LES VRAIES ÉCO­NO­MIES

La bonne af­faire, ce n’est pas tou­jours d’ache­ter moins cher ou en pro­mo. Nos so­lu­tions pour ne pas se faire avoir.

Cosmopolitan (France) - - SOM­MAIRE - Par Fio­na Sch­midt. Pho­to Jes­si­ca Wei­ser.

La bonne af­faire, ce n’est pas tou­jours d’ache­ter moins cher ou en pro­mo. Nos so­lu­tions pour ne pas se faire avoir. Par Fio­na Sch­midt.

Le coif­feur low cost

Ce qu’on se dit. « 19,90 € le for­fait sham­pooing-coupe-bru­shing, +10 € le ba­layage ca­li­for­nien ? ! À ce prix-là, je veux bien al­ler chez Di­mi­nu’Tif (ou sa cou­sine, Ma­dame Ca­pil’hair) toutes les se­maines ! » La réa­li­té. Au mieux : un bru­shing que Ber­na­dette Chi­rac qua­li­fie­rait d’un peu dé­mo­dé, et que l’on pas­se­ra une bonne heure à re­prendre dans notre salle de bains. Au pire : un ba­layage ca­li­for­nien qui a l’air d’être fait avec une four­chette trem­pée dans le Tipp-Ex. Ou un blond fon­cé qui tire sur le cor­beau, un cor­beau qui tire sur le cor­mo­ran ma­zou­té… que l’on de­vra faire rat­tra­per chez un coif­feur quatre étoiles dont les ta­rifs dé­coiffent (en­core plus). La vraie éco­no­mie. Res­ter fi­dèle à son coif­feur, en­vers et contre tout. Si on tré­buche sur sa frange, on peut cou­per soi-même un cen­ti­mètre avec

EN COIF­FURE, ON NE TENTE JA­MAIS UNE TRANS­FOR­MA­TION RA­DI­CALE CHEZ SOI : JU­REZ-LE SUR VOTRE PILE DE COS­MO !

des pe­tits ci­seaux bien ai­gui­sés, que l’on tient per­pen­di­cu­lai­re­ment aux che­veux, plu­tôt qu’horizontalement, pour li­mi­ter les risques de trous. Mais ja­mais JA­MAIS on ne tente une trans­for­ma­tion ra­di­cale chez soi ou chez un coif­feur low cost : ju­rez-le sur votre pile de Cos­mo ! C’est vrai aus­si pour… l’es­thé­ti­cienne low cost dont on pousse la porte pour un soin avec la confiance de la chèvre de Mon­sieur Se­guin, per­sua­dée que rien de mal ne peut nous ar­ri­ver dans un en­droit dé­dié à la beau­té. Alors que l’on est seule dans son pei­gnoir trop grand, face à une in­con­nue qui porte les mêmes gants que Dex­ter.

Le plom­bier dis­count

Ce qu’on se dit. « 50 € l’in­ter­ven­tion dans l’heure, c’est sû­re­ment gé­nial, puisque c’est Google qui me le re­com­mande ! Ja­mais Google ne me men­ti­rait, de­puis le temps qu’on se connaît… » La réa­li­té. « Ah non ma p’tite dame, 50 €, c’était juste pour le dé­pla­ce­ment ! Pour re­gar­der votre ro­bi­net qui fuit, ce se­ra 50 €, pour re­pé­rer le pro­blème, 70 €, et pour le ré­pa­rer, 100 € l’heure, hors taxe évi­dem­ment, et sans comp­ter les pièces à chan­ger. Ah bon, le col­lègue que vous avez eu au té­lé­phone tout à l’heure vou­za­pa­dit ? » La vraie éco­no­mie. Pa­pa. On plai­sante (quoique…) ! On de­mande à son ré­seau ses bons plans ser­ru­rier, élec­tri­cien, plom­bier, ga­ra­giste… tes­tés et ap­prou­vés, ou on checke les avis des consom­ma­teurs avant de faire ap­pel à une en­tre­prise pour la pre­mière fois : en-des­sous de quatre étoiles sur cinq, on se mé­fie comme le mous­tique de la ci­tron­nelle. C’est vrai aus­si pour… le pres­sing hard dis­count, qui trans­forme les robes en soie rouge en chif­fons à pous­sière rose bu­vard. Les dé­mé­na­geurs low cost, dont les as­su­rances ne couvrent ja­mais les dé­gâts fré­quents cau­sés par un ma­té­riel cheap. Si nos amis ont tous « un truc urgent » le jour de notre dé­mé­na­ge­ment, on com­mande un ca­mion sur Trusk, qui dé­barque dans l’heure avec un de­vis préa­lable pour évi­ter les mau­vaises sur­prises.

