APRÈS UNE RUP­TURE, MIEUX VAUT ÉVI­TER DE…

Il y a dé­jà le cha­grin de la sé­pa­ra­tion, pas la peine d’en ra­jou­ter.

Cosmopolitan (France) - - SOMMAIRE - Par Camille An­seaume.

Il y a dé­jà le cha­grin de la sé­pa­ra­tion, pas la peine d’en ra­jou­ter. Par Camille An­seaume.

Cher­cher à le croi­ser

Gilles tra­vaille chez lui, donc im­pos­sible d’es­pé­rer le croi­ser à heures fixes ma­tin et soir. En re­vanche, il donne un cours de gui­tare le mer­cre­di de 14 heures à 15 heures et il prend le train de 18 h 21 le ven­dre­di pour Lyon et rentre le di­manche à 20 h 40. Bien sûr on a des potes en com­mun et je pour­rais at­tendre l’an­ni­ver­saire de Lau­ra pour être sûre de le croi­ser. Mais j’ai en­vie d’un truc plus na­tu­rel, comme tom­ber sur lui par ha­sard, même si c’est juste

de la stra­té­gie. Le ven­dre­di, c’est du cô­té de la gare que je fixe ren­dez­vous à mes potes pour l’apé­ro. Tout ça pour me ron­ger les ongles dans les mi­nutes qui pré­cèdent… car la fois où je l’ai vu ar­ri­ver de loin, je me suis plan­quée ! Bien sûr, j’ai eu ma mon­tée d’adré­na­line, mais la des­cente a été plu­tôt dif­fi­cile. De­puis, je n’ai pas en­vie de tom­ber face à face avec lui, le seul truc qui me console, c’est d’être là où il pour­rait être… Cla­ra, 27 ans

L’avis de la psy

Cher­cher à le croi­ser, or­ga­ni­ser son em­ploi du temps en fonc­tion du sien, c’est car­ré­ment la même dé­marche que de le har­ce­ler de mes­sages et d’ap­pels. C’est une fa­çon de gar­der le lien, pour fuir le vide de tous ces jours sans lui. Même si c’est un ré­flexe na­tu­rel, ce n’est pas pour ça qu’il est bon. Re­voir ce­lui qu’on a ai­mé ne fait que re­tar­der le pro­ces­sus de re­cons­truc­tion. Quand l’en­vie nous prend d’ap­pe­ler, ou de se re­trou­ver sur son che­min, on fixe notre at­ten­tion sur une ac­ti­vi­té qui nous fait du bien. Au bout de quelque temps, on res­sent une grande fier­té de ne pas avoir suc­com­bé…

Gar­der contact avec un de ses proches

Xa­vier et son cou­sin Maxime sont les meilleurs amis du monde, et moi je m’en­tends su­per bien avec Nao­mi, la co­pine de Maxime. On sort tous les quatre, pe­tits res­tos, ci­nés… Alors quand ça se ter­mine avec Xa­vier, j’en­voie un mes­sage à Nao­mi pour lui dire que j’es­père la re­voir, mal­gré la si­tua­tion, parce que je l’ap­pré­cie beau­coup. Je suis sin­cère, c’est une fille gé­niale. Mais même si je ne me l’avoue pas, il y a autre chose. Des co­pains, j’en ai as­sez comme ça. Pour­tant c’est avec Nao­mi que je vais au ci­né­ma ! Elle fait at­ten­tion à ne pas me par­ler de Xa­vier, et c’est moi qui, de temps en temps, l’in­ter­roge l’air de rien. Il va bien ? Oui, ça va. Hum, j’au­rais pré­fé­ré le sa­voir au fond du gouffre. Son ap­part ? Sym­pa, il a un bal­con. Avec ces pe­tites in­fos, j’ai à chaque fois de nou­veaux élé­ments pour vi­sua­li­ser sa vie, ré­ajus­ter ce que j’avais ima­gi­né… Deux mois après, elle m’ap­prend qu’il a une na­na. J’au­rais pré­fé­ré ne pas sa­voir, et pour­tant c’est moi qui lui ai po­sé la ques­tion. Je passe une nuit atroce. Les jours sui­vants je me sens en­core plus mal, pire qu’après la rup­ture. Je com­prends que c’est à la fois trop ten­tant et trop dif­fi­cile d’avoir des nou­velles de Xa­vier. Je fi­nis par cou­per les ponts avec Nao­mi, et je me dis que je dois me li­bé­rer com­plè­te­ment de tout ce qui pour­rait en­core me re­lier à Xa­vier. Ga­brielle, 31 ans

