CVF VI­GNOBLE

La Pro­vence prend des al­lures d’eldorado sous l’im­pul­sion de nou­veaux pro­prié­taires

Cuisine et Vins de France - - Sommaire - Pho­tos : Jean-Luc Barde - texte : Karine Va­len­tin

La pro­gres­sion qua­li­ta­tive du vi­gnoble pro­ven­çal n’est pas étran­gère à l’ar­ri­vée d’in­ves­tis­seurs en mal de na­ture et de dé­fis­ca­li­sa­tion. Si la Pro­vence a tou­jours char­mé les nan­tis, le fi­lon du ro­sé de­vient un vrai bu­si­ness. Le vi­gnoble compte dé­sor­mais des pa­tro­nymes cé­lèbres du monde des af­faires, de l’art, de l’in­dus­trie, du luxe, fran­çais ou étran­gers, qui boivent au ca­lice des vins mé­di­ter­ra­néens. A l’ori­gine, ces néo-Pro­ven­çaux cherchent une ré­si­dence se­con­daire dans un pays de co­cagne, ils dé­couvrent un vi­gnoble où la culture bio­lo­gique est in­duite par le cli­mat et se mettent à ap­pré­cier le ro­sé en at­ten­dant de pro­duire un rouge ex­tra­or­di­naire.

De nou­veaux pro­prié­taires for­tu­nés re­des­sinent le pay­sage pro­ven­çal à l’iden­tique, ra­jou­tant souvent l’art au coeur d’une na­ture où le vi­gnoble prend des al­lures d’eldorado.

Tous les voyants sont au vert pour at­ti­rer les convoi­tises. La ré­gion est char­mante, le cli­mat idéal, la clien­tèle fa­cile, le prix à l’hec­tare en­core at­trac­tif et le ro­sé de­vient une ma­chine à cash. En ache­tant une pro­prié­té sur les ri­vages de la Mé­di­ter­ra­née à la fin du XIXe siècle, Mar­cel Ott fit du vin pâle pro­ven­çal la bois­son de l’été. En 2004, la mai­son Roe­de­rer re­prend les do­maines Ott, liant de fait deux mondes qui, bien qu’aux an­ti­podes, se re­trouvent sur le ter­rain de la convi­via­li­té : le ro­sé et le cham­pagne. Dans les res­tau­rants de la Côte d’Azur le vin saute-bou­chon est ta­lon­né ser­ré par la cou­leur dia­phane de cet out­si­der pê­chu. La mai­son ré­moise pré­sente aux Etats-Unis et au Por-

tu­gal s’est offert la plus re­nom­mée des marques pro­ven­çales. Deux autres do­maines, l’Her­mi­tage à Ban­dol et la Mou­tète à Cuers, ren­forcent de­puis peu le patrimoine su­diste de l’en­tre­prise fa­mi­liale. “Cer­tains Cham­pe­nois pensent que nous nous ti­rons une balle dans le pied en pro­dui­sant du ro­sé”, lâche Fré­dé­ric Rou­zaud, de Roe­de­rer.

Bru­no Paillard, autre en­tre­pre­neur de bulles, cher­chait un lieu de vil­lé­gia­ture. Le Châ­teau des Sar­rins est à vendre, la vigne, il connaît, il n’hé­site pas, il a du nez! En re­vanche tout est à ap­prendre pour le couple An­ge­li­na Jo­lie-Brad Pitt. Ré­fu­giés dans le Haut-Var, ils font vivre le mythe de la star vi­gne­ronne, à la Cop­po­la. Mi­ra­val, leur pro­prié­té de Cor­rens, pro­duit un ro­sé dans les ca­nons de l’ap­pel­la­tion, et bien­tôt un rouge sous les bons aus­pices de la fa­mille Perrin du Châ­teau de Beau­cas­tel. La cu­vée Pink Floyd (le groupe a en­re­gis­tré dans un studio amé­na­gé dans le châ­teau) reste dans la four­chette certes haute de ces éti­quettes stars, où les bou­teilles à plus de 20 € font flo­rès.

Le ro­sé le plus cher du monde se trouve non loin, chez Sa­cha Li­chine. Le très rare Gar­rus du Châ- teau d’Es­clans est ven­du plus de 80 € à une clien­tèle li­bé­rée des codes, qui passe par­fois du cô­té in­ves­tis­seur et em­bauche un conseiller re­nom­mé et bor­de­lais. Sté­phane De­re­non­court (Châ­teau la Mar­ti­nette, Com­man­de­rie de Pey­ras­sol et Vil­la Bau­lieu), Mi­chel Rol­land (Do­maine de la Croix), Eric Bois­se­not (Châ­teau de Bel­let), De­nis Du­bour­dieu (Do­maine Ott), Hu­bert de Bouärd (Châ­teau de Berne) sont sol­li­ci­tés pour leur ex­pé­rience au­tant que pour leur si­gna­ture pré­cieuse.

Si lo­ca­le­ment on moque en­core un peu ces en­tre­prises de ré­no­va­tion pha­rao­niques, il faut avouer que le vi­gnoble re­trouve une dy­na­mique. Di­dier Ma­ze­nod, consul­tant en in­gé­nie­rie, ima­gine pour ces néos des caves sur me­sure. “Grâce à eux, la Pro­vence grimpe une marche. La tech­no­lo­gie dans les caves fait pro­gres­ser la qua­li­té et des vi­gnobles en pi­teux état re­trouvent une jeu­nesse.” Cer­taines pro­prié­tés in­con­nues re­nouent avec le pres­tige grâce à cette manne pro­vi­den­tielle. Il ne fau­drait pas que les prix à l’hec­tare grimpent trop, au risque de voir les dy­nas­ties pro­ven­çales em­pê­chées de trans­mettre leur patrimoine.

L’Es­pace d’art du Châ­teau Sainte-Ro­se­line avec un la­pin de William Sweet­love, Cercle, de Bru­no Ro­me­da,et des mou­tons de Fran­çois-Xa­vier La­lanne. Le do­maine a aus­si ac­quis une sculp­ture de JeanC­laude Fah­ri, Arc et car­ré de fer.

A la Com­man­de­rie de Pey­ras­sol, une oeuvre de Ga­vin Turk, L’Age d’Or (taupe).

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