SE CONNAÎTRE, C’EST 90 % DE L’ORGASME

Sa­voir qui on est, dans la vie, on com­mence à gé­rer. Mais au lit, c’est une autre paire de draps. Mode d’em­ploi pour al­ler à la ren­contre de son moi sexuel.

Cosmopolitan (France) - - SOMMAIRE - Par Ca­mille An­seaume. Pho­to Jack Da­ly.

Mode d’em­ploi pour al­ler à la ren­contre de son moi sexuel. Par Ca­mille An­seaume.

QUAND ON TROUVE SOI-MÊME LES LEVIERS DE SON EX­CI­TA­TION, ON AC­TIVE PLUS FA­CI­LE­MENT LA MON­TÉE DU PLAI­SIR.

JE ME RE­GARDE

Un pe­tit jeu pour com­men­cer : pre­nez une feuille, un crayon, ap­pli­quez-vous et des­si­nez votre sexe. Évi­dem­ment, on pré­fé­re­rait des­si­ner sa main, n’est-ce pas ? « La grande ma­jo­ri­té des femmes ne connaissent pas leur corps, s’étonne Eve­lyne Dillen­se­ger, sexo­logue et thé­ra­peute de couple. Or il faut sa­voir à quoi res­semble son sexe. D’abord parce qu’on a peur de ce qu’on ne connaît pas, et aus­si parce qu’on ne peut pas se lais­ser al­ler avec son par­te­naire si on ne sait pas ce qu’on lui montre ! » Se connaître sexuel­le­ment, c’est donc d’abord com­prendre à quoi res­semble une vulve, des pe­tites et grandes lèvres, un méat uri­naire et même, soyons folles, des glandes ves­ti­bu­laires de Bar­tho­lin… Pour ça, Sa­rah, 27 ans, est juste al­lée s’ache­ter un pe­tit mi­roir car­ré. « À cause d’un jeu qui tour­nait sur Fa­ce­book, où il fal­lait nom­mer les dif­fé­rentes par­ties du sexe. Mon ré­sul­tat était vrai­ment nul. Mu­nie de mon mi­roir, je me suis al­lon­gée et je me suis re­gar­dée. Bi­zarre comme sen­sa­tion. D’au­tant plus que la pre­mière fois, j’ai trou­vé mon sexe moche. J’ai re­com­men­cé, pla­cé le mi­roir sous dif­fé­rents angles, dé­cou­vert sur Google ce qu’était à peu près la norme… Au­jourd’hui, non seule­ment je connais cette par­tie de mon corps, mais en plus, je suis ré­con­ci­liée avec elle. Oui, mes pe­tites lèvres dé­passent un peu des grandes, et c’est une sin­gu­la­ri­té, pas une bi­zar­re­rie. »

JE M’EX­PLORE

Un sexe, ça ne se re­garde pas qu’avec les yeux, les doigts ont aus­si plein de choses à nous ra­con­ter. « Ce­la peut être une deuxième étape : se tou­cher. Pas for­cé­ment en quête de plai­sir mais dans un pre­mier temps par pure cu­rio­si­té », ex­plique notre sexo­logue. On pro­fite donc de la douche pour al­ler à la ren­contre de cet in­con­nu en es­sayant de se fi­gu­rer les dif­fé­rentes zones, main­te­nant qu’on les connaît mieux. Et « on écoute » sim­ple­ment nos per­cep­tions : ici, c’est doux, là, plu­tôt chaud, ici, ce n’est pas très ré­ac­tif…

JE PRENDS DU PLAI­SIR EN SO­LO

De l’ex­plo­ra­tion au plai­sir, il n’y a par­fois qu’un pas. Voire un sex-toy, pour cer­taines : « Si pen­dant long­temps je ne me mas­tur­bais pas, ce n’était pas par ta­bou, mais juste parce que je ne sa­vais pas comment m’y prendre », ex­plique Ca­pu­cine. Et ef­fec­ti­ve­ment, quand, al­lon­gée sur le dos, vous avez l’im­pres­sion d’être chez le gy­né­co, et vous pouf­fez de rire, in­utile d’in­sis­ter. « Ma pe­tite ré­vo­lu­tion, ça a été un vibro en forme de rouge à lèvres of­fert par une co­pine. La pre­mière fois, plu­tôt cool. La deuxième, je l’ai en­duit d’un échan­tillon de lu­bri­fiant, et j’ai eu mon pre­mier orgasme so­lo. » Une ex­pé­rience qu’en­cou­rage Eve­lyne Dillen­se­ger : « Il y a un ta­bou sur la mas­tur­ba­tion fé­mi­nine, mais on peut faire sau­ter cer­tains blo­cages en ren­dant l’ex­pé­rience lu­dique grâce à un sex-toy. » D’au­tant que le jeu en vaut la chan­delle : « Quand on trouve soi-même les leviers de son ex­ci­ta­tion, on ac­tive plus fa­ci­le­ment la mon­tée du plai­sir lors d’un rap­port. Les gestes qui nous font du bien, le rythme qui nous fait grim­per, la pres­sion idéale… »

