ES­TIME DE SOI : MODE D’EM­PLOI

On en­tend qu’il faut la culti­ver, la res­pec­ter, la re­boos­ter… Mais comme ça ne va pas de soi, Cos­mo est là !

Cosmopolitan (France) - - SOM­MAIRE - Par Ch­loé Szul­zin­ger Pho­tos Ch­ris Cray­mer

On en­tend qu’il faut la culti­ver, la res­pec­ter, la re­boos­ter… Mais comme ça ne va pas de soi, Cos­mo est là ! Par Ch­loé Szul­zin­ger.

« L’es­time de soi, c’est le re­gard que l’on porte sur soi, ex­plique Ca­mille Voi­sin, psy­cho­logue cli­ni­cienne. Il a un im­pact sur notre ma­nière d'être avec nous-même et avec les autres : c’est la base de tout. » Comme une bous­sole in­té­rieure qui nous gui­de­rait pour nous ac­cep­ter telle que l’on est, l’es­time de soi est es­sen­tielle pour s’épa­nouir en amour, en ami­tié, dans la vie pro­fes­sion­nelle, ou juste pour être bien dans ses bas­kets. Elle est là en nous, quelque part. Mais pour l'ap­pri­voi­ser, on a tout in­té­rêt à…

Ac­cep­ter son corps et ne pas es­sayer de tout chan­ger

C’est ce qu’af­firment Anne Mar­rez et Mag­gie Oda, psy­cho­logues et au­teures du « Pe­tit Ca­hier d’exer­cices d’ac­cep­ta­tion de son corps » (éd. Jou­vence). On a beau en­tendre que la per­fec­tion n’existe pas, on court sou­vent après. Et si on ad­met­tait une bonne fois pour toutes que la réa­li­té ne cor­res­pond pas tout à fait à l’idéal qu’on s’est don­né ? « On fait des fixettes sur ses dé­fauts et on ne voit pas ses qua­li­tés. Re­gar­der son corps sous l’angle de ces pe­tites im­per­fec­tions, c’est le mal­trai­ter sans s’en rendre compte. » Et au pas­sage, ré­duire toutes les chances d’y voir ce qui peut nous plaire. Non, je ne suis pas uni­que­ment cette dent de tra­vers ou ces hanches larges ! Il faut être vi­gi­lante avec nos ju­ge­ments sé­lec­tifs : « Je me sens moche » ne veut pas dire « je suis moche ». Un amal­game est si vite ar­ri­vé… Sui­vi de près par le mo­ral dans les chaus­settes.

Faire ce mi­cro-quiz sans ar­rière-pen­sée

1. Je me ma­quille pour :

• me faire belle

• ne pas me mon­trer telle quelle 2. Je fais du sport pour :

• me faire du bien

• contrô­ler mon ap­pa­rence 3. Je m’ha­bille pour :

• me mettre en va­leur

• me ca­cher Une même ac­tion peut avoir deux fonc­tions dif­fé­rentes. Il n’y a pas de mau­vaise ré­ponse. Ce quiz sert juste à at­ti­rer notre at­ten­tion sur nous et y ré­flé­chir un peu. Alors ?

Avoir une image de soi glo­bale

Ob­sé­dée par l’ap­pa­rence phy­sique, on risque de né­gli­ger les autres as­pects de soi qui nous rendent at­ti­rante. Comme l’in­tel­li­gence, les connais­sances, les pro­jets, les idées, les centres d’in­té­rêt, les ca­pa­ci­tés, les va­leurs, l’at­ti­tude, les res­pon­sa­bi­li­tés, les ac­com­plis­se­ments… La liste est plus longue qu’on ne le pense. Ce qui rend sé­dui­sante, c’est ce qu’on dé­gage, et c’est un en­semble qui va au-de­là de la taille du jean et de l’état de la ma­nu­cure. De la même ma­nière qu’on s’éloigne du mi­roir pour voir sa sil­houette en pied, on prend du re­cul pour re­gar­der sa per­son­na­li­té en en­tier, avec nos fai­blesses, mais aus­si et sur­tout nos forces.

