LES NOU­VEAUX DÉ­FIS DES EN­TRE­PRISES

Courrier Cadres - - TENDANCE -

Dans notre so­cié­té confron­tée au chô­mage de masse, le travail conti­nue d’être consi­dé­ré comme un re­père et un fac­teur d’épa­nouis­se­ment pour 83 % des Fran­çais ré­vèle une étude me­née par Ip­sos pour Ba­bi­lou en juin 2017. Dans le même temps, l’équi­libre des temps de vie est un su­jet de pré­oc­cu­pa­tion “im­por­tant” pour 96 % des cadres se­lon un son­dage me­né en 2015 par l’Ob­ser­va­toire de l’équi­libre des temps et de la pa­ren­ta­li­té en en­tre­prise (OPE). En ef­fet, 75 % d’entre eux se plaignent de “man­quer de temps” au quo­ti­dien, une ma­jo­ri­té consi­dé­rant que leur em­ployeur “ne fait pas beau­coup de choses” pour les ai­der à har­mo­ni­ser leurs temps de vie. En cause, se­lon le Me­def : une flexi­bi­li­té de­ve­nue pi­lier de l’or­ga­ni­sa­tion du travail ac­tuelle, qui sou­met les sa­la­riés à la né­ces­si­té constante d’évo­luer. Elle s’ac­com­pagne d’une pro­gres­sion des ho­raires aty­piques qui peut de­ve­nir source de stress et de ten­sions : “On ne tra­vaille pas né­ces­sai­re­ment plus long­temps au­jourd’hui, mais il existe de nou­veaux fac­teurs de fonds gé­né­ra­teurs de dés­équi­libre. Il y a en­core quelques an­nées, une per­sonne de­vait opé­rer des trans­for­ma­tions dans sa ma­nière de tra­vailler toutes les quelques an­nées. Au­jourd’hui, les chan­ge­ments d’or­ga­ni­sa­tion sont beau­coup plus fré­quents et né­ces­sitent une adap­ta­tion constante” confirme Fran­çois Bes­son, coach en en­tre­prise et for­ma­teur en mind­ful­ness.

UN NOU­VEAU RAP­PORT AU TRAVAIL

Les ou­tils di­gi­taux ont fa­ci­li­té ces nou­velles formes d’or­ga­ni­sa­tion du travail et ont contri­bué à brouiller la fron­tière entre temps de vie per­son­nel et pro­fes­sion­nel, en­traî­nant dans cer­tains cas un

risque de dé­bor­de­ment. “Au­pa­ra­vant on ne pou­vait res­ter au travail une fois qu’on l’avait quit­té, main­te­nant, dans cer­taines en­tre­prises, les ma­na­gers uti­lisent des ou­tils tels que Han­gouts ou What­sapp pour sol­li­ci­ter les em­ployés en de­hors des heures ré­gle­men­taires. Même sans de­mande de leur su­pé­rieur, avec les no­ti­fi­ca­tions qui ar­rivent en permanence, cer­tains cèdent à la ten­ta­tion

d’al­ler re­gar­der”, dé­taille Fran­çois Bes­son. Des pres­sions nou­velles qui ar­rivent dans un contexte où le rap­port au travail de la gé­né­ra­tion Y n’est plus ce­lui de ses aî­nés. Pour ces jeunes, qui rêvent d’une en­tre­prise où il fait bon vivre et de re­la­tions apai­sées avec le ma­na­ge­ment, le sa­laire seul n’est plus une mo­ti­va­tion suf­fi­sante. “Au­pa­ra­vant, le ma­na­ger se de­vait être un su­per­man. Ac­tuel­le­ment, la nou­velle gé­né­ra­tion ne veut plus sa­cri­fier sa vie per­son­nelle et at­tend que l’en­tre­prise prenne en compte ces nou­velles at­tentes”, sou­ligne Fran­çois Bes­son. Confron­tées à ces évo­lu­tions, les en­tre­prises doivent s’ajus­ter si elles veulent conser­ver leurs bons élé­ments, qui sont da­van­tage prêts à chan­ger d’em­ployeur s’ils trouvent que les condi­tions de travail ne sont pas ac­cep­tables et qui ne se­ront de toute fa­çon plus

“JETRAVAILLEPLUS QU’ AVANT, MAIS AVEC PLUS DE FLEXI­BI­LI­TÉ”

performants si la pres­sion de­vient trop forte. Sym­bole de ce nou­veau rap­port à la hié­rar­chie, 39 % des cadres sou­haitent que leur en­tre­prise mette en place des so­lu­tions de té­lé­tra­vail ou de travail à dis­tance ré­vèle le ba­ro­mètre de l’OPE. Chez Orange, où un ac­cord sur le té­lé­tra­vail a été si­gné en 2014, la me­sure a ren­con­tré un grand suc­cès. “Au­jourd’hui 7 000 tra­vailleurs ré­gu­liers et 8 000 oc­ca­sion­nels tra­vaillent jus­qu’à 3 jours par se­maine de­puis leur do­mi­cile ou sur un site

de re­grou­pe­ment”, dé­taille Alain An­dré, char­gé du do­maine pré­ven­tion et qua­li­té de vie au travail. Ce der­nier ajoute que les sa­la­riés qui ont fait ce choix sont tout au­tant voir plus pro­duc­tifs que les autres. Autre dis­po­si­tif d’or­ga­ni­sa­tion du temps de travail uti­li­sé no­tam­ment chez Are­va et au Com­mis­sa­riat de l’éner­gie ato­mique : le temps sco­laire an­nua­li­sé, qui per­met aux pa­rents d’en­fants sco­la­ri­sés de bé­né­fi­cier d’un temps par­tiel de travail, les mer­cre­di ou du­rant les va­cances sco­laires. Une me­sure plé­bis­ci­tée par les em­ployés se­lon Dominique Maire, se­cré­taire gé­né­rale ad­jointe du Cercle In­ter’Elles et qui té­moigne d’une plus forte im­pli­ca­tion des pères dans l’édu­ca­tion de leurs en­fants, bien que ces der­niers soient en­core peu nom­breux par ailleurs à avoir re­cours au nou­veau congé pa­ren­tal. Le pas­sage au temps par­tiel peut par ailleurs s’avé­rer sa­lu­taire lorsque le dé­rè­gle­ment de­vient trop fort, comme le sou­ligne l’ex­pé­rience de So­phie, char­gée de pro­jet dans l’ad­mi­nis­tra­tion ter­ri­to­riale. “Il y a quelques an­nées, mon em­ployeur est ren­tré dans une lo­gique de sup­pres­sion des postes et de ren­ta­bi­li­té, j’ai com­men­cé à recevoir da­van­tage de pres­sion. Vou­lant tou­jours bien faire, je suis al­lée au-de­là de mes ca­pa­ci­tés”, ra­conte-t-elle. Après un burn-out sui­vi d’un ar­rêt ma­la­die d’un an et de­mi, So­phie a re­pris le travail sur un autre poste et à temps par­tiel, une so­lu­tion

qui lui convient da­van­tage. “Je fonc­tionne beau­coup mieux avec cette jour­née de re­pos le mer­cre­di qui me per­met de ré­cu­pé­rer et de faire des choses pour moi. Alors que je pen­sais ne plus ja­mais pou­voir tra­vailler, j’ai réus­si à trou­ver une si­tua­tion qui me

cor­res­pond.” Car face aux évo­lu­tions du monde du travail, l’es­sen­tiel reste de trou­ver une place et un équi­libre juste pour soi.

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