JE PAR­TAGE AVEC LUI

Tout ça, on peut l’ex­plo­rer seule, mais aus­si à cô­té de son par­te­naire. Avouons-le, on ne sait pas tou­jours s’y prendre pour lui dire ce qu’on aime, les mots manquent, la pu­deur nous freine, et la peur de cas­ser l’am­biance fait le reste : « On croit sou­vent, à tort, que l’autre connaît la voie di­recte vers notre plai­sir, parce qu’il y au­rait un lan­gage com­mun au sexe, que ça fonc­tion­ne­rait à peu près de la même fa­çon. C’est une er­reur. Il faut oser se ra­con­ter, quel que soit le moyen. La mas­tur­ba­tion en est un. » Autre avan­tage des ca­resses au­to-pro­di­guées pen­dant un rap­port : « C’est aus­si un bon moyen d’in­té­grer que prendre du plai­sir pour soi ne s’op­pose pas au plai­sir de l’autre, au contraire… »

JE M’AR­RANGE AVEC MES COM­PLEXES

Le mieux se­rait d’ai­mer tout dans son ana­to­mie. Et se rap­pe­ler, comme l’af­firme Eve­lyne Dillen­se­ger, que « pen­dant l’amour, on n’a pas de vi­sion mor­ce­lée du corps de l’autre. » Mais si le blo­cage n’a pas lieu d’être, il est pour­tant bien là, et em­pêche de se lais­ser al­ler : on ne peut pas tou­jours « dé­pas­ser » son com­plexe. Dans ce cas, in­utile d’y al­ler en force. En at­ten­dant de s’ac­cep­ter, on ruse

avec une lu­mière ta­mi­sée, un jo­li ca­ra­co, une po­si­tion qu’on pré­fère. Pour So­phie, il a fal­lu la bonne ren­contre : « Mes seins sont mi­nus­cules, al­lez, on va le dire comme je le res­sens : in­exis­tants. Long­temps, ça m’a com­plexée. Et plus je me ré­pé­tais que c’était dé­bile de blo­quer là-des­sus, plus j’y pen­sais… Je met­tais des sou­tiens-gorge rem­bour­rés, et les mains des mecs ailleurs, quand elles s’y aven­tu­raient. Jus­qu’à ce que l’homme que j’aime me dise : “Je les adore comme ils sont.” Du coup, je les li­bère et je me suis li­bé­rée. »

JE CHANGE D’AVIS (SI JE VEUX) COMME DE PAR­TE­NAIRE

« L’amour phy­sique, c’est tou­jours une ren­contre, rap­pelle notre sexo­logue. Or on peut être dif­fé­rente à chaque ren­contre. » Et donc dé­cou­vrir qu’avec X(avier), on aime des choses qu’on n’ai­mait pas avec Y(ann). « Après huit ans de re­la­tion avec un homme où le sexe était le seul truc qui mar­chait vrai­ment bien, je pen­sais que je me connais­sais par coeur. Mais dans les bras d’un autre, je ne re­trou­vais rien de ce que j’avais connu, ça a été un fias­co. J’en ai conclu que ce type et moi, on était in­com­pa­tibles. On en a par­lé. Son sen­ti­ment à lui, c’était que je dri­vais tout pen­dant nos ébats, tou­jours se­lon le même sché­ma. Grosse in­com­pré­hen­sion… Je l’ai lais­sé prendre des ini­tia­tives. J’ai consi­dé­ré que je re­par­tais à zé­ro, et ça a été un peu le cas. Au­jourd’hui notre sexua­li­té n’a rien à voir avec celle que j’avais avant lui. Tout sim­ple­ment parce que notre re­la­tion, plus saine, moins scan­da­leuse, n’a rien à voir avec celle que j’avais avec mon ex. »

