Je mets quoi sur mon ré­pon­deur ?

Cosmopolitan (France) - - AU FAIT. . . - Par Ch­loé Plan­cou­laine. Il­lus­tra­tion Ma­rie Per­ron.

T’es là, trem­blante en ré­écou­tant le mes­sage lais­sé par ton boss sur ton por­table : « Euh, bon­jour… Ch­loé ? » De­puis la si­gna­ture de ton pre­mier contrat, tu as co­ché toutes les cases : vou­voie­ment, maî­trise des for­mules de po­li­tesse en fin de mail, vo­ca­bu­laire châ­tié pen­dant les réu… Mais voi­là que ton ré­pon­deur, en­re­gis­tré à l’époque où tu por­tais en­core des bag­gys et ja­mais re­mis à jour, vient de lâ­cher sans dé­tour à ton N+2 : « Yo ! C’est Clo, fais pas le ti­mide, ba­lance ton flow ! » Tu le sais : une page va se tour­ner, en même temps que celle où tu t’af­fiches fiè­re­ment en train de rou­ler une pelle au gou­lot d’une bou­teille de vod­ka sur Fa­ce­book. Vite, une idée pour chan­ger de mes­sage et men­tir à ton boss le len­de­main : « Vous avez dû vous trom­per de nu­mé­ro. » Tu ap­pelles Ka­rine, la plus cor­po­rate (âgée) de tes potes, pour des conseils. Tu tombes sur sa boîte vo­cale : « Ka­rine Le­tale… n’est pas dis­po­nible pour le mo­ment. » #Bo­ring. OK pour un mes­sage plus adulte, mais tu ai­me­rais que lors­qu’un pote ap­pelle, il ait tou­jours en­vie de te pro­po­ser une bière après le si­gnal so­nore. « T’es sé­rieuse ? Tu te prends en­core la tête là-des­sus ? », s’in­quiète ta co­loc en ren­trant de soi­rée. Ce qu’elle ne capte pas, c’est que le ré­pon­deur est le re­flet de ton gros pro­blème dans la vie : tu veux plaire à tout le monde. Or, s’il est pos­sible de jouer les clowns en soi­rée, d’em­ployer des mots éru­dits dans le bu­reau du DG, ou de ci­ter Boo­ba comme ré­fé­rence per­son­nelle au­près de ton pe­tit­cou­sin, il est im­pos­sible de réunir toutes ces per­son­na­li­tés dans un seul mes­sage. Au fond, qui es-tu vrai­ment ? Tu laisses le ro­bot par­ler à ta place plu­tôt que de choi­sir main­te­nant. C’est quelques an­nées plus tard, alors que tu changes de nu­mé­ro, que tu réa­lises sou­dain le che­min par­cou­ru. Tu viens d’énon­cer clai­re­ment et du pre­mier coup : « C’est Ch­loé, et après le bip, c’est à vous. »

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