LES CAM­PINGS DANS UNE DY­NA­MIQUE

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DE DÉ­VE­LOP­PE­MENT DU­RABLE

Le moins qu’on puisse dire est que les for­ma­tions et in­for­ma­tions liées à la RSE – la Res­pon­sa­bi­li­té So­ciale d’En­tre­prise – ne font pas vrai­ment re­cette au­près des cam­pings. Pour­tant, en tant qu’ac­teurs éco­no­miques, en­vi­ron­ne­men­taux et so­ciaux, l’hô­tel­le­rie de plein air est bien plus que d’autres sec­teurs en­ga­gée dans le dé­ve­lop­pe­ment du­rable des ré­gions. Si ses ac­teurs en sont eux-mêmes fer­me­ment convain­cus, ils au­ront cer­tai­ne­ment moins de mal à en convaincre les au­to­ri­tés ad­mi­nis­tra­tives et po­li­tiques, et à mettre ain­si du lu­bri­fiant dans un rouage de rap­ports qui a par­fois ten­dance à grip­per. Mais au juste, qu’est-ce que la RSE?

La RSE (Res­pon­sa­bi­li­té So­ciale des En­tre­prises, ou Res­pon­sa­bi­li­té So­cié­tale des En­tre­prises) re­groupe l’en­semble des pra­tiques mises en place par les en­tre­prises dans le but de res­pec­ter les prin­cipes du dé­ve­lop­pe­ment du­rable, c’est-à-dire être éco­no­mi­que­ment viable, avoir un im­pact po­si­tif sur la so­cié­té mais aus­si mieux res­pec­ter l’en­vi­ron­ne­ment. L’émer­gence de l’idée du dé­ve­lop­pe­ment du­rable est conco­mi­tante avec celle de la so­cié­té in­dus­trielle. A par­tir de la deuxième moi­tié du XIXe siècle, les so­cié­tés oc­ci­den­tales com­mencent à consta­ter que leurs ac­ti­vi­tés no­tam­ment éco­no­miques et in­dus­trielles ont un im­pact si­gni­fi­ca­tif sur l’en­vi­ron­ne­ment et sur l’équi­libre social. L’un des prin­ci­paux mi­li­tants de cette thèse en se­ra l’écri­vain amé­ri­cain Hen­ri Da­vid Tho­reau dès les an­nées 1850-60. Plu­sieurs crises éco­lo­giques et so­ciales (krachs fi­nan­ciers, désastres in­dus­triels ou liés à des nau­frages de na­vires pé­tro­liers, etc.) vont avoir lieu dans le monde et vont faire prendre conscience qu’il faut un mo­dèle plus du­rable. C’est dans les an­nées 1968-72 que le tout nou­vel­le­ment fon­dé Club de Rome pu­blie­ra un pre­mier rap­por t « Les li­mites de la crois­sance. » A par­tir de là, un mou­ve­ment de plus en plus in­ter­na­tio­nal se met en place pour dé­non­cer les dé­rives de la so­cié­té de consom­ma­tion, de l’in­dus­trie et de l’éco­no­mie in­ter­na­tio­nale. Les re­pré­sen­tants de ce mou­ve­ment sont no­tam­ment les al­ter­mon­dia­listes, les éco­lo­gistes, les tier­mon­distes… Face à la mul­ti­pli­ca­tion des ca­tas­trophes éco­lo­giques et so­ciales, de plus en plus d’in­di­vi­dus et de ci­toyens internationaux ré­clament la prise en compte de l’en­vi­ron­ne­ment et de la jus­tice so­ciale par les gou­ver­ne­ments.

