Convaincre un homme, ça s’ap­prend !

De la séance ci­né à la bague au doigt, pour l’en­tendre nous dire OK, il y a deux ou trois tech­niques à bos­ser.

Cosmopolitan (France) - - LA UNE - Par Ma­non Pi­bou­leau. Pho­to Rai­ner El­ster­mann.

ché­ri,j’ai quelque chose à te dire…» Dans un monde idéal, l’homme ré­pond : « Je t’écoute. » – Je vou­drais que tu ar­rêtes de fu­mer. Dans la vraie vie, il reste plan­té là, à ti­rer ner­veu­se­ment sur sa clope. « Et pour­quoi ça te prend tout d’un coup ? » On l’at­ten­dait celle-là, donc on dé­balle les faits : l’odeur de ta­bac froid, les bai­sers à la ni­co­tine, 7 € mul­ti­pliés par 365… Ça en fe­rait des éco­no­mies. On a même pré­vu une chute pour abré­ger ses souf­frances : « Et si on a un bé­bé… » Il pâ­lit. En moins d’une mi­nute, on vient de perdre la par­tie : « On parle de bé­bé main­te­nant, à 8 h 05… quand mon boss m’at­tend pour me flin­guer. Tu sais ce que je vis, non ? Et tu me de­mandes d’ar­rê­ter de fu­mer, là ? » On fi­nit par s’ex­cu­ser, l’ego plus pe­tit qu’un Tic Tac : « T’as rai­son. » Et voi­là comment, au lieu de di­ri­ger la barque, on a été ma­ni­pu­lée. Pa­reil pour le dé­jeu­ner du di­manche chez ses pa­rents, la place au vo­lant, la vi­rée en mon­tagne alors qu’on vou­lait voir la mer, etc. Mau­vais ti­ming, manque de confiance en soi, pas as­sez de fer­me­té pour se faire en­tendre ? Ta­ta­ta. Être ef­fi­cace et convain­cante, ça s’ap­prend.

Trou­ver le bon ti­ming

Le mariage, ça fait un mo­ment qu’on y pense. La robe, la fête, les co­pains… on ai­me­rait bien. Sauf que l’homme avec qui on par­tage notre vie trouve que c’est « de l’ar­gent fou­tu en l’air. T’es pas d’ac­cord ? » Si, avant. Mais de­puis, on a chan­gé d’avis. Alors on l’a sour­noi­se­ment dé­vié du rayon bri­co­lage vers ce­lui des listes de mariage. « Je me de­mande comment on s’est re­trou­vés là… », on mur­mure. Ap­pa­rem­ment il s’en fout, car il a dé­jà le nez sur le plan : « Les clous, c’est au sous-sol ! » Il n’y a rien de mieux pour bra­quer un homme que de cher­cher à le « trom­per ». Sur­tout s’il s’agit d’en­ga­ge­ment. Pour les grandes de­mandes… il faut un grand mo­ment. Lau­ra, 30 ans, a eu du mal à le com­prendre. « Dans notre groupe d’amis, on se connaît de­puis plus de dix ans. Ce soir, on se rap­pelle qu’à 20 ans, cer­tains d’entre nous s’ima­gi­naient pop star ou avo­cat, d’autres pen­saient mon­ter leur propre marque de fringues… Au­cun n’a en­tiè­re­ment at­teint son ob­jec­tif. Je dois être un peu pom­pette quand j’en­fonce le clou : “Moi, je m’ima­gi­nais ma­riée. Mais je pense que vous re­ce­vrez un faire-part quand vous se­rez en mai­son de re­traite !” Avec le mé­lange ro­sé-te­qui­la, ce qui de­vait être une blague s’est trans­for­mé en cri du coeur. De re­tour à la mai­son, Ar­thur est fu­rax et me re­proche d’avoir éta­lé notre in­ti­mi­té : “Ça ne re­garde que nous. On y pen­se­ra en temps vou­lu.” » À cer­tains mo­ments, mieux vaut tour­ner sa langue sept fois dans sa bouche jus­qu’à es­so­rage des mau­vaises pen­sées. « Parce que prendre ses amis à té­moin, ex­plique Vé­ro­nique Meu­tey, psy­cho­logue spé­cia­liste du couple, c’est pié­ger son homme, le dé­va­lo­ri­ser et l’in­fan­ti­li­ser. On ap­pelle ce com­por­te­ment une prise d’otage. » Le ré­sul­tat ? « Pas grand-chose, puisque l’homme re­tien­dra da­van­tage notre at­ti­tude dé­pla­cée que nos ar­gu­ments. Il y a cer­tains su­jets qui ne s’abordent qu’en tête à tête. Et au bon mo­ment. » Ce­lui où l’on sent qu’il y a une écoute, zé­ro pres­sion. Et sur­tout une fois que l’idée a fait son che­min. Lau­ra a fi­na­le­ment re­lâ­ché l’étau. « Un jour on vi­si­tait une ro­se­raie, et là, à la bu­vette, quand je croyais qu’Ar­thur al­lait me pro­po­ser de choi­sir entre un pa­ni­ni et un hot­dog, il m’a de­man­dée en mariage… J’avais fait germer l’idée dans sa tête, mais il fal­lait que l’ini­tia­tive vienne de lui, et à sa fa­çon. »

