JE SAI­SIS MA CHANCE !

Celles qui en­tendent sou­vent : « T’en as de la chance », vous donnent leurs 15 as­tuces pour avoir la ba­ra­ka.

Cosmopolitan (France) - - SOM­MAIRE - Par Ca­mille An­seaume Photo Da­vid Old­ham

Celles qui en­tendent sou­vent : « T’en as de la chance » vous donnent leurs 15 as­tuces pour avoir la ba­ra­ka. Par Ca­mille An­seaume.

La chance, c’est vou­loir

Lo­la vit de­puis six mois en Bre­tagne. Quand elle poste sur les ré­seaux so­ciaux des pho­tos de foo­ting sur la plage ou d’apé­ros les pieds dans le sable, chaque fois, les mêmes com­men­taires af­fluent : « Quelle chance, pro­fite ! » Pro­fi­ter, oui, elle en a bien l’in­ten­tion. Parce que cette nou­velle vie ne lui est pas tom­bée des­sus comme un ca­deau du ciel. « Après six ans à Pa­ris, je n’avais qu’une en­vie : re­tour­ner vivre en Bre­tagne. Cette en­vie, je l’ai trans­for­mée en ob­jec­tif. C’est de­ve­nu une sorte de fil rouge qui, en plus de me boos­ter le mo­ral, m’a per­mis d’ou­vrir les yeux sur ce qui al­lait dans ce sens. » Cet ob­jec­tif, Phi­lippe Ga­billiet, au­teur d’« Éloge de la chance », l’ap­pelle une « in­ten­tion ». Se­lon lui, oui, il y a par­fois des coups de pouce du ha­sard, mais le tout est de les trans­for­mer en op­por­tu­ni­tés : « Pour que la ma­chine à créer de la chance fonc­tionne, il faut qu’elle soit pro­gram­mée et ré­glée dans une di­rec­tion don­née : notre pen­sée va alors na­tu­rel­le­ment orien­ter notre cu­rio­si­té, nos dé­cou­vertes. » Et c’est comme ça qu’un jour, Lo­la et son aco­lyte Fred, pas­sion­né de cui­sine, voient un re­por­tage sur la res­tau­ra­tion am­bu­lante. « C’est comme si les pièces du puzzle s’étaient mises en place. Notre pro­jet, on l’avait : quelques mois plus tard, on ou­vrait les portes de Ca­mion Gus­tave, notre food truck de bur­gers en Bre­tagne. »

Mode d’em­ploi de la vei­narde

★ Vi­ser la lune « car même en cas d’échec, on at­ter­rit dans les étoiles », di­sait Os­car Wilde. ★ Réa­jus­ter ré­gu­liè­re­ment nos rêves en se po­sant la ques­tion : « C’est quoi pour moi, une belle vie ? » ★ Nour­rir l’in­ten­tion pour qu’elle gran­disse : on en parle aux autres, on se ren­seigne ou en­core on tient un « jour­nal de bord » de notre rêve, avec ob­jec­tifs et challenges.

La chance, c’est ou­vrir les yeux en grand

Ces « lu­nettes de la ba­ra­ka », avec verres gros­sis­sants sur les pe­tites op­por­tu­ni­tés de la vie, Cé­drine ne les quitte ja­mais : « On me dit sou­vent que j’ai du bol, parce que les choses se gou­pillent tou­jours bien pour moi. Par exemple, ré­cem­ment, j’ai pu me fa­bri­quer pour trois cents eu­ros ma gui­tare per­son­na­li­sée quand ça vaut dix fois plus cher. » Coup de chance ? « En réa­li­té, je suis sur­tout cu­rieuse. Quand j’ai été in­vi­tée à la soi­rée d’inau­gu­ra­tion d’un es­pace de « fab lab » près de chez moi, j’au­rais pu re­fu­ser, ou res­ter avec ma coupe dans le hall. » Au lieu de ça, Cé­drine de­mande à vi­si­ter l’es­pace de co­wor­king qui réunit des ate­liers en sous-sol. Ce­lui consa­cré au bois n’est oc­cu­pé qu’à mi-temps. Quelques jours plus tard, ça fait tilt : « D’un cô­té, Loïc, mon pote qui a fait un CAP lu­the­rie et n’a pas de lieu pour créer. De l’autre, cet ate­lier que j’ai loué pen­dant trois se­maines. Loïc a ain­si pu tra­vail- ler sur des trucs per­so, et en échange, il m’a ai­dée à fa­bri­quer ma gui­tare. »