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Gar­der un lien avec l’en­tou­rage de son ex, c’est une fa­çon de se sé­pa­rer plus en dou­ceur. Cer­taines per­sonnes en ont be­soin, pour res­pec­ter leur rythme. Pour sa­voir si vous faites par­tie de ces gens, il faut vous po­ser une ques­tion très simple : est­ce que ça me fait du bien ? Est­ce que je me sens mieux après avoir vu cette connais­sance en com­mun ? Vous réa­li­se­rez alors que peut­être vous en avez eu be­soin un temps, mais qu’il est l’heure de cou­per les ponts…

Dé­mis­sion­ner

C’est mon col­lègue au bu­reau. On cache notre his­toire des mois dans la boîte, et avant même qu’on ait pu la ré­vé­ler, il monte au cin­quième étage et sur­tout en grade. Moi, je tente en­core d’y croire, mais quand il m’an­nonce en cinq mi­nutes que c’est ter­mi­né, le cô­té ex­pé­di­tif ne me donne vrai­ment pas en­vie de m’ac­cro­cher plus. Je suis tel­le­ment mal que je lui an­nonce dans la fou­lée que je quitte la boîte. Je me sens in­ca­pable de le croi­ser tous les jours. Je par­viens à né­go­cier d’être dis­pen­sée de mon pré­avis : trois jours plus tard, je n’ai plus de boulot. Et je passe mes jour­nées à dé­pri­mer, seule chez moi, in­ca­pable de trou­ver l’éner­gie pour en­voyer des CV, pas­ser des en­tre­tiens. OK, il n’est plus dans ma vie, mais je le paye très cher. Par rap­port à tout ce que ça sup­pose d’être au chô­mage, avoir à croi­ser son ex entre deux bu­reaux, c’est un moindre mal. So­lène, 33 ans

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L’après­rup­ture, ce n’est pas for­cé­ment le bon mo­ment pour prendre des grandes dé­ci­sions comme quit­ter son boulot, par­tir au bout du monde… Il faut ac­cep­ter d’être comme en ar­rêt ma­la­die, en conva­les­cence, le temps de pan­ser notre bles­sure. C’est plu­tôt une pé­riode pro­pice aux « pe­tits pas ». On peut ré­ap­prendre à vivre nor­ma­le­ment après un cha­grin d’amour comme on ré­ap­prend à mar­cher après un ac­ci­dent : tout dou­ce­ment. Par exemple en es­sayant de faire chaque jour une pe­tite chose : se for­cer à sor­tir avec une co­pine, pas­ser ce coup de fil qu’on re­pousse de­puis long­temps… Tout ce qui fait du bien à l’ego est bon à prendre.

QUAND L’EN­VIE DE LE RAP­PE­LER NOUS PREND, ON FIXE NOTRE AT­TEN­TION SUR UNE AC­TI­VI­TÉ QUI NOUS FAIT DU BIEN.

Consul­ter une voyante

Loïc me quitte au mois de jan­vier. En mars, je prends ren­dez-vous avec « la star pa­ri­sienne de la voyance », dixit une amie. Pre­mière bonne nou­velle : se­lon elle, lui aus­si est très mal­heu­reux. Deuxième bonne nou­velle : il me re­con­tac­te­ra en juin. Je res­sors le coeur lé­ger. Après deux mois de dé­prime, je me sens re­vivre. Je sais que ce n’est pas une science exacte, mais je choi­sis d’y croire parce que cette pers­pec­tive, c’est le seul truc qui me fait me le­ver le ma­tin. Juin ar­rive. Juillet passe. Et fi­na­le­ment, c’est moi qui lui en­voie un mes­sage. Il va bien, et main­te­nant qu’il a ren­con­tré quel­qu’un, il est d’ac­cord pour qu’on se voie, il n’a plus peur de flan­cher. Le coup de mas­sue ! J’ai vé­cu deux mois à en­tre­te­nir un faux es­poir. Deux mois de cha­grin ga­gnés peut-être, mais c’est en­core plus dif­fi­cile après de se re­cons­truire. Je passe beau­coup de temps à pleu­rer, sur mon his­toire qui est bel et bien fi­nie, sur ma stu­pi­di­té aus­si. Ca­ro­li­na, 25 ans

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Ef­fec­ti­ve­ment, on cherche tou­jours à re­tar­der son pro­ces­sus de sé­pa­ra­tion. La voyante peut être un re­cours, à condi­tion de ne pas en abu­ser, ce qui peut être le cas quand on est en de­mande. Là, elle lui pro­met le re­tour de l’être ai­mé, mais au fond Ca­ro­li­na n’a pas be­soin d’une voyante pour y croire. Elle veut s’ac­cro­cher à cette pré­dic­tion, car elle peut grap­piller quelques mo­ments de bie­nêtre. Faire le deuil d’une his­toire, c’est pou­voir comp­ter sur soi, et sur ses proches. Pas for­cé­ment sur une boule de cris­tal.