Prendre en compte toutes les par­ties pre­nantes

L’Union Eu­ro­péenne, afin de pro­po­ser un cadre pour les en­tre­prises sou­hai­tant s’in­ves­tir dans le dé­ve­lop­pe­ment du­rable, a pu­blié en 2001 un Livre Vert de la Res­pon­sa­bi­li­té So­ciale des En­tre­prises. Elle y donne la dé­fi­ni­tion de la RSE sui­vante : « L’in­té­gra­tion vo­lon­taire des pré­oc­cu­pa­tions so­ciales et éco­lo­giques des en­tre­prises à leurs ac­ti­vi­tés com­mer­ciales et leurs re­la­tions avec leurs par­ties pre­nantes. Être so­cia­le­ment res­pon­sable si­gni­fie non seule­ment sa­tis­faire plei­ne­ment aux obli­ga­tions ju­ri­diques ap­pli­cables, mais aus­si al­ler au-de­là et in­ves­tir « davantage » dans le ca­pi­tal hu­main, l’en­vi­ron­ne­ment et les re­la­tions avec les par­ties pre­nantes ». De son cô­té, l’ISO (In­ter­na­tio­nal Or­ga­ni­sa­tion for Stan­dar­di­sa­tion), or­ga­ni­sa- tion char­gée de dé­fi­nir les stan­dards internationaux qui ré­gissent le com­merce des en­tre­prises, s’est éga­le­ment pen­chée sur la dé­fi­ni­tion de la RSE dans un do­cu­ment pu­blié par le groupe de tra­vail sur la Norme ISO 26000 sur la Res­pon­sa­bi­li­té So­ciale des En­tre­prises. Dans ces lignes di­rec­trices, l’ISO donne la dé­fi­ni­tion de la RSE sui­vante : « La res­pon­sa­bi­li­té d’une or­ga­ni­sa­tion vis-à-vis des im­pacts de ses dé­ci­sions et ac­ti­vi­tés sur la so­cié­té et sur l’en­vi­ron­ne­ment, se tra­dui­sant par un comportement éthique et trans­pa­rent qui contri­bue au dé­ve­lop­pe­ment du­rable, y com­pris à la san­té et au bien-être de la so­cié­té ; prend en compte les at­tentes des par­ties pre­nantes ; res­pecte les lois en vi­gueur et qui est en ac­cord avec les normes in­ter­na­tio­nales de comportement ; et qui est in­té­gré dans l’en­semble de l’or­ga­ni­sa­tion et mis en oeuvre dans ses re­la­tions ».

Une stra­té­gie ga­gnant-ga­gnant

L’idée que les en­tre­prises doivent faire de la RSE, doivent être res­pon­sables, prend ses ra­cines dans les tra­vaux de cer­tains ma­na­gers amé­ri­cains dans les an­nées 1950. Leur idée ? Si les en­tre­prises ne se concentrent plus uni­que­ment sur leurs pro­fits mais aus­si sur

« En tant qu’ac­teurs éco­no­miques, en­vi­ron­ne­men­taux et so­ciaux, l’hô­tel­le­rie de plein air est bien plus que d’autres sec­teurs en­ga­gée dans le dé­ve­lop­pe­ment du­rable des ré­gions. »

l’im­pact qu’elles ont sur la so­cié­té, elles en ti­re­ront bé­né­fice. Par exemple, si une en­tre­prise paie mieux ses sa­la­riés, elle contri­bue à leur don­ner du pou­voir d’achat, avec le­quel ces der­niers vont peut-être ache­ter les pro­duits de l’en­tre­prise. C’est une stra­té­gie ga­gnant- ga­gnant. Et si une en­tre­prise gère mieux son im­pact sur l’en­vi­ron­ne­ment, elle fe­ra des éco­no­mies à long terme en évi­tant de de­voir gé­rer des ca­tas­trophes na­tu­relles. Ho­ward Bo­wen pu­blie en 1953 un ou­vrage in­ti­tu­lé « La res­pon­sa­bi­li­té so­ciale du bu­si­ness­man » dans le­quel il ex­plique pour­quoi les en­tre­prises ont in­té­rêt à être plus res­pon­sables et donne la pre­mière dé­fi­ni­tion « re­con­nue » de la RSE.

Stra­té­gie de concur­rence

Avec le dé­ve­lop­pe­ment des pré­oc­cu­pa­tions en­vi­ron­ne­men­tales, mais aus­si so­ciales et éco­no­miques dans la 2e moi­tié du XXe siècle, la res­pon­sa­bi­li­té des en­tre­prises de­vient un en­jeu de plus en plus im­por tant. De plus en plus de consom­ma­teurs de­viennent cri­tiques vis-à-vis des en­tre­prises et veulent que ces der­nières res­pectent mieux les lois, l’en­vi­ron­ne­ment et soient plus res­pon­sables en gé­né­ral. De ce fait, à par­tir des an­nées 1990 et 2000, dans plu­sieurs pays du monde les gou­ver­ne­ments mettent en place des rè­gle­men­ta­tions qui vont po­ser les bases de la RSE mo­derne. En France, les lois NRE vont être les pre­mières, à obli­ger les en­tre­prises à rendre pu­bliques leurs per for­mances en ma­tière de dé­ve­lop­pe­ment du­rable. Elles se­ront sui­vies par di­verses ré­gle­men­ta­tions comme les lois Gre­nelle ou les Lois de Vi­gi­lance. À par­tir de là, les en­tre­prises vont être en quelque sorte obli­gées de s’in­ves­tir dans la RSE, afin de ne pas se lais­ser dis­tan­cer par leurs concur­rents. On com­mence alors à par­ler de « RSE » comme un ou­til de ma­na­ge­ment, de com­mu­ni­ca­tion et de dé­ve­lop­pe­ment pour les en­tre­prises. La RSE est de­ve­nue in­dis­pen­sable pour amé­lio­rer l’image des en­tre­prises au­près des consom­ma­teurs, mais aus­si afin de mieux gé­rer les res­sources de l’en­tre­prise et d’amé­lio­rer la pro­duc­ti­vi­té in­terne. Dif­fi­cile au­jourd’hui de trou­ver une en­tre­prise qui n’ait pas un rap­port