Mode d’em­ploi de la vei­narde

★ Être dis­po face à tout ce qui se passe au­tour de nous. Ce­la nous per­met d’ac­com­plir des trucs d’au­tant plus dingues qu’ils n’étaient pas for­cé­ment au pro­gramme. ★ Al­ler vers l’in­con­nu en cher­chant, une fois par jour, une in­for­ma­tion qui ne nous at­tire pas par­ti­cu­liè­re­ment : tiens par

exemple, ce type qui bosse « dans les pro­duits dé­ri­vés sur les mar­chés fi­nan­ciers », ça consiste en quoi son bou­lot, con­crè­te­ment ? ★ Faire les choses avec passion, en y met­tant du coeur, parce que c’est comme ça qu’on donne le meilleur de nous-même.

La chance, c’est res­ter fo­cus sur ses dé­si­rs

Être concen­trée, ce n’est pas le pre­mier truc qui vient à l’es­prit quand on pense « chance ». Et pour­tant, ces pe­tites op­por­tu­ni­tés, après avoir ap­pris à les voir, il faut bien en faire quelque chose. Se mettre en mode chance, c’est trans­for­mer l’es­sai en fai­sant suivre chaque pe­tit coup de pouce du des­tin d’une ac­tion concrète. « Quand j’ai lan­cé mon blog cra­ne­mou.com, ex­plique Na­ta­cha Guil­bert, je n’avais évi­dem­ment pas beau­coup de lec­teurs. C’était ma ré­créa­tion, et je ne me met­tais au­cune pres­sion. Un jour, une blo­gueuse in­fluente me contacte pour une in­ter­view, qu’elle dif­fuse sur son blog. Les lec­teurs com­mencent à af­fluer, c’était in­es­pé­ré. Et là, j’ai deux so­lu­tions : soit je conti­nue tran­quille­ment dans mon coin, soit ces lec­teurs, je les chou­choute pour les gar­der. J’ai re­trous­sé mes manches pour écrire tous les jours. Au­jourd’hui, je vis de l’écri­ture et tout ce qui se passe dans ma vie pro est lié, de près ou de loin, à mon blog, à cet article, et à ce que j’ai mis en place suite à ça… D’un coup de bol au dé­part, j’ai réus­si à trans­for­mer l’es­sai. »

Mode d’em­ploi de la vei­narde

★ Pas­ser à l’ac­tion : pe­tite ou grande, ce qui compte c’est de « faire » quelque chose de ce qui existe. ★ Ac­cep­ter l’im­pré­vu : sai­sir l’op­por­tu­ni­té, ce­la sup­pose par­fois de chan­ger nos plans. ★ Faire la na­vette entre l’at­ten­tion et la concen­tra­tion : la pre­mière per­met d’être fo­cus, la se­conde d’évi­ter de se dis­per­ser. « Pour ce­la, il faut sa­voir dé­con­nec­ter de temps en temps. Mé­di­ter, rire, lire un ro­man, se plon­ger dans une série… pour re­char­ger son po­ten­tiel d’at­ten­tion et se te­nir prêt à af­fron­ter po­si­ti­ve­ment les sur­prises que le ha­sard nous pro­po­se­ra », af­firme Phi­lippe Ga­billiet.

La chance, c’est être te­nace

« T’as tel­le­ment de chance d’avoir pu trou­ver un bou­lot là-bas ! » Voi­là le genre d’ex­cla­ma­tions en­ten­dues par Lau­ra après son ins­tal­la­tion en Fin­lande suite à la mu­ta­tion de son co­pain. « Avec quelques ex­pats ren­con­trés sur place, on a créé une pe­tite boîte d’im­por­ta­tion de pro­duits frais ré­gio­naux, et fait des mar­chés de Noël par -30 °C pour vendre nos fro­mages et notre char­cu­te­rie. The French Cor­ner était né, avec un e-shop fran­çais et un autre fin­nois. » Même son de cloche chez Em­ma­nuelle, qui prouve que dans les coulisses de la chance, il y a sur­tout du tra­vail achar­né : « Je passe le concours de cette école juste pour m’en­traî­ner, de toute fa­çon je n’ai pas les moyens d’y en­trer. Sur­prise : je suis ad­mise. Au té­lé­phone, je tente un coup de po­ker : s’ils veulent vrai­ment m’avoir, ils doivent prendre en charge une par­tie des frais. Contre toute at­tente, l’école ac­cepte, à une condi­tion : que je fasse par­tie des quinze meilleures dans toutes les ma­tières pen­dant trois ans. J’ai bos­sé comme une folle et j’ai réus­si. J’ai dé­cro­ché un bon job, grâce au­quel j’ai bien­tôt fi­ni de rem­bour­ser mon prêt étu­diant. Je sais main­te­nant qu’il n’y a pas de chance. Juste de l’au­dace et beau­coup de tra­vail. » Ef­fec­ti­ve­ment, un bé­bé tombe deux mille fois avant de sa­voir mar­cher : le jour où il y par­vient, qu’on n’aille pas lui dire qu’il a eu du pot !

