Ar­rê­tez de nous prendre pour des quiches!

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Voi­là la te­neur du mes­sage que l’on ai­me­rait en­voyer à tous ceux ( et avouons-le aus­si toutes celles, même si la pa­ri­té est loin d’être la règle sauf peut-être chez la pâ­tis­sière qui m’ap­pro­vi­sionne les sa­me­dis de sa dé­li­cieuse « tarte chas­seur », elle der­rière la caisse, lui aux four­neaux, bien que nous n’ayons ja­mais pous­sé la conver­sa­tion as­sez loin pour connaître la ré­par­ti­tion des re­ve­nus dans leur mé­nage… Fin de la di­gres­sion!), mes­sage des­ti­né donc à tous ceux qui pensent pour nous, agissent pour nous, et oeuvrent à notre bon­heur jusque dans l’or­ga­ni­sa­tion de notre temps libre et de nos loi­sirs pour nous mon­trer la bonne di­rec­tion. En un mot, ce qu’il est bien de pen­ser, et ce qui l’est moins. Pour tout dire, ce qui est po­li­ti­que­ment cor­rect et ce qui ne l’est pas. Le po­li­ti­que­ment cor­rect semble au­jourd’hui consti­tuer un der­nier faux- sem­blant de rem­part à une dé­mo­cra­tie va­cillante qui n’au­rait plus que sa pen­sée « po­li­ti­que­ment cor­recte » pour te­nir dans une so­cié­té glo­ba­li­sée où le cy­nisme et la course au gain sont la règle. Sauf peut-être dans cer­tains pe­tits états, vil­lages « d’ir­ré­duc­tibles Gau­lois » face à la mon­dia­li­sa­tion, à l’image de la Co­rée du Nord… Peut-être n’au­raije pas dû al­ler voir les spec­tacles de Pa­trick Tim­sit et Gas­par Proust met­tant en avant cette grande ques­tion: peut-on rire de tout? Une ques­tion qu’avait dé­jà po­sée en son temps un chantre de l’hu­mour caus­tique et po­li­ti­que­ment hau­te­ment incorrect; Pierre Des­prosges. Me voi­là donc po­li­ti­que­ment in­cor- rect, car on ne ri­gole pas des dic­ta­tures!

Do­nald et Oncle Pic­sou

Le po­li­ti­que­ment cor­rect, ras le bol! C’est en gros ce qu’ont dé­cla­ré à la face du monde une (pe­tite) ma­jo­ri­té d’Amé­ri­cains en créant la sur­prise Do­nald Trump. Les mé­dias, les élites et le monde de la pen­sée po­li­ti­que­ment cor­recte n’y croyaient pas? Eh bien tant pis. Do­nald est au fi­nal la sur­prise de l’an­née. Je ne parle bien évi­dem­ment pas du Do­nald qui pos­sède sa propre tour dans Man­hat­tan et une mou­moute qui va faire fu­reur au pro­chain mar­di gras ; lui, c’est oncle Pic­sou. Non, je parle de son ne­veu, Do­nald, lui-même ac­com­pa­gné de ses tur­bu­lents ne­veux Ri­ri, Fi­fi, et Lou­lou quand il va pas­ser la jour­née à Dis­ney­land Pa­ris. Car on l’a ap­pris il y a peu: Dis­ney­land Pa­ris a réa­li­sé une an­née noire en 2016, avec une chute de fré­quen­ta­tion de 10 %, ce qui si mes cal­culs sont exacts fait quand même 1,4 mil­lion de vi­si­teurs en moins. « La faute aux at­ten­tats » en­tend-on crier le coeur des vierges una­nime, sur fond de cou­plet gou­ver­ne­men­tal sur le rôle du cli­mat so­cial et sé­cu­ri­taire dans les mau­vais ré­sul­tats de cette sai­son tou­ris­tique. Dif­fi­cile de nier. Mais alors, ex­pli­quez-nous pour­quoi le Puy du Fou, deuxième parc d’at­trac­tions français par le nombre d’en­trées, a réa­li­sé une an­née re­cord? Ben oui, c’est aus­si dans la presse, mais moins mis en avant!