Re­con­naître ses qua­li­tés

Quand l’es­time de soi est ban­cale, on a vite fait de se ju­ger en dé­for­mant la réa­li­té. « Tu es nulle, tu n’y ar­ri­ve­ras ja­mais… » Halte à l’au­to­sa­bo­tage ! On prend un sty­lo et on suit le con­seil de Ca­mille Voi­sin : « No­tez vos qua­li­tés et de­man­dez à des proches de le faire aus­si. Pour vous ai­der, com­men­cez vos phrases par “j’ar­rive tou­jours à” ou “j’ai du ta­lent pour”. Vous se­rez sur­prise du ré­sul­tat ! » Dans le même es­prit, on tient aus­si un « ca­hier des waouh » dans le­quel on ins­crit nos pe­tites et grandes vic­toires. Il y en a sou­vent bien plus qu’on ne le croit : « j’ai peur de l’eau et je suis al­lée à la pis­cine », « j’ai re­fu­sé d’al­ler à cette soi­rée qui ne me ten­tait pas plus que ça », « j’ai ren­voyé un plat froid au res­tau­rant », « je n’ai pas cra­qué sur les bon­bons hier soir »… À re­lire de­puis le dé­but à chaque fois, comme au­tant de marches sur les­quelles s’ap­puyer pour mon­ter plus haut. J’ai fait tout ça moi ? Ça, ça mo­tive.

Se faire du bien

Parce que l’es­time de soi se nour­rit d’ac­tions po­si­tives, c’est à nous d’ali­men­ter un peu chaque jour le cercle ver­tueux. Par exemple avec ce pe­tit exer­cice pra­tique pour al­ler dans le bon sens : lis­ter les choses qui nous font nous sen­tir belles, puis­santes, in­tel­li­gentes, et les uti­li­ser le plus pos­sible ! Que ce soit dan­ser, faire la cui­sine, tra­vailler ou por­ter des ta­lons, il faut iden­ti­fier ce qui nous plaît, et es­sayer de l’in­té­grer dans notre quo­ti­dien. Ce qui fait un bien fou, aus­si, c’est de sa­voir ac­cueillir un com­pli­ment. Pas tou­jours fa­cile… Mais si on com­men­çait par dire juste « mer­ci » avec un sou­rire, pour voir ? Sans se jus­ti­fier, ni ba­layer l’air de la main en le­vant les yeux au ciel. Ça ne de­vrait pas être un cal­vaire, bien au contraire !

Ap­prendre à s’af­fir­mer

Pour ça, il faut être en connexion avec ses be­soins et ses va­leurs : « Est-ce que j’ai vrai­ment en­vie de ren­con­trer ce mec mat­ché sur Tin­der ? Qu’est-ce qui me fe­rait du bien, là main­te­nant ? » Oser être soi-même, ça se pra­tique. Et sa­voir dire non est un moyen de se pro­té­ger en pri­vi­lé­giant ses propres dé­si­rs, son temps… Car ce qui gri­gnote notre self-es­time, c’est la somme de nos pe­tits re­non­ce­ments. Par­fois on n’a pas le choix, mais on le sait, un oui don­né à contre­coeur, ça ne s’ou­blie pas. Alors que, quand on dit non aux autres, c’est à soi qu’on dit oui. Re­con­naître et ac­cep­ter ses li­mites, ce n’est pas in­né, mais il faut es­sayer. Ça vaut le coup.

Re­la­ti­vi­ser

On peut avoir une as­sez bonne es­time de soi tout en étant consciente d’être bor­dé­lique ou nulle en sport. Il suf­fit de com­par­ti­men­ter

et de ne pas tout mê­ler. Si on a des dif­fi­cul­tés dans la vie pro­fes­sion­nelle par exemple, ça ne de­vrait pas re­mettre en ques­tion la vi­sion de notre vie amou­reuse. « L’es­time de soi peut être in­tacte dans un do­maine, mais fra­gi­li­sée dans un autre. On ne naît pas avec, on la construit toute sa vie avec le tra­vail, les amis, la fa­mille, les ex­pé­riences », ex­plique Syl­vie Li­ger, coach et au­teure de « l’Es­time de moi » (éd. Ey­rolles). Tout se cultive, y com­pris le res­pect que l’on se porte. Et ça ne concerne per­sonne d’autre que nous.

Écou­ter ses émo­tions

« Ce sont des alertes, comme des té­moins lu­mi­neux que quelque chose se passe. Il faut ab­so­lu­ment les ob­ser­ver et agir en consé­quence, en toute co­hé­rence avec soi, dit Christophe Car­ré, au­teur de “Bien­veillant avec soi-même” (éd. Ey­rolles). C’est le seul moyen pour ces­ser d’avoir peur de tout, de se plan­ter, de ne pas bien faire… Être doux avec soi, c’est vi­tal. » At­ten­tion, une bonne es­time de soi n’im­mu­nise pas contre les sen­ti­ments pé­nibles et les crises de confiance, elle per­met juste de mieux y faire face : « C’est im­por­tant d’ac­cep­ter la tris­tesse et les émo­tions désa­gréables telles qu’elles sont. L’illu­sion du tout po­si­tif, c’est fa­ti­gant à la longue, car ce n’est pas la réa­li­té. Mais pour re­prendre pied dans ce monde qui va vite, on doit se don­ner des mo­ments pour se po­ser et res­sen­tir. » Prendre un peu de dis­tance, c’est la clé pour mieux s’écou­ter, et s’en­tendre avec soi-même.

