COUP DE MOU OU VRAIE DÉ­PRIME ?

Pas tou­jours fa­cile de com­prendre ce qui nous ar­rive, mais grâce aux bonnes per­sonnes, pas de pa­nique, on se re­lève !

Cosmopolitan (France) - - SOM­MAIRE - Par Ma­thilde Ef­fosse

Pas tou­jours fa­cile de com­prendre ce qui nous ar­rive, mais grâce aux bonnes per­sonnes, pas de pa­nique, on se re­lève ! Par Ma­thilde Ef­fosse.

On se lève pa­traque, on ne dort plus, on manque d’ap­pé­tit, on pleure de­vant un train qui passe… Et de­vant les autres, on tente de sur­mon­ter : « Si, si, je vais bien, ne t’en fais pas. » Dé­prime : n. f., état d’abat­te­ment plus ou moins pro­fond, sy­no­nymes : mé­lan­co­lie, dé­cou­ra­ge­ment, ca­fard. Les dé­fi­ni­tions du dic­tion­naire aident dé­jà à mieux cer­ner le pro­blème. Ne plus pou­voir bou­ger, vou­loir res­ter al­lon­gé, to­ta­le­ment ra­pla­pla, vide, sans en­vie. « Ça peut être pas­sa­ger, ça peut être plus sé­rieux, com­mente Vé­ro­nique Meu­tey, psy­cho­logue. On connaît les rai­sons de cet état, mais on peut aus­si ne pas com­prendre ce qui nous ar­rive. Ce n’est de toute fa­çon ja­mais à prendre à la lé­gère. »

Le blues de Mé­lis­sa

Mé­lis­sa a 25 ans. Ce ven­dre­di soir, elle est cre­vée, elle va res­ter chez elle. La se­maine der­nière, elle a en­core an­nu­lé une sor­tie avec des amis : « Je sais que je dois faire un ef­fort pour sou­rire, per­sua­der les autres que tout va bien. » Lar­guée en deux tex­tos par l’homme qu’elle aime, elle pré­fère se rou­ler dans sa couette et binge wat­cher des sé­ries. « Je ne me sens pas très fière de cette his­toire. Je me sens cou­pable, alors que je n’ai rien à me re­pro­cher. »

Qu’en pense la psy ?

Pour El­vire Ales­san­dri­ni, psy­cho­logue cli­ni­cienne, c’est une peine de coeur qui l’anes­thé­sie, et qui est gé­né­ra­le­ment tem­po­raire : une ré­ac­tion nor­male à un cha­grin d’amour. « La tris­tesse, c’est une ré­ac­tion na­tu­relle de la vie. »

Pas ques­tion de la fuir, ou pire, de la nier. Ni sur­tout de l’éva­luer : on n’est ja­mais trop triste. « Il est nor­mal de vivre dou­lou­reu­se­ment cer­tains évé­ne­ments. » Et avec du cou­rage et de l’op­ti­misme, on peut même en ti­rer pro­fit : « Cet état per­met une re­cen­tra­tion sur soi-même », pré­cieuse pour al­ler mieux et se re­cons­truire.

S’en sor­tir…

Mé­lis­sa a vu un psy, une fois. « Ça m’a per­mis de faire le point, de me ras­su­rer sur mes crises de larmes et ma baisse de mo­ral. Sur cette culpa­bi­li­té aus­si que je traî­nais. En­suite, j’ai pu sor­tir de nou­veau, voir des amis… mais seule­ment un mois plus tard. »

La dé­pres­sion de Char­lotte

Char­lotte a 28 ans, est cé­li­ba­taire, a un job qu’elle aime… Tous les pe­tits signes quo­ti­diens qui de­vraient l’aler­ter, elle les ignore et se dit qu’ils vont pas­ser tout seuls. « Je n’ai plus au­cune en­vie, mais je ne me sens pas spé­cia­le­ment triste. En fait, c’est étrange : j’ai l’im­pres­sion de ne rien res­sen­tir. Les jours dé­filent sans que j’en at­tende quoi que ce soit, comme si j’étais sur pause mais que la vie conti­nuait. » Mais Char­lotte, presque hon­teuse de ne pas avoir de « bonne rai­son » pour être dans cet état, s’in­ter­dit de cé­der à son mal-être : « Je me dis que je suis faible, ri­di­cule. » Qu’en pense la psy ? C’est dans le ca­bi­net du psy­cho­logue qu’elle consulte que Char­lotte tombe des nues : elle fait

« Burn-out : le vrai du faux ! », des doc­teurs Ali Afd­jei et Alain De­la­bos avec Fran­çois Mi­cha­lon, une ré­flexion sur le burn-out et des conseils de pros.

