MA VIE EN ROSE : AH NON, PAS MAIN­TE­NANT !

AVANT, ON AVAIT TOU­JOURS LE TEMPS POUR FAIRE L’AMOUR. ET PUIS PFFF… VOI­CI COMMENT TROU­VER À NOU­VEAU LE BON MO­MENT – ET LE MO­MENT BON.

Cosmopolitan (France) - - SOM­MAIRE - Par Fio­na Sch­midt. Pho­to Di­mi­tris Skou­los.

Voi­ci comment trou­ver à nou­veau le bon mo­ment pour faire l’amour. Par Fio­na Sch­midt.

UUne par­tie de jambes en l’air ou de Po­ké­mon Go ? Telle n’est plus la ques­tion de­puis la pré­his­toire du couple d’Anaïs, 34 ans, dont cinq pas­sés avec le même homme : « J’ai­me­rais pré­tendre que je lui saute des­sus à peine le lave-vais­selle vi­dé, l’ap­par­te­ment ran­gé, ma boîte mail vi­dan­gée et mes comptes Ins­ta­gram et Fa­ce­book che­ckés, mais mon nez s’al­lon­ge­rait pire que ma “to do list” quo­ti­dienne, gri­mace la jeune femme. Je l’aime, je le dé­sire. Mais à 23 h 20, je suis trop cla­quée pour pendre mes jambes à son cou ! Alors je me pro­mets qu’on fe­ra l’amour plus tard, et d’ici là, je dé­com­presse dans mon vieux pyj, der­rière un bou­quin, à l’abri de son dé­sir… et du mien. » Que celles qui n’ont ja­mais sou­pi­ré in­té­rieu­re­ment “Ah non ! pas main­te­nant” tan­dis qu’il tire l’élas­tique de notre cu­lotte avec des yeux de Lol­cat passent cet ar­ticle, et ar­rêtent de la ra­me­ner avec leur li­bi­do de com­pé­ti­tion. Les autres, qui hochent gra­ve­ment la tête, un pe­tit sou­rire ac­cro­ché de tra­vers sur le vi­sage, li­sez donc ces sept conseils pour te­nir la rou­tine, la fa­tigue et le quo­ti­dien loin du lit, et du ca­na­pé, tiens.

De­man­dez-vous ce qui coince

« Met­tez des mots sur votre sen­ti­ment de frus­tra­tion, sug­gère Alexan­dra Hu­bin, sexo­logue. Plu­tôt que de cher­cher des ex­cuses et/ou des cou­pables, dé­ter­mi­nez le plus ob­jec­ti­ve­ment pos­sible ce qui ne vous convient pas ou plus, et ce que vous vou­driez : plus d’at­ten­tions, de fan­tai­sie, de temps, d’échanges… » Mais avant de lui en­voyer les boîtes noires de notre li­bi­do entre les deux yeux : « Tout ça c’est ta faute, y en a marre du mis­sion­naire, ta bra­guette crie “Alerte spoi­ler !” avant même que t’en­lèves ton jean ! », de­man­dez-vous ce que vous-même êtes prête à faire pour que la si­tua­tion évo­lue vers plus de waouhh !, et moins de

zzzz… « Tout ne dé­pend pas que de lui, et des ef­forts qu’il vou­dra bien four­nir, re­prend la sexo­logue. Vous êtes co­res­pon­sables du plai­sir que vous pre­nez en­semble, et de la place qu’oc­cupe le sexe dans votre vie. Au­jourd’hui, tout le monde est dé­bor­dé, parce que c’est so­cia­le­ment va­lo­ri­sant de l’être. Or l’éro­tisme prend du temps : il faut ac­ti­ver le dé­sir, l’en­tre­te­nir, au dé­tri­ment d’autres ac­ti­vi­tés. » Exac­te­ment comme au dé­but de notre re­la­tion, quand rien ne pas­sait avant la pers­pec­tive de lui grif­fer le dos, sur­tout pas une boîte mail à vi­der, ou un der­nier épi­sode de « Con­tain­ment » à bin­ger avant de s’en­dor­mir sur son écran, les yeux en forme de Pe­tit Lu, à 3 heures du ma­tin.

Re­trou­vez l’en­vie d’em­bras­ser

« La sa­tis­fac­tion sexuelle n’a rien à voir avec la quan­ti­té de rap­ports sexuels, mais avec la qua­li­té de la re­la­tion af­fec­tive », af­firme Laurent Ka­ri­la, psy­chiatre ad­dic­to­logue. Au­tre­ment dit, mieux vaut prendre ra­re­ment son pied, mais le bon, plu­tôt que de cher­cher à main­te­nir la moyenne sans convic­tion. « J’avais ten­dance à pa­ni­quer à la fin du mois, lors­qu’on ne l’avait fait “que” deux fois », ad­met So­lène. En fait, nos rap­ports sexuels me ras­su­raient. Et même quand ma li­bi­do est pas­sée en mode avion parce que j’avais ac­cep­té ce poste à res­pon­sa­bi­li­tés qui bouf­fait toute mon éner­gie, je me per­sua­dais que

