LE TOP 6 DES VRAIS TUE-L’AMOUR

Parce qu’il y a bien plus meur­trier que la chaus­sette trouée ou l’ha­leine du ma­tin.

Cosmopolitan (France) - - SOMMAIRE - Par Ma­non Pi­bou­leau. Pho­to Graeme Mont­go­me­ry.

Parce qu’il y a bien plus meur­trier que la chaus­sette trouée ou l’ha­leine du ma­tin. Par Ma­non Pi­bou­leau.

1 Te­nir les comptes

Au pre­mier ren­dez­vous, on n’y pense même pas. Je su­surre une phrase de femme in­dé­pen­dante : « On par­tage ? » Et lui, gent­le­man, m’as­sure : « Laisse, c’est pour moi. » Mais un an plus tard, quand je rentre avec six sacs de shop­ping, il m’at­tend au tour­nant : « Rien que la robe, c’est trois mois d’abon­ne­ment Ca­nal ! » Moi aus­si, je ma­nie l’art de la culpa­bi­li­té. Et de ma­nière bien plus sub­tile. Il re­fuse de m’ac­com­pa­gner à la soi­rée ga­lette des rois de la boîte ? No pro­ble­mo, j’ai ma ré­plique : « Après tout ce que j’ai fait pour toi… as­sis­ter à ton concert de mé­tal, te­nir l’es­ca­beau pen­dant que tu chan­geais l’am­poule. Et pour moi, pea­nuts. » On change ! Fi­ni les comptes : en amour, si on donne, c’est gra­tos ! Le plai­sir d’of­frir n’a rien à voir avec un in­ves­tis­se­ment. Par­ta­ger, rendre ser­vice ou faire un com­pli­ment, c’est ne rien at­tendre en re­tour, ex­cep­té un « Mer­ci » ou « C’est trop, t’au­rais pas dû ». Quand nos ac­tions sont spon­ta­nées et amou­reuses, on le sent tout de suite : avant même de dé­bal­ler le ca­deau, on a dé­jà le sou­rire.

2 Faire (trop) at­ten­tion à l’autre

Comme on s’aime beau­coup, on se sur­veille énor­mé­ment. Un amour qui nous pousse à cor­ri­ger deux ou trois dé­fauts de fa­bri­ca­tion chez le conjoint dans le but de le rendre en­core meilleur, voire plus fa­cile à vivre. Cas ty­pique : en route pour un dî­ner entre amis, moi au vo­lant, lui cô­té pas­sa­ger, il veut m’ap­prendre le cré­neau : « Braque, contre-braque, à gauche, non, à gauche j’ai dit ! » Ré­sul­tat, une voi­ture ga­rée en dia­go­nale avec deux per­sonnes à l’in­té­rieur qui font de la buée à force de hur­ler. On change ! L’amour ne nous oblige pas à tout en­du­rer. Mes oreilles comme mes nerfs n’ont ja­mais de­man­dé à être sa­cri­fiés sur l’au­tel de la pas­sion. Donc j’an­ti­cipe. Gen­ti­ment, je lui de­mande de me rendre un ser­vice : des­cendre de la voi­ture pour m’ai­der à vi­ser juste. Lui, il se sen­ti­ra in­ves­ti d’une mis­sion d’im­por­tance ca­pi­tale – pro­té­ger la car­ros­se­rie – et moi, hor­mis un re­flet qui s’agite dans le ré­tro, j’au­rai la paix.

3plus Tom­ber dans l’ha­bi­tude

On se com­prend sans se par­ler. D’ailleurs, on ne se parle

du tout. « Bon­jour » le ma­tin, « Bon­soir » le soir, il dort à droite, moi à gauche et quand il gratte mon dos pour quelques ca­resses, je pouffe : trop tôt, trop tard ou trop fa­ti­guée. Lui, le train-train lui va à mer­veille : il jette son man­teau sur le ca­na­pé en ren­trant du bou­lot, m’em­brasse les yeux fer­més sur le coude plu­tôt que dans le cou et, ex­cep­té le pro­gramme té­lé du soir, il ne se pose pas de ques­tion. On change ! Il n’y a pas que le por­table qui ré­clame des mises à jour. Une re­la­tion aus­si a be­soin de se dé­gour­dir les jambes. Si l’homme fai­sait at­ten­tion, il re­mar­que­rait mes longs sou­pirs. Il peut com­men­cer mol­lo : po­ser sa veste sur le por­te­man­teau le ren­dra beau­coup plus at­trayant. Et s’il re­bouche le cou­vercle du bo­cal à cor­ni­chons, ça le pro­pul­se­ra au sta­tut de bombe sexuelle. Quant à moi, je peux faire des pro­jets : rê­ver d’un voyage sur in­ter­net ou me ren­sei­gner sur des cours de théâtre. Ça ne coûte rien d’y pen­ser, même pas dit que ça se réa­lise, mais qu’est-ce que ça sti­mule !