Se faire confiance

On ne convainc l’autre que si l’on est convain­cu soi­même. Après Ikea, la zone la plus dan­ge­reuse pour tes­ter la so­li­di­té d’un couple se si­tue entre deux por­tières et sur le bi­tume : à la place du co­pi­lote. « Je crois que si on prend à droite, on va peut-être ga­gner du temps. » Contre toute at­tente, il met le cli­gno à gauche… « Euh à droite, j’ai dit ! » Tu es sûre ? Pas vrai­ment. S’il n’écoute pas, ce n’est pas un pro­blème de sur­di­té pré­coce, c’est sim­ple­ment qu’on a au­tant de convic­tion qu’une éponge. On ab­sorbe sans bron­cher. Jo­han­na, 26 ans, a ban­ni de son dis­cours les ap­proxi­ma­tions. « Convaincre, je le fais tous les jours. Quand j’en­tends mes col­lègues se de­man­der : “On dé­jeune où ? De­hors, de­dans ? Chi­nois ou ita­lien ?”, je dé­cide à leur place pour ne pas perdre de temps. C’est ce cô­té di­rect qui plaît aus­si à Fla­vien. Dès qu’il hé­site, il me de­mande : “Fran­che­ment, t’en penses quoi ?” Comme cette fois où il est au bord de la crise de nerfs et de la dé­mis­sion. Je le pré­viens : “Ne lâche pas ce bou­lot, an­ti­cipe avant de cla­quer la porte au nez du boss.” Di­rec­tive mais pas mi­li­taire, je connais aus­si les mots doux : “Montre-lui que t’es le meilleur.” Si on se fait confiance, on peut ap­por­ter des

ré­ponses, peut-être même la bonne. Au mieux on nous écoute, au pire on nous ignore. Dans tous les cas, on ras­sure, on rend ser­vice. » Vé­ro­nique Meu­tey ex­plique que « le manque de confiance en soi s’ex­prime de deux fa­çons. Soit on s’ef­face, soit on s’énerve ». Sauf qu’on est ra­re­ment per­sua­sive mu­rée dans le si­lence ou avec le ni­veau so­nore d’un vu­vu­ze­la. Convaincre, c’est prou­ver sa dé­ter­mi­na­tion sans rou­gir ni trem­bler, mais aus­si mon­trer qu’on est digne de confiance. Il suf­fit juste de par­ler.