L’épi­la­tion DIY

Ce qu’on se dit. « Pas be­soin d’un mas­ter en tu­tos You­Tube pour m’ar­ra­cher trois poils, alors que j’ai une pince à épi­ler, et/ou le kit “Epi­lea­sy” jambes-ais­selles-maillot-lèvres ! » La réa­li­té. Cinq cen­ti­mètres entre les sour­cils, et le vi­sage d’« Ava­tar » jus­qu’à ce que ça re­pousse (comp­tez trois bons mois). Des mol­lets à vif, syn­drome dit de « l’épi­la­tion Cha­ral », un maillot bré­si­lien qui a la forme de la Corse, des poils in­car­nés, et la pers­pec­tive de pas­ser l’hi­ver sous pan­ta­lon et col­lants opaques. La vraie éco­no­mie. On s’épile poil à poil à la lu­mière du jour de­vant un mi­roir gros­sis­sant, et pas un ré­tro­vi­seur, en pre­nant à chaque fois du re­cul pour ju­ger de la sy­mé­trie de l’en­semble. Et on confie l’épi­la­tion des zones sen­sibles (ais­selles et maillot) à une pro, pour être tran­quille pen­dant trois se­maines, et éco­no­mi­ser ain­si l’achat de crèmes apai­santes-ci­ca­tri­santes + les ti­ckets de ci­né­ma + le pop­corn + les mo­ji­tos post-ci­né­ma, parce que ce soir, ché­ri, c’est cein­ture. C’est vrai aus­si pour… les cos­mé­tiques sen­teur cup­cake ou milk-shake ou les masques co­réens LOL qui res­semblent à un filtre Snap­chat : gare aux ré­ac­tions al­ler­giques, bou­tons, pores di­la­tés, et ca­goule in­té- grale pen­dant deux mois. Tous les ou­tils cen­sés nous rendre la vie plus belle et plus fa­cile, et qui res­semblent à des ins­tru­ments de tor­ture mé­dié­vaux : re­cour­be­cils chauf­fant, bou­cleur huit vi­tesses, gout­tière à blan­chir les dents, râpe élec­trique à pieds, etc., qui res­te­ront dans un pla­card jus­qu’à ce qu’on s’en dé­bar­rasse dans un vide-gre­nier.

L’épi­la­tion la­ser

Ce qu’on se dit. « Certes, c’est cher sur le coup, mais pas tant que ça si l’on pense au taux d’amor­tis­se­ment à long terme : 20 € toutes les trois se­maines x 50 ans = une af­faire ! » La réa­li­té. Notre ori­gine du monde est dé­sor­mais chauve comme une piste d’at­ter­ris­sage, comme le veut la mode… qui change très vite. Et quand elle se­ra de nou­veau au buis­son na­ture, on fe­ra quoi ? Une greffe de poils ? Une per­ruque pu­bienne ? La vraie éco­no­mie. Avoir re­cours à l’épi­la­tion dé­fi­ni­tive uni­que­ment sur les zones non me­na­cées par un éven­tuel re­tour de hype du poil, soit les mol­lets et les ais­selles. Ne même pas y pen­ser si l’on est blonde – même fon­cée – ou rousse : la tech­nique ne fonc­tionne pour l’ins­tant que sur les vraies brunes, ce que

BÂILLON­NER RÉ­SO­LU­MENT SA CARTE BLEUE, ET RES­TER FI­DÈLE À SON SLIM #KA­TE­MOS­SAT­TI­TUDE.

ne pré­cisent pas tous les ins­ti­tuts. Pour choi­sir le bon, mieux vaut en­fin faire confiance au bouche-à-oreille plu­tôt qu’aux offres pro­mo­tion­nelles et/ou aux pubs sur in­ter­net, afin que notre épi­la­tion dé­fi­ni­tive ne concerne pas uni­que­ment notre compte en banque. C’est aus­si vrai pour… tout ce qui pro­met de nous li­bé­rer des contraintes et qui nous chante que « OK ! c’est cher, mais si on compte sur le temps, on s’y re­trouve. » Soit le lis­sage bré­si­lien, et en gé­né­ral, tous les trai­te­ments qui, contrai­re­ment à la pro­messe ini­tiale, exigent beau­coup d’at­ten­tion et d’ar­gent dé­pen­sé en soins, pro­duits coif­fants, brosses en du­vet de ba­bines de bé­bé san­glier, etc. Ou en­core la ma­nu­cure se­mi-per­ma­nente. « Je suis tran­quille pour trois se­maines, et puis ça m’évi­te­ra d’ache­ter des ver­nis. » C’est tel­le­ment beau et pra­tique d’avoir les mains tou­jours im­pec­cables que l’on de­vient ac­cro. Jus­qu’à ce que l’un de nos ongles, fra­gi­li­sé à force de ne pas res­pi­rer sous quatre couches de ver­nis im­per­méable, reste entre les mains de la ma­nu­cure (c’est ar­ri­vé à l’au­teure de cet ar­ticle, qui en fris­sonne en­core).

