... mon chat

Ou plu­tôt : mon chat et moi.

Cosmopolitan (France) - - CLIC CHIC - Par Ma­thilde Ef­fosse

i mon chat avait Tin­der, fa­cile d’ima­gi­ner à quoi res­sem­ble­rait son pro­fil. Sous l’une des 50 000 ado­rables photos que j’ai prises d’elle, elle écri­rait : « Izi, 3 ans. Ac­cro à la cel­lo­phane, chas­seuse pro­fes­sion­nelle de points rouges lu­mi­neux. 6,2 kg d’amour. #OKLM. » Avant de conti­nuer à vous par­ler de mon chat, je te­nais à vous ras­su­rer : non, je ne fais pas d’atroces fautes de genre. Mon chat est une fe­melle, mais je pré­fère ap­pe­ler une chatte un chat.

Mille neuf cent quatre-vingt cat

J’aime mon chat, mais de­puis qu’elle a em­mé­na­gé avec moi, ma vie a bas­cu­lé. Ma garde-robe par­ti­cu­liè­re­ment. Je porte beau­coup de noir, et mon chat perd beau­coup de blanc. Du coup, ma pen­de­rie re­gorge de longs poils clairs. Alors chaque ma­tin, je me passe le corps en­tier au rou­leau à pâ­tis­se­rie adhé­sif pen­dant qu’Izi me fixe… du haut de la pile de linge propre. Parce qu’Izi n’est pas mon chat, je suis son hu­main. Comme Big Bro­ther, elle a tou­jours un oeil sur moi. Elle peut dor­mir dans le sa­lon, si je m’éclipse sans bruit et que je me re­tourne dix se­condes plus tard, il y a 100 % de chances pour qu’elle soit as­sise der­rière moi, le re­gard plan­té dans le mien et l’air de pen­ser : « Je vous at­ten­dais, M. An­der­son. » D’ailleurs, je n’ai plus au­cune in­ti­mi­té : Big Bro­ther m’es­corte aux toi­lettes, me toise sans cil­ler quand je prends ma douche. Et quand je suis avec un homme et que je ferme ma chambre, elle miaule, grat­touille et glisse sa pe­tite patte sous la porte pour que je ne l’ou­blie pas – tech­nique dite de « la patte morte ». Quand elle était bé­bé, elle dor­mait avec moi, mais de­puis qu’elle fait le poids d’un jam­bon bel­lo­ta à 400 €, on fait cha­tière à part. Bon, j’ai quand même cra­qué il y a peu. Ré­sul­tat : à 5 heures du ma­tin, je me suis ré­veillée en sur­saut, le souffle cou­pé par 6 ki­los de chat éta­lés sur le vi­sage.

Izi From the Block

Peut-être qu’Izi prend de mau­vaises ha­bi­tudes parce qu’elle sait que, quand je suis à la mai­son, mon corps est à sa dis­po­si­tion. Je m’ins­talle dans des po­si­tions qui lui conviennent (les jambes al­lon­gées pour qu’elle ar­rive à s’éta­ler ; le cou bien dé­ga­gé pour qu’elle puisse s’y rou­ler). J’avoue que ce pe­tit ra­dia­teur vi­brant n’est pas très ra­fraî- chis­sant par cette cha­leur, sur­tout qu’Izi aus­si aime se do­rer la pi­lule… sur moi quand je pro­fite du soleil sur la ter­rasse – ima­gi­nez les traces de bron­zage en robe bus­tier. Et quand je bosse sur mon or­di­na­teur, je prends mes pauses se­lon ses envies de s’étendre sur mon cla­vier. Parce que c’est comme ça : n’im­porte quel ob­jet dont je me sers de­vient un ter­rain que le Chat doit ab­so­lu­ment conqué­rir. Un livre ou­vert, c’est THE spot par­fait pour son séant. Et si je des­sine, ma feuille est sa pro­prié­té pri­vée. La nuit, elle dort dans une boîte en car­ton, dé­lais­sant dé­li­bé­ré­ment les di­zaines de pa­niers en formes de bal­lon de foot ou de pois­son pa­né que je lui ai of­ferts – elle se la joue « Izi From the Block ». Je n’ai ja­mais com­pris cette phi­lo­so­phie de vie : ima­gi­nez qu’on vous offre une paire de Lou­bou­tin. Vous vous voyez mettre un vent aux chaus­sures pour vous rou­ler dans la boîte ?

Vache à lait

Comme dans les couples, tout ce qui est à moi est au sul­tan Chat. C’est elle qui choi­sit la déco : si elle n’est pas fan d’un cadre ou d’un fla­con de par­fum, elle le pousse jus­qu’à ce qu’il tombe. En gé­né­ral, c’est un ob­jet de va­leur (je vous avais dit que mon chat n’ai­mait pas ça). En re­vanche, en ce qui concerne la nour­ri­ture, Izi a des goûts de luxe : si la ga­melle n’est pas en­tiè­re­ment rem­plie, la ga­melle est vide. Et si je me contente de la se­couer un peu pour com­bler le manque, elle s’as­sied face au mur et le fixe pour me faire com­prendre que je l’ai vexée. Hier soir, pen­dant qu’elle ron­ron­nait sur mes ge­noux, je me suis demandée : à quoi res­sem­blaient mes jours sans ce pe­tit ventre poi­lu qui me suit par­tout ? Je ne sais même plus. Et puis, mal­gré ses bê­tises, entre mes câ­lins for­cés et mes ten­ta­tives de la dres­ser (si les chats de YouTube savent se lais­ser tom­ber au bon vou­loir de leur maître, pour­quoi pas Izi ?) fi­na­le­ment, on est quittes. D’ailleurs, je me lance dans la cou­ture : j’ai dé­ni­ché un tu­to pour lui fa­bri­quer un cos­tume de di­no­saure. Je suis sûre qu’elle va ado­rer.

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