Conti­nuer de cou­cher avec lui

Quand il m’an­nonce après neuf mois sans nuages qu’il n’a rien à me re­pro­cher mais qu’il n’a pas de sen­ti­ments, j’en­caisse le coup sans rien dire, et je passe quatre jours à pleu­rer. Le cin­quième, je l’ap­pelle : « Juste une nuit. » Je prends la voix d’une na­na dé­ta­chée, qui a sim­ple­ment en­vie de s’écla­ter au lit. Cette fille-là, elle est à l’op­po­sé de moi. Mais sexuel­le­ment ça a tou­jours rou­lé entre nous, et si ça peut être une fa­çon de conti­nuer à le voir, je prends. Peut-être qu’il fi­ni­ra par chan­ger d’avis ? Son corps, son odeur, la pers­pec­tive de le voir, le bruit de ses pas à 3 heures du mat quand il rentre de soirée, je me dis que c’est mieux que rien. La vé­ri­té, c’est que c’est pire que tout, parce que le ma­tin, c’est une bise qu’il me claque avant de par­tir, et je ne sais ja­mais en fer­mant la porte si je le re­ver­rai. Il a fal­lu qu’il ren­contre une autre fille pour qu’on ar­rête de cou­cher en­semble, et même si je l’ai dé­tes­tée, c’est grâce à elle que j’ai en­fin pu tour­ner la page. So­nia, 29 ans

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Par­fois, l’ex­pres­sion « avoir quel­qu’un dans la peau » est à prendre au sens strict : les nuits d’amour, les mo­ments ma­giques ré­ac­tivent les fan­tasmes et l’ob­ses­sion. L’at­tente est un poi­son, et la rup­ture de­vrait au moins nous li­bé­rer de ça… En conti­nuant à faire l’amour, on re­plonge dans l’ob­ses­sion an­xieuse du coup de fil, du SMS, voire de la « re­cons­truc­tion ». Mais elle n’au­ra pas lieu dans ces condi­tions. Et s’il a le dé­clic, il sau­ra où vous trou­ver…

Se ven­ger

Quand il me quitte par SMS après six mois de re­la­tion, je ne passe pas des heures sur des sites de ren­contre mais sur des sites… d’in­con­ti­nence et de pro­blèmes sexuels. Éja­cu­la­tion pré­coce, mi­cro­pé­nis, im­puis­sance, tout y passe… Je pose des ques­tions en mes­sage pri­vé en met­tant l’adresse mail de mon ex pour la ré­ponse, je l’ins­cris à toutes les news­let­ters sur le su­jet et je fais des de­mandes d’échan­tillons de pro­tec­tions ab­sor­bantes à son adresse. C’est une ven­geance idiote que j’ai pi­quée dans un bou­quin as­sez mar­rant. Il ne s’est ja­mais ma­ni­fes­té, même pour m’en­gueu­ler. Ré­sul­tat : son si­lence me ren­dait dingue, avec l’im­pres­sion d’être en­core plus hu­mi­liée… Puis un jour, j’ai dé­ci­dé de lâ­cher l’af­faire pour pas­ser aux sites de ren­contre, pour m’amu­ser. Et d’ailleurs, je suis tom­bée sur son pro­fil… Lu­cie, 30 ans

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Se ven­ger, c’est une vraie ten­ta­tion, à chaud. Mais ça n’a ja­mais conso­lé per­sonne… Tout sim­ple­ment parce que se sen­tir la­men­table n’est pas conso­lant. En re­vanche, ima­gi­ner une ven­geance, ça, c’est une idée brillante ! Éla­bo­rer un scé­na­rio, drôle ou noir, per­met de mettre à dis­tance la si­tua­tion. Et vous ver­rez, pas­ser à l’acte ne fait pas plus de bien que de seule­ment ima­gi­ner la ven­geance. Ce qui fait du bien, c’est de res­ter digne. Con­ten­tez­vous de li­bé­rer votre « co­lère créa­tive », et soyez ras­su­rée : la vie se char­ge­ra de vous ven­ger et, sur­tout, la meilleure ven­geance face à votre ex, c’est d’al­ler très bien sans lui… Mer­ci à Pa­tri­cia De­la­haie, so­cio­logue, coach de vie et auteure de « Com­ment gué­rir du mal d’amour » (éd. Le­duc.s).

JE L’AI INS­CRIT SUR UN SITE TRAI­TANT DES PANNES SEXUELLES. C’EST UNE VEN­GEANCE IDIOTE QUE J’AI PI­QUÉE DANS UN BOU­QUIN MAR­RANT.

Photo Re­bec­ca Pierce

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