Le dî­ner de potes fait mai­son

Ce qu’on se dit. « Un crumble d’agneau au cé­drat confit et son échap­pée de fleurs de cour­gettes far­cies, c’est bien moins cher qu’un bon res­tau, sur­tout quand on sait qu’on doit in­vi­ter la ta­blée ! » La réa­li­té. 100 € de courses + 15 € de plat de cuis­son adap­té à la re­cette, car jusque-là, on vi­vait heu­reuse avec deux cas­se­roles et la poêle de nos an­nées d’étu­diante + le vin chic, les ser­viettes en tis­su, les as­siettes, les cou­verts, et la dé­co du sa­lon qui va avec ce plat d’ex­cep­tion, pour les plus per­fec­tion­nistes d’entre nous. La vraie éco­no­mie. Pou­let rô­ti­sa­lade. Ou piz­zas. N’im­porte qui pré­fère dî­ner à même le car­ton d’une quatre fro­mages avec une fille dé­ten­due, plu­tôt qu’avec une fille sur les nerfs, qui s’in­quiète et siffle : « Ah c’est ça, vous n’ai­mez pas du tout… » quand on re­fuse de prendre une troi­sième fois de sa ra­gou­gnasse brû­lée sur le des­sus, et froide à l’in­té­rieur. C’est vrai aus­si pour… le ca­deau DIY, qui de­mande beau­coup d’in­ves­tis­se­ment en temps, en éner­gie et en four­ni­tures, et fait ra­re­ment plai­sir à qui le re­çoit. En règle gé­né­rale, on évite donc de fa­bri­quer soi­même les ca­deaux que l’on offre. Sauf si l’on s’ap­pelle Karl La­ger­feld ou Pierre Her­mé.

Les têtes de gon­dole au su­per­mar­ché

Ce qu’on se dit. « Waouh, 19,95 € les trois pots d’un ki­lo de confi­ture de quetsches ! » Oh ! hisse ! dans le cha­riot, à cô­té des cinq packs de lait concen­tré dont un gra­tuit. » La réa­li­té. On n’aime pas les quetsches, ni tel­le­ment la confi­ture, d’ailleurs : on pré­fère le Nu­tel­la. Et puis, à quoi ça sert, le lait concen­tré ? Ou comment se nour­rir ex­clu­si­ve­ment de flans aux quetsches pen­dant un mois, pour évi­ter de gas­piller… La vraie éco­no­mie. Faire une liste de courses, et la suivre avec des oeillères, telle l’Ulysse du Car­rouf ré­sis­tant aux chants de si­rène des pro­duits que l’on es­saie de lui four­guer en quan­ti­té co­lo­nie de va­cances. Re­gar­der sys­té­ma­ti­que­ment les prix au ki­lo ou au litre : sou­vent, ces pro­mos mi­ra­cu­leuses ne sont pas plus avan­ta­geuses que le pro­duit ache­té à l’uni­té. Faire ses courses en ligne, pour évi­ter de cra­quer pour des pro­duits dont on n’a ni be­soin, ni vrai­ment en­vie : « Tiens, des fro­mages à boire paille­tés ! » C’est vrai aus­si pour… les pro­duits à DLC courte, ven­dus la moi­tié du prix d’ori­gine, mais qui im­posent de consom­mer quatre cor­dons-bleus dans l’heure, et/ ou de faire les courses tous les jours : en gé­né­ral, il est im­pos­sible de sto­cker ces ali­ments plus de 24 heures. Les têtes de gon­dole chez Zara, grâce aux­quelles on se re­trouve ha­billée avec une jupe rouge, alors qu’on était en­trée pour ache­ter un pan­ta­lon noir. Ou avec des lu­nettes de so­leil alors qu’on est au mois de no­vembre.