Pen­ser du bien de soi in­dé­pen­dam­ment des autres

« Le re­gard des autres vient ren­for­cer ce qu’on pense, dans un sens ou dans l’autre », ex­plique Ca­mille Voi­sin. Si on se sent plu­tôt bien dans sa peau, on est plus apte à voir le po­si­tif dans le re­gard des gens. Et en avant le cercle ver­tueux !

Soi­gner son en­vi­ron­ne­ment

Ob­jec­tif : re­pé­rer les per­sonnes qui di­mi­nuent notre confiance en nous et ré­duire le temps pas­sé avec elles. Ce n’est pas si dif­fi­cile à faire, et si ça l’est, c’est pré­ci­sé­ment parce que c’est né­ces­saire. On res­pire tout de suite mieux quand on s’éloigne des ondes né­ga­tives. L’idéal étant de ne s’en­tou­rer que de per­sonnes qui nous font du bien et nous tirent vers le haut. À tes­ter…

S’ins­pi­rer plu­tôt que se com­pa­rer

Se com­pa­rer, c’est nier sa per­son­na­li­té, ses be­soins, ses en­vies pro­fondes. C’est aus­si le risque de pour­suivre toute sa vie des rêves in­ac­ces­sibles et de se trou­ver tou­jours moins bien que les autres. Mieux vaut s’ins­pi­rer des per­sonnes de notre quo­ti­dien, aux­quelles on peut s’iden­ti­fier. Alors on ar­rête de scru­ter Gi­gi Ha­did et tout ira mieux. Pro­mis. Sauf si on a aus­si notre propre équipe de coif­feur-ma­quilleur-sty­liste-pho­to gra­phe­re­tou­cheur-coach per­son­nel de fit nessà plein temps. « Il fau­drait réus­sir à éprou­ver de la com­pas­sion en­vers soi et se dire “je n’ai pas ça mais j’ai d’autres choses” », in­siste Syl­vie Li­ger. Chiche ?

Se fixer des ob­jec­tifs réa­listes

On doit être hon­nête avec soi et prendre en compte ses com­pé­tences réelles et son éner­gie dis­po­nible. L’es­time de soi se nour­rit de concret, pas d’illu­sions. Au lieu de se ré­pé­ter « je vais fi­nir ce livre ce soir », on se dit plu­tôt « ce se­rait bien que je fi­nisse ce livre dans la se­maine », ce qui laisse plus de chances d’y ar­ri­ver. En se don­nant des mis­sions im­pos­sibles, on se met en po­si­tion d’échec dès le dé­part. Alors qu’en di­mi­nuant un peu nos exi­gences, on at­teint plus fa­ci­le­ment notre but. Et non seu­le­ment ça fait du bien, mais ça per­met d’aug­men­ter les dif­fi­cul­tés pro­gres­si­ve­ment. Pe­tit à pe­tit…

Se don­ner les moyens

« On a tout en nous pour réus­sir », af­firme Christophe Genre-Ja­ze­let, au­teur d’« Et si je pre­nais la vie du bon cô­té ! » (éd. Ey­rolles). Il est donc in­dis­pen­sable d’es­sayer de bas­cu­ler de « je n’ai pas les res­sources » vers « je peux y ar­ri­ver car je vais tout faire pour ». Bien sûr, ce n’est pas évident de réus­sir quand les cir­cons­tances nous sont dé­fa­vo­rables. Mais se convaincre qu’on a les atouts né­ces­saires, c’est le pre­mier pas vers un mode de pen­sée plus po­si­tif et une base so­lide pour la suite.

Oser de­man­der de l’aide

Si, mal­gré tous nos ef­forts, on per­siste à se trou­ver nulle, on n’hé­site pas à faire ap­pel à un thé­ra­peute, pour com­prendre et désa­mor­cer les mé­ca­nismes. Il n’y a pas de honte ! C’est aus­si ça par­fois, s’oc­cu­per de soi.

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