4 Être (trop) cash

Se sen­tir de plus en plus à l’aise avec l’âme soeur, c’est aus­si de­ve­nir de plus en plus sin­cère. Avant qu’on ne co­ha­bite, l’homme bai­gnait dans une douce uto­pie : une femme n’a pas de poils et ar­rose ses soi­rées au jus de goyave. For­cé­ment, après s’être frot­té de près à mes mol­lets et m’avoir en­ten­due ivre morte ré­pé­ter « chuuut » à la porte aux alen­tours de 2 heures du ma­tin, ses cer­ti­tudes s’ef­fondrent. D’ailleurs, il ne se gêne pas pour me le faire sa­voir : « Pas ce soir, tu piques ! » Quant à moi, je n’hé­site pas long­temps à lui dire mon ras-le-bol de le voir mi­jo­ter dans son pull « Mon­day is co­ming ». Je lui fais donc re­mar­quer : « Là, on est mer­cre­di, ce qui si­gni­fie que lun­di est quand même ar­ri­vé de­puis trois jours. » On change ! Si la cri­tique nous semble né­ces­saire, c’est-à-dire construc­tive, on y ré­flé­chit à l’avance, his­toire d’y mettre les formes pour ne pas vexer. Si je n’en peux plus de son pull dis­ten­du, il ne tient qu’à moi de lui en of­frir un tout neuf. Évi­dem­ment, je m’abs­tiens de pré­ci­ser « C’est pour rem­pla­cer ce­lui qui ne res­semble à rien », et j’en pro­fite pour le flat­ter : « Dès que je l’ai vu, j’ai su qu’il t’irait comme un gant. » À force de s’ob­ser­ver, une cer­ti­tude germe dans son es­prit : « C’est vrai que je suis ca­non comme ça. » Et pour que l’homme se fasse une pe­tite idée de la dou­leur in­fli­gée par l’épi­la­tion, au dé­tour d’une ca­resse, je lui ar­rache un poil du torse. Il va hur­ler à la lune, rou­ler d’un cô­té puis de l’autre en criant « Pour­quoi ???! ». Alors, je lui ré­ponds « Parce que je te dois la vé­ri­té ». Va plus m’en­qui­qui­ner main­te­nant.

5 Être pos­ses­sif

Puisque nous nous sommes ju­ré fi­dé­li­té de­puis que nous avons plan­té nos pailles dans le même smoo­thie, on se fait confiance. En tout cas, en­semble à la mai­son, on se fait confiance. En re­vanche, en boîte de nuit, c’est une autre his­toire. L’homme bombe le torse dès qu’un autre mâle rôde trop près. S’il for­çait un peu, une roue de paon pous­se­rait à l’ar­rière. En ef­fec­tuant des cercles rap­pro­chés, il fi­nit par me de­man­der : « C’était qui ce mec ? – Le bar­man. – Ah ouais, et tu lui vou­lais quoi ? – Un mo­ji­to. » Moi, je me trouve beau­coup plus souple. Quand il ri­gole un peu trop avec une blonde de 1,75 m, je ne m’em­porte pas tout de suite. Je prends mon temps, et je lui pour­ris le week-end. C’est ce qui s’ap­pelle bou­der. Il se de­mande pour­quoi la tem­pête gronde dans l’ap­par­te­ment, mais par ins­tinct de sur­vie, il s’abs­tient de toute ré­flexion. Évi­dem­ment, je cra­che­rai le mor­ceau… j’at­tends juste le bon mo­ment. Di­manche soir, avant de se cou­cher. Ou lun­di ma­tin, avant d’al­ler au bou­lot. On change ! Im­pos­sible de construire une re­la­tion du­rable sans confiance. Épier, sur­veiller, ana­ly­ser les fré­quen­ta­tions de l’autre… c’est usant. Être amou­reux, c’est ac­cep­ter d’avoir un angle mort en per­ma­nence. Et si un jour le doute gri­gnote notre es­to­mac, il suf­fit d’une phrase pour cal­mer le ma­laise in­té­rieur et dis­sua­der l’autre de faire un pas de tra­vers. « Je sais pas toi, mais moi, je pense que la vé­ri­té éclate tôt ou tard. Bref, passe une bonne soi­rée et amu­se­toi bien, ché­ri(e) ! » Ra­di­cal.

6je Se ser­vir de l’autre comme dé­fou­loir

19 h 30, je rentre en­fin à la mai­son et

suis cre­vée. En train de gri­gno­ter le pain et d’en par­se­mer le ta­pis, l’homme m’in­ter­roge : « Alors, ta jour­née ? » Mar­rant que tu de­mandes, parce qu’elle était hor­rible. Il s’épous­sette le tee-shirt et se risque à une ré­flexion feng shui : « Tout va s’ar­ran­ger. » Moi, ce genre d’in­ter­ven­tion qui veut dire « Je suis fa­ti­gué aus­si alors évite de râ­ler trop fort », ça m’agace en­core plus. Pen­dant que je bulle dans un bain, bi­chon po­tasse un dos­sier rap­por­té du bu­reau. Sur la pointe des pieds, il me de­mande d’y je­ter un coup d’oeil. Ver­dict : son Po­werPoint, c’est la ca­ta. « Si tu l’or­ga­ni­sais par date, on y ver­rait plus clair. Tu penses pas ? » J’crois pas, non. À force de contrer tous mes ar­gu­ments, je me de­mande s’il avait sin­cè­re­ment en­vie de re­cueillir mon avis. Une main sur l’épaule, je l’aide comme je peux : «T’in­quiète, ça va s’ar­ran­ger. » Et ça alors, il de­vient rouge lui aus­si. On change ! S’il me de­mande « Alors, ta jour­née ? », je pré­fère lui ra­con­ter ce que j’ai man­gé à la can­tine ou le bou­quin ex­tra que j’ai lu dans le mé­tro. Ça m’évi­te­ra de m’éner­ver alors qu’il n’a rien fait, sauf es­sayer d’être at­ten­tif. De son cô­té, ce se­rait mieux qu’il évite de trans­for­mer notre sa­lon en bu­reau. Le sa­lon, au même titre que la chambre ou les WC, est un es­pace de dé­tente. S’il veut po­tas­ser, je lui conseille un en­droit plus ap­pro­prié. Le ga­rage, par exemple, c’est très bien. Ou chez le voi­sin, il a un es­pace bi­blio­thèque, je crois. Parce que si on forme un couple d’amants to­ta­le­ment com­pa­tibles, il se pour­rait que l’on soit un très mau­vais duo de col­lègues.

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