MOI ET… MON PAR­FUM

Quelques er­rances, une ren­contre, une tra­hi­son, une évi­dence : il en est du bon par­fum comme du bon mec.

Cosmopolitan (France) - - SOM­MAIRE - Par Ca­mille An­seaume

Le jour de ma nais­sance, une bonne fée s’est pen­chée sur mon ber­ceau et a dit : «Tu au­ras un odo­rat sur­dé­ve­lop­pé. » Je passe sur cette autre fée qui, vexée de n’avoir pas été in­vi­tée, a sans doute ajou­té : «Tu au­ras un nez de taille pro­por­tion­nelle à ses ca­pa­ci­tés, pour la peine. » Ré­sul­tat : de mon en­fance, je ne garde que des sou­ve­nirs de par­fums. En par­ti­cu­lier ce­lui de ma mère : il est très cher, elle ne le met que lors­qu’elle sort et il au­ra tou­jours pour moi l’odeur des soi­rées ba­by­sit­ter.

Pre­mier par­fum

Va­nille bour­bon of­fert par So­phie et Au­ré­lie, qui portent res­pec­ti­ve­ment Mûre sau­vage et Fram­boise. Quand on sort toutes les trois, ça sent la sa­lade de fruits. Quelques mois plus tard, au rayon cos­mé­to d’un su­per­mar­ché, j’hé­site entre Gar­çonne et Dé­mon, parce que ça me di­rait bien d’être un peu brute­fa­tale à 14 ans. Plus tard, à l’âge où on cherche à être unique, j’ar­pente fé­brile les rayons d’une par­fu­me­rie, à la re­cherche d’un par­fum que les autres n’ont pas. Pour­tant, un gar­çon que j’em­brasse me fait la re­marque : « Fau­drait que tu changes de par­fum, tu sens mon ex. » Lui aus­si sen­tait mon ex, preuve qu’être unique à 16 ans, c’est re­la­tif.

Se­conde peau

Fi­na­le­ment, c’est ma mère qui fait les en­tre­met­teuses, en me ten­dant un pa­quet à Noël. Au pre­mier pschitt, c’est l’évi­dence, et je sais qu’on va faire un bout de che­min en­semble. Je dé­couvre l’exis­tence des points de pul­sa­tion où la cha­leur se concentre : cou, nuque, der­rière les oreilles, dé­col­le­té, poi­gnets… et che­villes. Je par­fume aus­si mes ar­ti­cu­la­tions, pour un clin d’oeil ol­fac­tif à chaque mou­ve­ment, et même mon oreiller. J’ap­prends que c’est sur les vê­te­ments que le par­fum tient le mieux, mais sur ceux en fibres na­tu­relles, et même ça per­dure sur les écharpes en co­ton, les pulls en laine, et les ca­ra­cos en soie. On me com­pli­mente sou­vent sur mon par­fum, et quand on me de­mande ce que c’est, je ré­ponds : « C’est un se­cret. » C’est mon par­fum à moi, même si on en vend trois à la se­conde dans le monde.

Tra­hi­sons et in­fi­dé­li­tés

Le pre­mier coup dur, c’est Au­ré­lie qui me l’as­sène. Un jour, en lui di­sant bon­jour, j’ai l’im­pres­sion de me faire la bise : elle baisse les yeux, hon­teuse, « Ça ne te dé­range pas qu’on porte le même par­fum ? » Bon, vite las­sée d’en­tendre qu’elle sent moi, elle me lègue son fla­con. Puis, un jour, c’est moi qui le trompe avec un autre, à cause d’une ac­trice qui vante ses pou­voirs en­voû­tants. Avec ces nou­veaux ef­fluves, j’ai la sen­sa­tion qu’une étran­gère sen­suelle et mys­té­rieuse me suit par­tout. Et chaque fois que je le porte avant de sor­tir, je me de­mande si un jour, pour une pe­tite fille qui me re­garde par­tir, ce par­fum se­ra ce­lui des soi­rées ba­by­sit­ter.

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