OC­TOBRE ROSE

Elles se battent contre le can­cer du sein, et tiennent un blog.

Cosmopolitan (France) - - SOMMAIRE - Par Manon Pi­bou­leau avec Cons­tance Ma­ria.

Li­li et son blog tchao­gun­ther, « pour vul­ga­ri­ser la ma­la­die »

En 2014, le jour de la Saint-Valentin, le ver­dict tombe. Elle à Mon­tréal, ses proches en France, dif­fi­cile d’an­non­cer la nou­velle par té­lé­phone. Alors, elle le fait à sa ma­nière, parce qu’elle est gra­phiste avant tout : Li­li se des­sine et dans une bulle, elle largue : « À trois : 1, 2, 3… J’ai le can­cer du sein ! » Quelques jours plus tard, elle lance son blog sous forme de bande des­si­née en res­tant ano­nyme : « J’avais peur et honte d’être es­tam­pillée “ma­lade” ». Sur­tout, elle se de­mande jus­qu’où elle peut tour­ner un su­jet sen­sible en dé­ri­sion. Pour­tant, hors de ques­tion de s’ar­rê­ter là. Au fur et à me­sure du trai­te­ment, Li­li prend beau­coup de notes, se noie dans le vo­ca­bu­laire mé­di­cal, mais sur sa planche à des­sin, tout est plus clair : « Je vul­ga­rise ce qui m’ar­rive. Je ra­conte des his­toires aux autres, mais sur­tout à moi. » Le suc­cès de son per­son­nage qu’elle ca­ri­ca­ture un sein dres­sé, l’autre pan­sé d’un coeur comme d’une rus­tine, est im­mé­diat. Elle ré­vèle fi­na­le­ment son iden­ti­té : « Je n’ai ni à avoir honte, ni à me ca­cher. Le can­cer ne m’a rien de­man­dé, alors je n’ai pas à m’in­ter­dire de m’ex­pri­mer. » Contac­tée par une mai­son d’édi­tion, les des­sins de son blog se­ront pu­bliés sous forme de BD : « la Guerre des té­tons » (Mi­chel Lafon) les tomes 1 et 2sont pa­rus, le 3 se­ra en li­brai­rie au mois d’oc­tobre. Li­li conti­nue son blog, avec cette vo­lon­té sou­vent de dé­dra­ma­ti­ser la ma­la­die, par­fois même d’ar­ra­cher des sou­rires. « Ré­cem­ment, un fan de foot m’a écrit. En même temps qu’il re­gar­dait un match, il est tom­bé sur mon site. Pas concer­né du tout, pour­tant, il a pas­sé au­tant de temps à me lire qu’à suivre les coups francs. » tchao­gun­ther.com

Na­tha­lie et son blog­de­me­li­lo­tus, « pour ra­con­ter ma re­cons­truc­tion »

En 2007, Na­tha­lie est dé­jà ma­man deux fois, et un troi­sième est en route. À huit mois, elle rêve d’un ac­cou­che­ment idyl­lique. Sou­dain, une dou­leur dans le sein droit. Exa­men, in­quié­tude, exa­men en­core et diag­nos­tic. En trente se­condes, on lui dé­roule le film de ses pro­chains mois : d’abord dé­clen­cher l’ac­cou­che­ment, en­suite l’abla­tion, et dans la fou­lée, la chi­mio. « Je suis al­lée sur in­ter­net. Je cher­chais à connaître l’in­ci­dence d’une gros­sesse sur le pro­nos­tic, sa­voir com­ment d’autres femmes avaient sur­mon­té cette épreuve, quelles ré­per­cus­sions sur l’état psy­chique du bé­bé et de la ma­man… il n’y avait rien. » Elle ac­couche « dans une pa­ren­thèse en­chan­tée » et porte son pe­tit gar­çon près de l’épaule. En des­sous, un pan­se­ment rem­place son sein. Dix-huit mois plus tard, elle té­moigne. Dans son blog, elle y met tout ce qu’elle au­rait ai­mé lire, connaître, res­sen­tir, pour moins souf­frir de cette si­tua­tion trau­ma­ti­sante : « À l’époque, rien ni per­sonne ne m’a fait es­pé­rer face à un pro­nos­tic que je com­pre­nais dé­fa­vo­rable. » Par épi­sode, elle ra­conte son épo­pée vers la gué­ri­son sans ja­mais jouer la don­neuse de le­çon puisque « le vé­cu de cha­cun face à la ma­la­die ne peut être trans­po­sable ». L’été der­nier, un no­dule sus­pect est ap­pa­ru. C’est la ré­ci­dive. « Dif­fi­cile de conti­nuer mon blog. Moi qui vou­lais sur­tout ap­por­ter de l’es­poir et ne pas être an­xio­gène… Il m’a fal­lu quelque temps pour re­prendre l’écri­ture, mais sur­tout pour com­prendre que j’étais tou­jours plus forte que la ma­la­die .» blog­de­me­li­lo­tus.word­press.com