Mode d’em­ploi de la vei­narde

★ Avoir confiance en soi : croire qu’on ne se­ra pas à la hau­teur, c’est le meilleur moyen de ne ja­mais rien ten­ter. ★ Être te­nace : pour ne pas se dé­cou­ra­ger en che­min, il faut se po­ser ré­gu­liè­re­ment deux ques­tions. 1. Pour­quoi je sou­haite me lan­cer là-de­dans ? 2. Qu’estce que ce­la va m’ap­por­ter ? ★ Choi­sir un men­tor : pas be­soin d’ob­te­nir son ac­cord, vous pou­vez même choi­sir Nel­son Man­de­la ! Ob­jec­tif : s’ins­pi­rer de per­sonnes qui ont réus­si dans un do­maine proche de ce­lui que vous vi­sez.

La chance, c’est ac­cep­ter de chan­ger

« Par­fois le chan­ceux n’a pas de chance, en re­vanche, il sait re­bon­dir », com­mente Phi­lippe Ga­billiet. C’est même un élé­ment né­ga­tif qui peut nous trans­for­mer en « chan­ceux », en nous don­nant l’oc­ca­sion de chan­ger la donne. Sé­go­lène, hô­tesse de l’air de 31 ans, a long­temps pen­sé qu’elle avait la poisse en amour. Le pom­pon, c’est ce ste­ward avec qui elle passe deux jours de fo­lie en es­cale et qui ne se sou­vient plus de son pré­nom au re­tour à Pa­ris. Au­jourd’hui, ses co­pines sont una­nimes : elle a une chance dingue d’être tom­bée sur An­toine, avec qui elle file le par­fait amour. « Le truc, c’est que les co­pines qui me disent ça sont ca­pables de rap­pe­ler des types qui re­fusent de leur te­nir la main dans la rue », dit-elle dans un sou­pir. Ce qui a sau­vé Sé­go­lène de la ma­lé­dic­tion dont elle pen­sait souf­frir, c’est jus­te­ment… d’ar­rê­ter de croire à une ma­lé­dic­tion. « Je suis al­lée voir un psy, qui m’a ai­dée à com­prendre mon de­gré de res­pon­sa­bi­li­té dans ce qui m’ar­ri­vait. Ça m’a fait un bien fou de sor­tir de mon sta­tut de “vic­time ma­ra­bou­tée” pour de­ve­nir ac­trice de ma vie amou­reuse. J’ai com­men­cé à ac­cep­ter qu’on me veuille du bien, et à me tour­ner vers les “gen­tils ”, que j’avais long­temps sno­bés. An­toine fait par­tie de ceux-là. »

Mode d’em­ploi de la vei­narde

★ Ne pas se lais­ser en­gluer par un quel­conque fa­ta­lisme qui nous fe­rait dire : « Ma mère aus­si était comme ça… » Il n’y a pas de ma­lé­dic­tion fa­mi­liale. ★ Re­lan­cer la « ma­chine à op­por­tu­ni­tés » : al­ler voir un psy, écrire une lettre à son ex, se ren­sei­gner sur les ci­né­mas du coin si on s’est cas­sé le bras le pre­mier jour de ski, bref, po­ser une ac­tion qui per­met sym­bo­li­que­ment de sor­tir de l’abat­te­ment. ★ Ré­écrire l’his­toire en po­si­tif en es­sayant d’iden­ti­fier com­ment on a pu pro­vo­quer une si­tua­tion ou lais­ser s’ins­tal­ler le ma­laise. C’est cer­tai­ne­ment moins spon­ta­né que d’en vou­loir à quel­qu’un, mais bien plus ef­fi­cace !

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