tout al­lait bien entre nous, puis­qu’on bai­sait toutes les se­maines ! Jus­qu’au jour où il m’a re­pous­sée : “Comment veux-tu que je te dé­sire, on ne se voit même plus !” » En couple, on ne par­tage pas uni­que­ment les fac­tures ou les sou­cis. Il faut ré­veiller les gestes du dé­but. S’em­bras­ser vrai­ment, et pas se po­ker du bout des lèvres, lui de­man­der comment il va, et sur­tout, le­ver la tête de son écran quand il ré­pond… Des ré­flexes qui cessent de l’être, pas­sé un cer­tain temps de vie com­mune. « Il est prof, je suis free­lance, il a des ho­raires fixes, je pré­fère tra­vailler le soir… À force, on ne se voyait plus la se­maine. Or at­tendre le sa­me­di soir pour faire l’amour, ça en de­ve­nait flip­pant ! Dé­sor­mais, on se couche en même temps, et plu­tôt que de gee­ker cha­cun de notre cô­té sur nos écrans res­pec­tifs, on re­garde un film ou une sé­rie en­semble, des sites de voyage pour rê­ver à nos pro­chaines va­cances, on par­tage des idées, des en­vies… qui en amènent d’autres. »

Re­pas­sez en mode sé­duc­tion

À pro­pos d’écran… « Il passe sa vie à scrol­ler les infos, ça me rend dingue, sou­pire Mé­lis­sa, mi-aga­cée, mi-amu­sée. J’ai l’im­pres­sion de vivre avec une caisse en­re­gis­treuse bègue : il ne parle pas, il bipe. L’autre jour, alors qu’il avait, comme d’ha­bi­tude, le vi­sage rem­bo­bi­né entre les cla­vi­cules, je lui ai en­voyé un MMS de mes seins nus, lé­gen­dé : “Il a de la chance, ton écran, que tu passes ta vie les doigts des­sus…” Il a mis en­vi­ron deux se­condes à me re­joindre dans la chambre. » Pour Alexan­dra Hu­bin, les ren­dez-vous sont in­dis­pen­sables à un couple en ja­chère sexuelle, même s’il n’est pas ques­tion d’im­po­ser à son corps ce dont l’es­prit n’a au­cune en­vie : « In­utile de se for­cer à lui sau­ter des­sus à l’im­pro­viste, ce se­rait contre-pro­duc­tif. » Por­ter des jar­re­telles, té­lé­char­ger un film X… sont les pires so­lu­tions quand on se force. Mais la sé­duc­tion, c’est aus­si l’at­ten­tion que l’on se porte à soi-même : « Un sou­rire franc qui fait plis­ser les yeux, des bras ou­verts et ac­cueillants, pas croi­sés et ré­ti­cents, un corps to­nique, en mou­ve­ment, pas ava­chi, ni ra­ta­ti­né ou ou­blié », re­com­mandent les Gi­nettes dans « Un or­gasme mais avec son mec » (J’ai Lu). Ou en­core « du rouge à lèvres, une jupe et des ta­lons, dit Ami­na. Au fond, c’est as­sez ba­sique, un mec : bien sûr qu’il nous adore(rait) en bas cou­ture et guê­pière la­cée dans le dos. Mais il suf­fit qu’on sorte de notre sem­pi­ter­nel jean pour en­fi­ler une robe, et on de­vient la ver­sion jouable, dis­po et fran­co­phone, de Scar­lett Jo­hans­son ! » Et lui, le brouillon de Ryan Gos­ling, pour­vu qu’il consente à quit­ter son maillot

du PSG sur Blaise Ma­tui­di.

Ex­pri­mez vos dé­si­rs

Laurent Ka­ri­la évoque le « me­nu sexuel » que se­lon lui, on ga­gne­rait tou(te)s à éta­blir… pour com­men­cer : ce que vous ai­mez, ce que vous n’ai­mez pas, ce que vous ai­me­riez… Pour faire l’amour, il faut com­men­cer par s’ex­pri­mer. « J’avoue que mon manque d’en­train ve­nait en grande par­tie du fait que le sexe a tou­jours du­ré des plombes avec lui, confesse Noé­mie. Au dé­but, c’était for­mi­dable, main­te­nant, j’ai l’im­pres­sion de me ta­per le té­lé­thon, tel­le­ment c’est in­ter­mi­nable. Pour évi­ter de le vexer, je ne lui di­sais rien, jus­qu’au jour où je lui ai sau­té des­sus, quelques mi­nutes avant que nos amis n’ar­rivent pour dî­ner. Il a ado­ré ! Et sou­pi­ré : “Ça alors, moi qui pen­sais qu’il te fal­lait du temps ! » Sou­plesse et di­plo­ma­tie de ri­gueur, évi­dem­ment : « Ke­vin, je te pré­sente mon cli­to­ris, mon cli­to­ris, voi­ci Ke­vin, bon, eh bien je vous laisse faire connais­sance ! » (ou as­si­mi­lé) valent tou­jours mieux qu’un sou­pir aga­cé ou un ac­cès de fran­chise (« Eh oh, le Usain Bolt du plu­mard, c’est dé­jà fi­ni ? ! ») Et si, pour évi­ter tout mal­en­ten­du, rien ne va­lait fi­na­le­ment le lan­gage des signes ?