JE RÉACTUALISE SOU­VENT MA PAGE « PLAI­SIR »

Et tout comme on ne fait pas l’amour avec X comme on le fai­sait avec Y, on n’a pas la même sexua­li­té à 30 ans qu’à 20 ans. Alors si on se met sys­té­ma­ti­que­ment sur le ventre parce qu’on ne jure que par cette po­si­tion, on passe peu­têtre à cô­té d’un mis­sion­naire ré­vo­lu­tion­naire. Idem dans l’autre sens, comme le prouve Ma­rion : « J’ai long­temps été convain­cue que je n’étais pas du ma­tin, sexuel­le­ment. Et c’est ce que je mur­mu­rais à Fred en sau­tant du lit dès qu’on se ré­veillait… Jus­qu’à cette nuit à l’hô­tel tous les deux, où, pour me ré­veiller, il a usé de tous les moyens… ca­resses, mains confis­quées, lâ­cher-prise… orgasme to­tal. Cette lu­mière de dé­but de jour­née, le corps en­core à moi­tié en­dor­mi, l’es­prit em­bru­mé qui se laisse al­ler… Pen­dant mes an­nées fac, co­loc et gueules de bois, ça ne s’y prê­tait pas, mais fi­na­le­ment c’était plus une ques­tion de cir­cons­tances que de goûts in­times… »

JE M’INS­PIRE DES AUTRES

Ama­lia se rap­pelle de ce week-end où elle est ve­nue en so­lo chez des amis. Elle a ou­blié d’ap­por­ter de la lec­ture. Sur une éta­gère de la chambre d’amis : « Fif­ty Shades of Grey ». « Je com­mence à sur­vo­ler les pages. Trou­blant, cette sorte de cha­touille­ment qui me fait croi­ser les jambes plus fort chaque fois que Ch­ris­tian Grey donne un ordre à cette pauvre Anas­ta­sia. Je ne pen­sais pas que c’était mon truc. Pour­tant, en ren­trant deux jours plus tard, j’ima­gi­nais ce dont j’avais en­vie… » Pour notre sexo­logue, c’est lo­gique : « On est sou­vent stop­pés par notre édu­ca­tion, notre culture… Grâce à la lit­té­ra­ture et aux films éro­tiques, on passe par d’autres moyens, les ta­bous sautent, on ap­prend à dé­cou­vrir ce qu’on aime et ce qui nous convient moins. Se fier à ses sen­sa­tions, c’est un peu le se­cret en ma­tière d’orgasme. »

JE FAIS BOS­SER MES CINQ SENS

Et si on ne per­çoit tou­jours pas vrai­ment ce qu’on aime au lit ? C’est sou­vent qu’on n’ac­corde pas as­sez d’im­por­tance aux sen­sa­tions de plai­sir et de dé­plai­sir. Deux bonnes nou­velles : la pre­mière, c’est que ça se tra­vaille, pour pou­voir dire aus­si sim­ple­ment qu’on di­rait « je dé­teste la va­nille », « le cun­ni, non mer­ci. », la se­conde, c’est que l’été est la pé­riode idéale. Voi­ci quelques de­voirs de va­cances pour ex­ci­ter les cinq sens. Tou­cher le sable avec nos mains, y en­fon­cer ses pieds, en se concen­trant uni­que­ment sur ces zones du corps. Lé­cher sur ses lèvres le goût de sel et en­fouir notre nez dans ses che­veux. Bref, ne ra­ter au­cune oc­ca­sion de sen­tir, écou­ter, tou­cher, re­gar­der et se de­man­der à chaque fois : au fait, j’aime bien ou pas ? Lau­ra est pas­sée à la pra­tique : « Quand je com­mence à faire l’amour, je porte mon at­ten­tion sur mon souffle, ma peau, mes fris­sons… Les sens sont dé­cu­plés, et c’est comme ça que j’ai iden­ti­fié à quel point le chaud-froid me ren­dait dingue. En­suite, il a suf­fi à mon mec d’ex­plo­rer chaque zone de mon corps en souf­flant dou­ce­ment. En res­pi­rant ma peau, en re­mon­tant du bas vers le haut, en ef­fleu­rant ma peau du bout des lèvres… C’est comme un jeu. » Alors main­te­nant, à vous de jouer !

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