À 30 ANS

Elle fait des études pour bos­ser dans la pub. Au­jourd’hui, elle est jon­gleuse de feu.

Cosmopolitan (France) - - SOMMAIRE - Par Gaëlle Gui­tard. Photo Julie An­siau.

J’ai 10 ans, ma mère m’ima­gine am­bas­sa­drice, ou PDG, un mé­tier pres­ti­gieux. Moi, je suis ac­cro à « Mel­rose Place ». Et je veux être pu­bli­ci­taire, comme mon hé­roïne, Aman­da Wood­ward, que joue Hea­ther Lo­ck­lear. Après le bac, je m’ins­cris en fac d’his­toire pour ten­ter le concours du Cel­sa. Je tiens deux mois. Cô­té coeur, je vis avec un gar­çon pas très sain, un ma­ni­pu­la­teur. Après plu­sieurs pe­tits bou­lots, je rentre à l’Is­com pour suivre un cur­sus de quatre ans en pu­bli­ci­té. La pre­mière an­née, une su­per prof de mar­ke­ting me donne des ailes. Deuxième an­née, j’ai 21 ans, un soir d’été, un co­pain jongle avec des bo­las en­flam­mées sur les quais. To­ta­le­ment fas­ci­née, je me pro­cure des ac­ces­soires et un bou­quin dé­cri­vant les fi­gures. Pen­dant ma pause chez Point So­leil, mon job d’étu­diante, je m’exerce avec des bo­las en tis­su de­vant les mi­roirs. Du­rant mes études, je ren­contre la com­mu­nau­té des jon­gleurs de feu, on s’en­traîne au Champ-de-Mars. Je com­mence avec des spec­tacles de fêtes de quar­tier. À 23 ans, fin de mon his­toire d’amour toxique. Et fin des études avec un stage de six mois dans une agence. Ima­gi­ner des pubs pour des as­su­rances vie, ce n’est pas très ex­ci­tant. Dans ce mé­tier, peu de créa­ti­vi­té fi­na­le­ment. Deux ans plus tard, une com­pa­gnie me pro­pose de rem­pla­cer une dan­seuse lors d’une tour­née en Inde. De­vant 2 000 per­sonnes, c’est le dé­clic : je dé­cide de créer ma com­pa­gnie, Man­da Lights, avec deux autres dan­seurs. Et d’aban­don­ner la pub. La pre­mière an­née, je ne dé­clare que 1 000 eu­ros. Mes pa­rents m’aident. Peu à peu, on dé­croche des contrats avec de gros co­mi­tés d’en­tre­prise. J’ai 27 ans, on passe à quatre dan­seurs. Pen­dant les trois an­nées qui viennent de s’écou­ler, je fais de la fi­gu­ra­tion pour com­plé­ter mes ca­chets. 30 ans, je veux avan­cer, mon­ter un nou­veau spec­tacle, mais les sub­ven­tions pu­bliques nous sont re­fu­sées, car ce n’est ni de la danse ni du théâtre de rue… Usant. Mais sur scène, j’ai tou­jours le sou­rire jus­qu’aux oreilles. D’ici mes 40 ans, je ne me vois pas mère de famille. J’ai­me­rais res­ter aux ma­nettes de la com­pa­gnie, en tant que di­rec­trice ar­tis­tique. Si je dois chan­ger de mé­tier, ce se­ra pour quelque chose de com­plè­te­ment dif­fé­rent. Mais sû­re­ment pas dans la pub !

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