… les emo­jis

Cosmopolitan (France) - - MOI ET… -

Ils sont par­tout

Je ren­contre Ar­mand sur Happn. On passe plu­sieurs jours à se bom­bar­der de tex­tos : un cou­cou par-ci, une blague par-là et des di­zaines de dis­cus­sions pas­sion­nées sur le surf, la mu­sique et les voyages. Le jour où on dé­cide de se ren­con­trer, il me tex­tote : « Hâte de te voir ». Ah ? Qu’est-ce que ça veut dire ? Il est ob­sé­dé ? Il a une grosse langue ? Il est du genre re­lou ? Peut-être les trois. J’hé­site. Qu’est-ce qu’il sous-en­tend ? Je tape « dé­fi­ni­tion emo­ji » dans Google et je tombe sur emo­ji­pe­dia.org, la bible des émo­ti­cônes. En fait c’est pour « être lou­foque ». Mouais… Pas clair quand même. Plus loin, je découvre des cen­taines d’emo­jis dif­fé­rents. Pour­vu qu’Ar­mand ne m’en­voie pas la ou le , je ne sau­rais pas trop com­ment le prendre…

Bien com­pris ?

Les 24 heures qui pré­cèdent mon ren­dez-vous, je geeke, passe d’emo­ji en emo­ji à la vi­tesse de l’éclair. Tiens, j’aime bien le plu­tôt prin­ta­nier. Ce­lui du de co­chon en re­vanche me laisse per­plexe… Je fouille, je peau­fine mon vo­ca­bu­laire et je tombe sur le clip « Drunk in Love » de Beyon­cé tra­duit en emo­jis sur vi­meo. com. Plus de cinq mi­nutes de

et . Bon, heu­reu­se­ment, c’est Queen B, si­non je pen­se­rais qu’un por­no a été tra­duit par un bou­let du net. Puis je vois sur un autre site qu’un mec s’est écla­té à tra­duire la der­nière heure de «Ti­ta­nic » en émo­ti­cônes :

. Sty­lé ! Je l’en­voie à Ar­mand. On ver­ra qui de nous deux est le plus ca­lé en smi­leys. Il me ré­pond : « Pour­quoi tu m’en­voies ça ? Tu crois que notre ren­card va se pas­ser comme sur le pa­que­bot ? » Dé­ci­dé­ment, il y tient à son at­ti­tude lou­foque. Je ré­ponds que non et re­tente avec un « » « Tu veux qu’on se fasse un ka­rao­ké, c’est ça ? » Pas du tout. Je lui pro­po­sais juste qu’on aille boire un verre dans un bar avec du bon son. Pas ga­gné. Je de­vrais peut-être me cal­mer sur le lan­gage emo­ji. Il va me prendre pour une dingue.

Dans la peau

Avant, je ponc­tuais mes tex­tos d’un smi­ley content :-) ou pas content :-( . C’était simple, eff­cace et sans équi­voque. Mais ça, c’était avant...

Par So­phie Billaud

Je conti­nue mes re­cherches. Quoi ? Miley Cyrus s’est fait ta­touer un émo­ti­cône de dans la lèvre et Drake ce­lui de la sur le bras. Et pour­quoi pas l’emo­ji de la sur le front ? Quelle drôle de ten­dance ! Si je de­vais choi­sir, je me fe­rais ta­touer quoi ? Peut-être qu’il y a un ca­ta­logue ? Oui. Y en a un : #Emo­jiTat­too sur Ins­ta­gram. On y trouve une fille avec le smi­ley der­rière l’oreille. En­core une ri­go­lote. Ou elle sort avec Ar­mand ? Il a mon­té une confré­rie, c’est leur signe de re­con­nais­sance. (Est-ce qu’elle sort vrai­ment avec Ar­mand ?). Une autre fille a l’emo­ji du sur la che­ville. Alors là, fau­dra m’ex­pli­quer. Je vois en­core un mec qui, lui, porte un sur le poi­gnet, trop mi­gnon. En­fin, si Ar­mand se pointe de­main avec un emo­ji de ou de sur l’avant-bras, je ne suis pas sûre de trou­ver ça chou. Peut-être même que ça me fe­rait flipper. Mais comme le type a l’air co­mique, mieux vaut s’at­tendre à tout. Ou au contraire, il n’est pas co­mique du tout, c’est juste qu’il a qu’un smi­ley dans son té­lé­phone. Ça existe un té­lé­phone avec un seul smi­ley ? Moi, j’en ai plus de vingt pages dont la moi­tié que je ne com­prends pas.

Peut mieux faire

Jour J, je dois re­joindre Ar­mand. Sauf que je suis dans le bus coin­cé dans les em­bou­teillages. Je vou­drais lui en­voyer un emo­ji pour lui dire que j’au­rais dix mi­nutes de re­tard, mais je ne trouve rien. Y a et même mais rien pour pré­ve­nir que je se­rai en re­tard ! Le type qui a conçu les emo­jis vit dans quel monde ? Pas dans ma vie quo­ti­dienne où j’ai en­vie de dire « On se fait un res­tau », « Je suis à la bourre » ou « Com­ment ça va ? ». Parce que c’est bien mi­gnon de s’en­voyer des smi­leys lou­foques, de tra­duire des tubes ou se faire ta­touer des pan­das sur le bras mais quand il s’agit d’un peu de sé­rieux, y a plus per­sonne. Du coup, je fais un tex­to, avec des lettres. C’est pas mal aus­si, après tout. l

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