An­ti­ci­per

Ce soir, il y a une chose dont on est sûre : on n’a pas du tout en­vie de ma­ter « le Choc des Ti­tans ». Alors on dit « je l’ai dé­jà vu », pour em­brayer aus­si­tôt sur le film avec Ben Af­fleck : « Tu sais, l’af­faire des otages en Iran… Tu vas ado­rer. » Nor­ma­le­ment, un coup de té­lé­com­mande et c’est ré­glé. Sauf qu’il teste : « Ah bon. Et c’est quoi la fin du “Choc des Ti­tans” ? » Euh… ou­bliée. « Par­fait, on peut le re­gar­der alors. » Au lieu de le convaincre, on s’est fait pié­ger. Trop spon­ta­née, à court d’ar­gu­ments, on s’est pré­ci­pi­tée au lieu de ré­flé­chir et ça n’a rien don­né. Pour Ma­rion, 25 ans, pas­ser le week-end dans la fa­mille de Guillaume, c’est un en­fer. Plu­tôt que de lui dire « ton père me saoule, il est lourd et ses blagues ne font rire que lui », elle a trou­vé la pa­rade : nuan­cer ses pro­pos. « Écoute, je me sens un peu de trop là-bas. Dor­mir dans le sa­lon, se le­ver à 7 heures pour re­mettre le ca­na­pé en place… » Et ça marche : « Du coup, il m’écoute. Il sait que j’ai rai­son. Sup­por­ter les cris de sa nièce, les tics de son frère, et sa mère qui ré­pète en boucle “j’en peux plus de cette ba­raque”, ce n’est pas du re­pos. Il en convient mais c’est sa fa­mille, et il n’en chan­ge­ra pas. On tombe d’ac­cord : “On ré­serve une chambre dans une mai­son d’hôtes à 30 mi­nutes de chez eux, et on par­tage seule­ment les re­pas en fa­mille.” » Théo­ri­que­ment, dans un couple, l’hon­nê­te­té, c’est la base. « Si on est franche, as­sure notre psy­cho­logue Vé­ro­nique Meu­tey, c’est d’abord qu’on est au clair dans sa tête et que l’on peut jus­ti­fier sa re­quête cal­me­ment et mé­tho­di­que­ment. »

Sa­voir ru­ser

Convaincre, au fond, c’est faire dire oui à un homme qui pense non. Et notre ave­nir dé­pend de la forme de sa bouche. Ou­verte, -O-ui. Pin­cée, -N-on. On l’a vu et on l’ap­prouve, dans un couple, l’hon­nê­te­té pré­vaut. Mais on sait toutes que la vé­ri­té n’est pas tou­jours bonne à dire, et qu’un pe­tit men­songe peut ar­ron­dir les angles. Et mieux faire pas­ser la pi­lule. Par­fois, il faut même ru­ser. Pas trop en­vie qu’il nous ac­com­pagne à cette soi­rée ? À la ques­tion dé­ter­mi­nante « y au­ra qui ? », on ré­pond « pas grand monde. Bru­no, le type que tu dé­testes ». Bin­go ! Ch­loé, 30 ans, a com­pris le pro­ces­sus : « Je ren­contre Ju­lien. Beau re­gard, grandes mains, belles fesses mais un pull jacquard qui pe­luche, un jean au ras des planches et son vieux cuir du ly­cée. Sous ses couches dif­formes, il cache un grand po­ten­tiel. Et aus­si beau­coup d’hu­mour. Je tombe amou­reuse. Pas mes proches, qui ne re­tiennent de lui que la sur­face du mec blo­qué dans les an­nées 90. Est-ce que je m’en moque ? Oui mais… Cette pe­tite voix qui me dit “quel gâ­chis” pousse celle qui “l’aime comme il est” à le trans­for­mer. Pour son an­ni­ver­saire, je lui offre un bon ca­deau de 100 € chez Jules. Et un ca­deau… ça ne se re­fuse pas. En un tour de ca­bine, il est convain­cu. En un chan­ge­ment de pho­to de pro­fil, il gagne 20 likes. Il se trouve beau­coup mieux qu’avant et le sa­me­di soir, il est sou­la­gé qu’on ne lui de­mande plus sa carte d’iden­ti­té pour al­ler en boîte ! » Vé­ro­nique Meu­tey ras­sure notre conscience : « La voie dé­tour­née nous em­pêche de gas­piller notre éner­gie et notre temps. » Est-ce qu’on est de vi­laines per­sonnes pour au­tant ? Non. « Il y a des su­jets qui valent plus ou moins d’évi­ter la vé­ri­té se­lon que la per­sonne est plus ou moins ré­cep­tive à nos pro­pos. Le men­songe ou la ruse, à mi­cro doses, n’ont rien de des­truc­teur. Il faut sim­ple­ment les uti­li­ser avec pré­cau­tion, afin d’évi­ter le plus gros piège : la ma­ni­pu­la­tion. » Et ça, ce n’est pas du tout notre genre.

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