Le spec­tacle vi­vant de « Rè­gle­ment de comptes à Notre Dame des Landes »

Y ver­rait-on le soup­çon de l’em­bryon d’une prise de conscience, et sur­tout d’une at­tente du pu­blic pour d’autres dis­trac­tions ( d’autres « ex­pé­riences ») que celles dic­tées par le consu­mé­risme à ou­trance dans des loi­sirs eux aus­si uni­for­mi­sés par les dik­tats de la mon­dia­li­sa­tion? En ce qui concerne le mo­dèle Dis­ney, peu­têtre est- on ar­ri­vé au terme d’un cycle, avec des ci­toyens qui ne sont plus prêts à dé­pen­ser pour n’im­porte quoi et veulent un vé­cu plus pro­fond en re­tour. Pour en re­ve­nir à ce dé­sir d’ex­pé­rience que nous ra­bâchent les so­cio­logues du mar­ke­ting, peut- être Do­nald (Trump, cette fois), en fait-il par tie ?... Bon, l’Amé­rique et les Amé­ri­cains, c’est loin. À y ré­flé­chir, l’at­trait pour l’Amé­rique de l’Ho­mo lu­dens n’est pour­tant pas une chose nou­velle. Ain­si, mon pre­mier sou­ve­nir d’un parc d’at­trac­tions est ce­lui de la Mer de Sable, pre­mier parc français créé par Jean Ri­chard, l’homme du cirque épo­nyme mais aus­si du cé­lèbre com­mis­saire à la pipe, Mai­gret, sur le thème de la conquête de l’Ouest, avec spec­tacle de che­vau­chées des Cheyennes et de rè­gle­ments de comptes dans le sa­loon dans le ton­nerre des Colts (un ef­fet du deuxième amen­de­ment, pro­ba­ble­ment…). Plus drôle que le spec­tacle vi­vant « Rè­gle­ments de comptes à l’ouest de Notre Dame des Landes », alors que nombre de cam­pings fran-

Du Puy du Fou plu­tôt que du Dis­ney

Les mises en scène ont bien sûr évo­lué: on se doute qu’il se­rait fran­che­ment po­li­ti­que­ment incorrect de faire ti­rer comme des la­pins des na­tifs amé­ri­cains seule­ment ar­més d’arcs – et aus­si, en pas­sant, de cou­rage et d’une grande sa­gesse en­vi­ron­ne­men­tale. Que pour­rions-nous in­ven­ter, nous, pro­fes­sion­nels du tou­risme, pour sus­ci­ter chez nos clients une ex­pé­rience forte et qui soit dans le po­li­ti­que­ment cor­rect? Il existe par exemple au Mexique un parc d’at­trac­tions qui pro­pose comme cli­max de l’ex­pé­rience client une si­mu­la­tion de fran­chis­se­ment de la fron­tière des États-Unis dans la peau d’un mi­grant clan­des­tin, avec gardes, chiens et tout… Ose-t-on ima­gi­ner une croi­sière sur le thème de la tra­ver­sée clan­des­tine de la Mé­di­ter­ra­née entre les mains de faux pas­seurs plus vrais que na­ture? Dans un autre re­gistre, la pers­pec­tive d’un dî­ner vé­gane pour le ré­veillon de la Saint Syl­vestre en com­pa­gnie de bouf­feurs de graines aus­si consti­pés que po­li­ti­que­ment cor­rects puis­qu’ils ne font pas de mal aux ani­maux, n’est pas fran­che­ment plus ré­jouis­sante ( pour le pa­lais, s’en­tend !). Ajou­tez- y une so­no qui dif­fuse du slam – mu­sique po­li­ti­que­ment bien­séante puisque ve­nant des ci­tés –, et vous ima­gi­nez le fun de la soi­rée… Alors que notre mi­nistre du Tou­risme, qui n’en est pas un d’ailleurs, ex­plique un cer­tain désa­mour des tou­ristes pour la France par la peur des at­ten­tats, il se­rait peut-être in­té­res­sant d’en­vi­sa­ger une autre cause, jus­ti­fiant donc d’autres ac­tions: et si l’offre fran­çaise ne col­lait plus aux at­tentes d’un tou­risme qui a évo­lué, et qui re­cherche avant tout de l’au­then­ti­ci­té, de la sin­cé­ri­té, de l’émo­tion po­si­tive. Bref, du Airbnb plu­tôt que de l’hô­tel; du Puy du Fou plu­tôt que du Dis­ney , du cam­ping na­ture ?plu­tôt que du vil­lage club Nos cam­pings au­raient cer­tai­ne­ment beau­coup à ap­prendre aux ana­lystes of­fi­ciels du Tou­risme un peu trop aveu­glés par l’ava­lanche de rè­gle­men­ta­tions tel­le­ment po­li­ti­que­ment cor­rectes, mais si peu éco­no­mi­que­ment pro­duc­tives! ■

« Un dî­ner de ré­veillon en com­pa­gnie de vé­ganes c’est po­li­ti­que­ment très cor­rect, mais est-ce que ça fait en­vie? »

Le pre­mier parc à thème français a ou­vert en 1963, et il était l’oeuvre du co­mé­dien et homme de cirque Jean Ri­chard, sur le thème des lé­gendes du Far West: l’Ouest sau­vage a pris ré­cem­ment une tour­nure moins lu­dique…

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