« Des pro­grammes d’in­ser­tion so­ciale au ni­veau lo­cal »

RSE, une équipe RSE, ou au moins une stra­té­gie de com­mu­ni­ca­tion dé­diée à la RSE.

So­ciale, cultu­relle et même édu­ca­tive

De nom­breux ou­tils se dé­ve­loppent dans cette pé­riode pour per­mettre aux en­tre­prises de mieux quan­ti­fier leurs per for­mances et leurs ac­tions en ma­tière de dé­ve­lop­pe­ment du­rable. Par exemple, les en­tre­prises uti­lisent dé­sor­mais l’ACV (Ana­lyse de Cycle de Vie) pour quan­ti­fier leurs émis­sions de gaz à ef­fet de serre et leurs im­pacts sur l’en­vi­ron­ne­ment. Au­jourd’hui, la RSE est vé­ri­ta­ble­ment ins­ti­tu­tion­na­li­sée dans le monde de l’en­tre­prise. Con­crè­te­ment, les dé­marches et stra­té­gies RSE ren­voient aux dif­fé­rentes po­li­tiques mises en place dans les en­tre­prises pour contri­buer par exemple à la pro­tec­tion de l’en­vi­ron­ne­ment, la ré­duc­tion des émis­sions de gaz à ef­fet de serre, mais aus­si à l’amé­lio­ra­tion de la qua­li­té des pro­duits, l’in­clu­sion so­ciale, ou le dé­ve­lop­pe­ment éco­no­mique… Si on as­so­cie beau­coup la RSE à la pro­tec­tion de l’en­vi­ron­ne­ment, ce n’est donc pas le seul do­maine où elle in­ter vient. Éco­no­mique, so­ciale, cultu­relle et même édu­ca­tive : la RSE est pré­sente dans tous les do­maines. En France, la RSE est sou­mise à dif­fé­rentes ré­gle­men­ta­tions, no­tam­ment celles is­sues des lois Gre­nelle, qui dé­fi­nissent les obli­ga­tions des en­tre­prises en ma­tière de re­por­ting RSE. Glo­ba­le­ment, il n’y a pas en France de norme qui dé­fi­nisse des stan­dards de per­for­mance RSE en tant que tel. Par exemple, au­cune loi n’oblige les en­tre­prises à ré­duire leurs émis­sions de gaz à ef­fet de serre, ou à mettre en place une stra­té­gie de ré­duc­tion des déchets. En re­vanche, il existe des obli­ga­tions en ma­tière d’in­for­ma­tion du pu­blic. Les en­tre­prises sou­mises aux lois Gre­nelle doivent ain­si ef­fec­tuer un re­por­ting ex­tra fi­nan­cier conte­nant entre autres leurs émis­sions de CO2 et d’autres in­dices de per­for­mance éco­no­mique, en­vi­ron­ne­men­tale et so­ciale. De ce fait, ce­la consti­tue un in­ci­ta­tif pour les en­tre­prises à en­tre­prendre des stra­té­gies de ré­duc­tion de leurs im­pacts. D’autre part, l’ADEME et l’AFNOR sont deux ins­tances pu­bliques char­gées d’ac­com­pa­gner les en­tre­prises dans leur dé­marche RSE / Dé­ve­lop­pe­ment du­rable. Elles ap­portent conseil et moyen aux en­tre­prises qui s’en­gagent dans cette voie, et sont le re­lais des normes in­ter­na­tio­nales de la RSE.