Pre­nez le temps

Croire que l’on va pro­je­ter des fan­tasmes tor­rides sur quel­qu’un que l’on a vu se bros­ser les dents une cen­taine de fois, c’est… dans les livres. « Les mêmes gestes, les mêmes po­si­tions, le même qui­ckie du di­manche sous la douche… Notre vie sexuelle était en train de de­ve­nir l’équi­valent d’un épi­sode de “Der­rick”, dont j’es­qui­vais de plus en plus sou­vent la pro­chaine re­dif­fu­sion, ra­conte Émi­lie. Jus­qu’au jour où j’ai dé­ci­dé de prendre les choses en main : c’est moi qui l’ai bas­cu­lé sur le dos, pour être au-des­sus, pour une fois – ou plus exac­te­ment, pour la pre­mière fois de­puis l’époque où je n’avais pas peur qu’il fo­ca­lise sur mes bour­re­lets. » À cha­cun de se fixer des love ob­jec­tifs à la por­tée de notre couple. Pas de stress pour au­tant si, pour une rai­son ou une autre, ils tardent à se concré­ti­ser :

Mi­sez sur les grands clas­siques… … Mais va­riez les re­cettes

tous les sexo­logues sont for­mels, pas­ser par des phases « sans » (dé­sir, or­gasme, fan­tasme…) au sein d’un couple est tout à fait nor­mal. « La pres­sion que la so­cié­té et nous-même nous met­tons pour être tou­jours au top étouffe le dé­sir, qui, par na­ture, est fluc­tuant, rap­pelle Alexan­dra Hu­bin. Les cir­cons­tances de la vie, la fa­tigue, le stress… in­fluent sur nos hu­meurs sexuelles. Sans comp­ter qu’on n’a pas tou­jours les mêmes en­vies, au même mo­ment ! » Pa­reil pour la fa­meuse moyenne men­suelle des rap­ports sexuels des Fran­çais, qui tient plus du mythe que de la réalité.

Même si la rou­tine n’est pas idéale pour la san­té sexuelle du couple, « le fait de connaître l’autre, de sa­voir comment son corps fonc­tionne et prend du plai­sir est ré­con­for­tant – un peu comme une re­cette si­gna­ture, que l’on ser­vi­rait les jours où l’on manque d’ins­pi­ra­tion… », ras­sure Alexan­dra Hu­bin. En clair : un câ­lin de dix mi­nutes douche com­prise a ses bons cô­tés, qui per­mettent de se re­trou­ver, et d’amor­cer des re­trou­vailles plus… consis­tantes. Car en ma­tière de sexe aus­si, l’ap­pé­tit vient en man­geant : « Pas ques­tion de faire l’amour comme on s’ac­quitte d’une cor­vée ! nuance Laurent Ka­ri­la. Mais entre le fait de tou­jours se trou­ver une ex­cuse pour la pro­cras­ti­na­tion du sexe et se for­cer un peu, il y a une marge dans la­quelle le dé­sir peut s’ins­crire et pro­vo­quer un dé­clic. » En ex­clu pour Cos­mo, Sa­bine donne sa re­cette de flem­marde ga­ran­tie 100 % plai­sir : « La po­si­tion de la cuillère, la même que pour dor­mir ! C’est quand même ce qu’on a in­ven­té de mieux pour prendre son pied sans ef­fort : lui der­rière, tous les deux les jambes un peu flé­chies, il peut me ca­res­ser les seins et me mor­diller la nuque en même temps… Une va­leur sûre qui marche à chaque fois ! »

Alexan­dra Hu­bin conti­nue de fi­ler la mé­ta­phore cul(in­aire) : « Même si la re­cette est dé­li­cieuse, on fi­nit par s’en las­ser… À moins d’y ajou­ter un in­gré­dient spé­cial, his­toire de ré­veiller ses sens ! Main­te­nir la curiosité éro­tique après quelques an­nées de­mande des ef­forts… pas si dé­me­su­rés. Car un seul pe­tit dé­tail peut tout chan­ger. » Et le pe­tit dé­tail en ques­tion n’a pas be­soin de pro­ve­nir du der­nier sex-shop bran­ché (et ul­tra-connec­té), comme le confirme Ma­til­da : « L’autre jour, je lui ai de­man­dé de res­ter tout ha­billé. Le contact de ses vê­te­ments sur ma peau nue, mmmmh… » Gar­der sa cu­lotte, le désha­biller, faire l’amour dans une nui­sette en soie, et lui en­core avec sa cra­vate… C’est peut-être des dé­tails pour vous, mais pour votre plai­sir, ça veut dire beau­coup : es­sayez, si vous ne nous croyez pas. l

À lire : « Je sexo­po­si­tive », Alexan­dra Hu­bin et Ca­ro­line Mi­chel, éd. Ey­rolles. « Votre plai­sir vous ap­par­tient », Laurent Ka­ri­la, Flam­ma­rion. « Un or­gasme mais avec son mec », les Gi­nettes, J’ai Lu.

166

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.