, mon père dis­tri­bu­teur de lé­gumes et de fruits en gros. Et j’aime al­ler avec lui à l’en­tre­pôt à 6 heures du ma­tin. J’adore jouer à cache-cache entre les pa­lettes de char­lottes ou de clé­men­tines à li­vrer. À 18 ans, je passe mon bac. J’ai tou­jours en tête d’être avo­cate, donc j’in­tègre la fac de droit. Je vis dans un stu­dio. Pé­riode re­belle contre l’en­vi­ron­ne­ment fa­mi­lial. À 22 ans, je dé­croche mon Deug. Mais fran­che­ment ce n’est pas pour moi. Je me vois plu­tôt dans la com pour spor­tifs. Mais faute de stage cet été-là, mon père me pro­pose de tra­vailler à la comp­ta avec lui. Je découvre l’en­vers du dé­cor, les livreurs, les chauf­feurs, l’am­biance d’un monde pas­sion­né… En fait, j’adore. Je de­mande à mon père de m’ap­prendre le mé­tier. Ce qui veut dire se le­ver tous les jours à 4 heures ! Ça me va, je ne suis pas une grosse fê­tarde. Je re­trouve ce que je connais dé­jà, mais je découvre aus­si des fruits in­croyables, comme la main de boud­dha. J’ap­prends le ter­roir, la sai­son­na­li­té, la bio­di­ver­si­té, les pro­duc­teurs, les bons pro­duits… Mon père me confie un carnet de clients. À sa­voir, les cui­sines des grands res­taus, les tables des grands pa­trons… mais aus­si les pe­tits trai­teurs. Je dois li­vrer, et ré­pondre à tout : il m’ar­rive de par­tir à 6 heures du soir à Run­gis parce que tel troi­sé­toiles veut quatre bottes de menthe. Vie so­ciale : zé­ro. Dî­ner chez des amis ? Je me couche à 22 heures. À 25 ans, je tombe folle amou­reuse. Je suis ve­nue pour une li­vrai­son, lui est der­rière les four­neaux. Coup de foudre ré­ci­proque. J’ap­porte des pro­duits, il les cuisine. Deux ans plus tard, nous avons un petit gar­çon. À 28 ans, je veux créer une bou­tique de vente au dé­tail. J’es­saie de convaincre mon père qui me dit que, nous, on fait de la dis­tri­bu­tion. Mais je suis per­sua­dée que tout le monde peut s’ini­tier aux bons pro­duits. Ce tra­vail de re­cherche qu’on fait de­puis vingt ans pour les chefs, pour­quoi ne pas en faire pro­fi­ter tout le monde ? Pour cui­si­ner un ri­sot­to à la courge but­ter­nut, ac­com­pa­gner son fro­mage d’une achil­lée mil­le­feuille, ça change de la lai­tue, ou dé­gus­ter des fraises ci­flo­rettes. Un an pour mon­ter le projet, et j’ouvre ma bou­tique, Le Comp­toir des pro­duc­teurs, à Pa­ris, dans le 14e. Et d’ici mes 40 ans, je vou­drais d’autres bou­tiques, d’autres bé­bés, et bien sûr, d’autres fruits et lé­gumes à faire dé­cou­vrir.

l

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.