Les PME aus­si

A l’heure ac­tuelle, la RSE est en pleine évo­lu­tion. Les en­tre­prises cherchent à dé­fi­nir de nou­veaux moyens d’agir pour le dé­ve­lop­pe­ment du­rable, afin d’amé- lio­rer leurs per­for­mances et aus­si leur image. La RSE pro­fite éga­le­ment des évo­lu­tions tech­no­lo­giques et éco­no­miques et elle est donc sus­cep­tible de chan­ger très ra­pi­de­ment. On peut tout de même dé­fi­nir cer­taines ten­dances dans la RSE. La com­mu­ni­ca­tion RSE est l’un des do­maines de ré­flexion les plus forts ces der­nières an­nées. Les en­tre­prises cherchent de nou­veaux moyens de faire connaître leur ac­tion, de la va­lo­ri­ser, et de comp­ta­bi­li­ser sur leur RSE en termes d’image. Pour les PME qui consti­tuent l’es­sen­tiel du tis­su éco­no­mique sur le ter­ri­toire et dont les cam­pings font par­tie, la dé­fi­ni­tion de la RSE est par­ti­cu­lière. La RSE est es­sen­tiel­le­ment un concept des­ti­né aux grandes en­tre­prises. Par exemple, en France, l’es­sen­tiel des normes qui font la dé­fi­ni­tion de la RSE est des­ti­né aux grandes voire très grandes en­tre­prises : le re­por­ting est une obli­ga­tion des­ti­née aux en­tre­prises de plus de 500 sa­la­riés no­tam­ment. De plus, dans le cadre d’une PME aux moyens li­mi­tés, l’in­ves­tis­se­ment dans la RSE peut pa­raître dif­fi­cile voire in­utile. Mais en réa­li­té, la RSE se dé­fi­nit de plus en plus comme un ou­til de ges­tion et de per­for­mance pour les PME. Le re­tour sur in­ves­tis­se­ment de la RSE pour les PME est fort, et de plus en plus d’ou­tils existent pour se lan­cer. Pour les PME, mettre en place une stra­té­gie de RSE peut avoir de nom­breux avan­tages: faire des éco­no­mies, de ré­duire son im­pact en­vi­ron­ne­men­tal, d’amé­lio­rer son im­pact social et éco­no­mique et de ga­gner en com­pé­ti­ti­vi­té et en pro­duc­ti­vi­té. La RSE peut donc être un ou­til pour dy­na­mi­ser l’ac­ti­vi­té des PME.

Des ou­tils adap­tés aux PME

Pas fa­cile, di­rez-vous, quand on ne dis­pose pas des ou­tils d’ana­lyse et de re­por ting des grandes en­tre­prises. C’est à l’usage des PME que des spé­cia­listes ont dé­ve­lop­pé un sys­tème simple qui se pré­sente sous forme d’un ta­bleau de bord as­sez fa­cile à mettre en place. Les au­teurs se sont fon­dés sur le Guide SD 21 000 de l’Afnor, qui pro­pose un au­to­diag­nos­tic de dé­ve­lop­pe­ment du­rable. Quant aux in­di­ca­teurs de per­for­mance, ils ont été sim­pli­fiés en se ba­sant sur des in­di­ca­teurs du Glo­bal Re­por­ting Ini­tia­tive. Pour ter­mi­ner sur une note en­core plus po­si­tive, on sait aus­si que les en­tre­prises qui pra­tiquent la RSE sont sou­vent plus pro­duc­tives que les autres, plus ré­si­lientes et plus com­pé­ti­tives. Et plu­sieurs études dé­montrent aus­si que les sa­la­riés des PME en­ga­gées dans la RSE sont des sa­la­riés plus heu­reux dans leur tra­vail. Et un sa­la­rié plus heu­reux, c’est au bout du compte un client plus heu­reux aus­si ! ■

« La RSE se dé­fi­nit aus­si comme un ou­til de ges­tion et de crois­sance pour les en­tre­prises. Le re­tour sur in­ves­tis­se­ment pour les PME est fort. »

Hen­ri Da­vid Tho­reau fut l’un des pre­miers ac­ti­vistes à oser re­mettre en cause un sys­tème in­dus­triel qui ne se sou­cie­rait pas de l’ave­nir de la pla­nète, al­lant jus­qu’à évo­quer le terme de « déso­béis­sance ci­vile » quand ce­la est né­ces­saire. C’est cette pre­mière prise de conscience qui est à l’ori­gine de la créa­tion du pre­mier parc na­tu­rel amé­ri­cain, Yel­lows­tone, dans la se­conde moi­tié du XIXe siècle.

Par leur am­pleur et leurs consé­quences ca­tas­tro­phiques sur l’en­vi­ron­ne­ment ma­rin (et le tou­risme!), les ma­rées noires ont contri­bué à la po­pu­la­ri­sa­tion de la sau­ve­garde de l’en­vi­ron­ne­ment. Mais si l’on compte l’en­semble des na­vires en mau­vais état et sou­vent sous pa­villons de com­plai­sance qui sillonnent les océans, il y a de quoi faire froid dans le dos. Plus ja­mais de nou­vel Eri­ka? On ai­me­rait pou­voir s’en per­sua­der…

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