Julie et son blog fe­mi­ni­tyand­jy, « pour rendre les filles plus belles »

À chaque nou­velle an­née, Julie ap­plique ses bonnes ré­so­lu­tions : un check-up com­plet, du den­tiste en pas­sant par la gy­né­co. Bi­lan en jan­vier 2015, une lé­gère gros­seur dans le sein. Rien d’alar­mant, à sur­veiller tout au plus. Trois se­maines plus tard, la boule a pris trois cen­ti­mètres. À 27 ans, Julie ap­prend la nou­velle et s’ef­fondre. Le per­son­nel mé­di­cal ne s’ex­plique pas qu’une si jeune femme, sans an­té­cé­dent fa­mi­lial, soit at­teinte du can­cer du sein. La chi­mio rythme ses se­maines : « Quinze jours plus tard, pour mon an­ni­ver­saire, je n’ai plus de che­veux. » La per­ruque ? Non mer­ci. « C’est comme si les gens de­vi­naient ma ma­la­die. J’ai bien cher­ché sur in­ter­net des al­ter­na­tives à la per­ruque, tout me dé­pri­mait. » Mais Julie a eu des che­veux avant, et dans son pla­card, elle re­trouve ses fou­lards co­lo­rés et ses fausses franges à clip­ser : « Le blog est né à ce mo­ment. J’ai trou­vé ma so­lu­tion à la beau­té, je n’avais plus qu’à la par­ta­ger. Nouer un fou­lard sur sa tête, c’est comme se coif­fer d’un chi­gnon. Et la cou­leur de la frange, c’est se­lon l’hu­meur. » Elle poste des tu­tos ru­bans, prend des sel­fies avec les joues blu­shées et jongle avec l’hu­mour et les pin­ceaux. Bref, elle se trans­forme en blo­gueuse beau­té. « Je su­blime un truc moche parce qu’il y a beau­coup de po­si­tif à en ti­rer. Et main­te­nant, je four­mille de pro­jets. » En un an, son blog ex­plose et bien­tôt, elle va lan­cer sa col­lec­tion de fausses franges et de tur­bans, La Fran­jyne. Par­fois, on lui dit même, de fa­çon mal­adroite,

Ca­the­rine et son blog ca­the­ri­ne­ce­ri­sey, « pour faire bou­ger les choses »

Ca­the­rine a 37 ans quand elle palpe une pe­tite boule dans le sein. Après biop­sie, le ré­sul­tat est né­ga­tif. Elle peut souf­fler et pen­ser aux va­cances, mais il fau­dra re­ti­rer le kyste. On lui pro­met une opé­ra­tion bé­nigne, en am­bu­la­toire, et un contrôle de rou­tine, une se­maine après. L’in­ter­ven­tion s’est bien pas­sée, reste plus qu’à re­ti­rer les fils. Là, le médecin dit : « C’est pas bon, la ponc­tion a ta­pé à cô­té. » Sous en­ten­du, c’est can­cé­reux et de­puis le dé­but. Pas le temps de di­gé­rer l’in­for­ma­tion : « Il y a un mo­ment de si­dé­ra­tion et puis très vite, on entre dans le com­bat, on monte sur le ring. » Elle n’échappe pas à l’abla­tion et passe de longs mois à se re­cons­truire… jus­qu’à une re­chute. Le can­cer, en­core. Dans son blog, elle évoque son his­toire en dix cha­pitres mais elle se concentre sur de l’in­for­ma­tif. « J’ai créé mon blog des an­nées après mon can­cer. Il n’a rien du jour­nal de bord d’une ma­lade. J’ai pu prendre as­sez de re­cul, ré­flé­chir sur ce que je vou­lais vrai­ment trans­mettre. » Ca­the­rine choi­sit de « mi­li­ter » et de l’ali­men­ter avec des « news can­cer ». Elle est là pour ai­der et in­for­mer le plus grand nombre sans dé­tour. Pour elle : « Un pa­tient bien in­for­mé est un pa­tient mieux soi­gné. » ca­the­ri­ne­ce­ri­sey.com

l « le can­cer te réus­sit étran­ge­ment bien ». Non, ça ne réus­sit à per­sonne, mais on peut choi­sir la ma­nière dont on le vit. fe­mi­ni­tyand­jy.tum­blr.com

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