Les fripes

Ce qu’on se dit. « Pour­quoi ache­ter un jean mom plein pot, alors que cet au­then­tique jean des an­nées 90 me tend les bras, en­fin, les jambes, pour 10 € seule­ment ? » La réa­li­té. Par­faite au mi­lieu de ses congé­nères dans la bou­tique, la fringue vin­tage, quelle qu’elle soit, est dif­fi­ci­le­ment so­luble dans la vraie vie lors­qu’on n’est pas ha­bi­tuée à chi­ner : elle sent le hall de gare, n’est pas la­vable en ma­chine, coûte donc un

rein en pres­sing, dont elle res­sort déso­do­ri­sée, mais ta­chée. Car la tache, que l’on n’avait pas re­pé­rée au mo­ment de l’achat, y est de­puis vingt ans, et se ré­vèle aus­si in­crus­tée qu’une bel­le­mère sur le ca­na­pé le di­manche. Sans comp­ter que la coupe des an­nées 90 n’est pas la coupe 90’s des an­nées 2016, et que ce jean nous fait des fesses en forme d’es­ca­lopes. La vraie éco­no­mie. Bâillon­ner sa carte bleue, et res­ter fi­dèle à son slim #ka­te­mos­sat­ti­tude. C’est vrai aus­si pour… les dé­pôts­ventes, qui re­vendent des vê­te­ments plus ou moins neufs que d’autres ont eu la fai­blesse d’ache­ter une pre­mière fois. La deuxième chance n’existe pas en mode : ne cau­tion­nons pas les er­reurs des autres, même si elles sont grif­fées Miu Miu.

Les deals à du­rée li­mi­tée

Ce qu’on se dit. « 20 € au lieu de 165 € le cuit-va­peur-gau­frier-plan­cha, pen­dant deux jours, quinze heures et trois mi­nutes ? ! ? Vite, avant qu’un autre ne pro­fite de cette in­ra­table af­faire ! » La réa­li­té. Notre cer­veau, pour­tant ca­pable de réa­li­ser des ex­ploits, se li­qué­fie dès qu’il voit un prix bar­ré. Et c’est ain­si que l’on se re­trouve avec un four à pain, une yaour­tière et un ger­moir, alors qu’on sait à peine éplu­cher une ca­rotte et que l’on dîne chez ses pa­rents tous les lun­dis et jeu­dis soir pour évi­ter de faire la cui­sine. La vraie éco­no­mie. Di­ri­ger la sou­ris vers le coin tout en haut à droite de l’écran, et cli­quer ré­so­lu­ment sur la pe­tite croix. Spa­mer sys­té­ma­ti­que­ment tous les mails com­men­çant par « Ex­cep­tion­nel » ou « Ex­clu­sif », et ne s’abon­ner qu’aux news­let­ters des marques qui nous in­té­ressent vrai­ment. C’est vrai aus­si pour… les box (beau­té, mode, bé­bé, ani­maux, bri­co­lage, week-ends, tha­las­so, etc.), les sol­de­ries et autres out­lets dont on sort avec le même sen­ti­ment que lors­qu’on se ré­veille avec une gueule de bois, et un type un peu chauve dont le pré­nom nous échappe. La vraie so­lu­tion, dure mais ra­di­cale, mais dure (mais ra­di­cale) : se dé­con­nec­ter. Ouch.

Les bons de ré­duc­tion

Ce qu’on se dit. « Gé­nial, Sa­pé­com­me­ja­mé m’offre 40 € de re­mise sur mon pro­chain achat, or j’ai jus­te­ment re­pé­ré un pe­tit top à 45 € qui va donc me coû­ter le prix d’un Twix ! » La réa­li­té. En li­sant les tout pe­tits ca­rac­tères (ou les lèvres de la ven­deuse), on s’aper­çoit que la re­mise est ap­pli­cable à par­tir de 80 € d’achat. Et nous voi­ci donc à er­rer par­mi les rayons de Sa­pé­com­me­ja­mé, comme un can­di­dat de « Koh-Lan­ta » pen­dant l’épreuve d’orien­ta­tion, à la re­cherche de quelque chose qui nous per­mette d’at­teindre les 80 € et de bé­né­fi­cier des 40 € de re­mise… comme, pour­quoi pas, ces leg­gings im­pri­mé léo­pard dans les­quels on a l’air de pe­ser plus que l’ani­mal ? La vraie éco­no­mie. Ache­ter le top qui nous fait en­vie, sans ré­duc­tion ni leg­gings, et n’en par­lons plus. C’est aus­si vrai pour… les bons de ré­duc­tion du su­per­mar­ché à va­loir sur nos pro­chains achats, qui nous in­citent à ache­ter du lait, du beurre ou de la fa­rine de marque, alors qu’on vi­vait très bien jusque-là avec du lait, du beurre ou de la fa­rine sans marque, trois fois moins chers, même sans bons de ré­duc­tion (après tout, « du lait, c’est du lait », comme dit jus­te­ment notre ma­mie…).

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