« Comment réus­sir sa dé­pres­sion », de Bri­gitte Chat­ton, pour s’en sor­tir avec le sou­rire.

une dé­pres­sion. « Je de­mande au psy dix fois s’il en est bien cer­tain. Mais dès qu’il met un mot sur mon mal-être, je com­mence à réa­li­ser. Que j’ai per­du 5 ki­los, que je passe la plu­part de mon temps à re­gar­der dans le vide, comme une pou­pée fa­ti­guée qu’on a lais­sée sur un coin d’éta­gère. » Une dé­pres­sion, ce n’est pas sys­té­ma­ti­que­ment pleu­rer en per­ma­nence, s’en­fer­mer chez soi et fixer le pla­fond pen­dant des heures, al­lon­gée par terre dans sa chambre. « C’était l’idée que je m’en fai­sais. Moi, je ne pleure ja­mais, je conti­nue de voir mes amis… Je me sens juste seule et épui­sée tout le temps. » Pour El­vire Ales­san­dri­ni, c’est une dé­pres­sion mas­quée : « Lorsque les troubles fonc­tion­nels (maux de ventre, dou­leurs, fa­tigue) ap­pa­raissent sans qu’une hu­meur triste soit re­pé­rable, c’est le corps qui prend le re­lais pour si­gni­fier une souf­france. » Sans pour au­tant pas­ser son temps à s’in­quié­ter, il faut tou­jours s’as­su­rer que notre corps n’es­saye pas de nous en­voyer des si­gnaux. Quant aux rai­sons de ce mal-être, El­vire Ales­san­dri­ni dif­fé­ren­cie trois types de dé­pres­sion : « Elle peut être ré­ac­tion­nelle (suite à un évé­ne­ment trau­ma­ti­sant) ; cy­clique (ré­pé­ti­tive, par­fois liée à cer­taines pé­riodes de l’an­née) ; ou chro­nique (elle s’ins­talle pe­tit à pe­tit et per­dure). »

S’en sor­tir…

Il a fal­lu cinq mois de consul­ta­tions pour que Char­lotte re­prenne pe­tit à pe­tit goût à la vie. « Je pen­sais n’avoir au­cune ex­pli­ca­tion à cette dé­pres­sion, le psy m’a prou­vé que je cou­vais cette crise de­puis quelques an­nées dé­jà. Je n’ai pas vou­lu prendre d’an­ti­dé­pres­seurs. Je sais que ça peut énor­mé­ment ai­der dans un mo­ment comme ce­lui-là, mais je vou­lais m’en sor­tir seule. » Char­lotte s’est ins­crite il y a peu dans un cours de chant… Elle pense aus­si faire de la plon­gée cet été. « Je re­trouve peu à peu ce que j’avais per­du : la joie. »

Le burn-out de So­lène

So­lène a 29 ans. Ana­lyste en fi­nance, elle vit au rythme des chiffres et des tran­sac­tions. Quand elle rentre du tra­vail, il est mi­nuit pas­sé ; quand elle se ré­veille, le so­leil n’est pas le­vé. « Ce que je fais quand je ne suis pas au bou­lot ? Je rat­trape mes dos­siers en re­tard, je ré­ponds aux mails. Par­fois, je dors. » Une valse ef­fré­née qui en­traîne So­lène dans une spi­rale in­fer­nale à la­quelle elle fi­nit par s’adap­ter. « À force de vivre à mille à l’heure, je m’ha­bi­tue aux mon­tagnes de choses à faire, à mon ab­sence de vie so­ciale. » Mais son corps, lui, s’en est ren­du compte : So­lène fai­blit mais re­fuse de l’écou­ter. Elle a un dos­sier à bou­cler.

Qu’en pense le psy ?

El­vire Ales­san­dri­ni dé­crit cette pa­tho­lo­gie des temps mo­dernes par « la ren­contre entre vio­lence du monde du tra­vail, per­fec­tion­nisme et ré­cep­ti­vi­té ». Et pour lut­ter, il n’y a pas de se­cret : « Il faut s’im­po­ser des li­mites pour pré­ser­ver son équi­libre psy­cho­lo­gique. » Gar­der à l’es­prit que bou­lot et vie per­son­nelle sont deux mondes dis­tincts, et faire de son mieux pour que le pre­mier ne s’im­misce pas dans l’autre.

S’en sor­tir…

« L’in­ten­si­té et la du­rée des symp­tômes sont des in­di­ca­teurs pré­cieux pour en­ga­ger une consul­ta­tion », ex­plique El­vire Ales­san­dri­ni. So­lène a op­té pour cette der­nière so­lu­tion : « Après une consul­ta­tion mé­di­cale et un bi­lan san­guin, j’ai été ar­rê­tée deux mois, avec deux ses­sions de psy par se­maine. Même si j’étais sur les ro­tules, le pre­mier truc que je me suis dit, c’était : “Mais qu’est-ce que je vais m’en­nuyer !” » So­lène éclate de rire. Après son ar­rêt, elle a dé­mis­sion­né, et a été en­ga­gée dans une banque où sa charge de tra­vail a été di­vi­sée par trois. « J’ai ap­pris qu’on ne pou­vait pas être heu­reux en tra­vaillant H24, que ma vie était ailleurs et qu’elle ne m’at­ten­drait pas. »

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