Dans les vignes L’An­jou

Ils ont beau être vins d’au­teur pro­duits par des vi­gne­rons af­fran­chis de pas mal de codes, les blancs secs et les rouges an­ge­vins plaisent avant tout pour leur sin­cé­ri­té.

Cuisine et Vins de France - - Sommaire - Pho­tos : Jean-Luc Barde - Re­por­tage : Ka­rine Va­len­tin

Épar­pillés sur des terres par­ti­cu­lières, le vi­gnoble an­ge­vin s’ins­crit dans le pa­tri­moine li­gé­rien au Moyen Âge au­tour de la ville d’An­gers, sur les co­teaux de la Val­lée de la Loire, puis ceux du Layon et de l’Au­bance. Dé­vas­té comme beau­coup par le phyl­loxé­ra, le vi­gnoble se struc­ture au dé­but du XXe siècle lors de sa re­cons­truc­tion sur les schistes com­plexes du Mas­sif ar­mo­ri­cain, dit An­jou noir, et son né­ga­tif An­jou blanc, ce­lui des cal­caires du Bas­sin pa­ri­sien. Les deux pro­fils donnent au che­nin cette per­son­na­li­té propre aux plus grands : le char­don­nay bour­gui­gnon, le ries­ling al­sa­cien, le sa­va­gnin ju­ras­sien son cou­sin, tous mi­roirs de leurs ter­roirs. Quant aux rouges, ca­ber­net franc en porte-éten­dard, pi­neau d’Au­nis, ca­ber­net-sau­vi­gnon, grol­leau en fai­re­va­loir…, que les Cas­sandre se ras­surent : le ré­chauf­fe­ment cli­ma­tique fait fondre la glace po­laire, mais il ré­chauffe aus­si ces fruits.

LE CHE­NIN DE LA LOIRE

Si le chou­chou de la contrée de­meure tou­jours le che­nin – 9000 hec­tares plan­tés dans le monde et par­mi eux 8000 entre An­jou et Tou­raine, le reste en Afrique du Sud -, il reste l’in­com­pris des igno­rants qui, par mal­heur, consti­tuent la ma­jo­ri­té des consom­ma­teurs. Ses sur­faces ont di­mi­nué de fa­çon spec­ta­cu­laire de 1950 à 2015 au pro­fit du ca­ber­net et pas uni­que­ment pour pro­duire des rouges. Les ro­sés, ici comme ailleurs, ont pris la main. Ils sont secs ou doux et ne de­meurent ni en cave ni dans les an­nales… hor­mis ceux d’une poi­gnée de pro­duc­teurs. Ces ro­sés sont les hé­ri­tiers des vins doux nés de la ré­vo­lu­tion in­dus­trielle et de la pro­duc­tion du sucre de bet­te­rave. Ain­si, le pro­pos d’une nou­velle gé­né­ra­tion de pro­duc­teurs, dont l’ac­ces­sion à la terre est fa­vo­ri­sée par un prix dé­ri­soire à l’hec­tare, s’oriente plu­tôt vers les vins secs : les blancs en avant et les rouges en out­si­ders qui as­surent avec le na­tu­rel d’un cli­mat clé­ment. Si Le Ri­vage des Syrtes, inou­bliable ro­man de Ju­lien Gracq, dé­roule ses cha­pitres dans une am­biance évo­ca­trice des rives en courbes douces de Loire, la len­teur du ré­cit de l’écri­vain re­gret­té n’a rien

Tho­mas Car­sin du do­maine Le CLos de l’Élu et son fils dans sa

cave aux am­phores.

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