SA­LUT LES PAUVRES !

Décisions - - Sommaire - Do­mi­nique BOISSAY

Si la France se flatte de ses 83 mil­lions de tou­ristes ac­cueillis – on parle de 2017 –, il n’y a en re­vanche pas de quoi pa­voi­ser sur l’ar­gent que ces bons tou­ristes dé­pensent lors de leur sé­jour. Une in­té­res­sante étude réa­li­sée par l’agence spé­cia­li­sée en in­gé­nie­rie tou­ris­tique et hô­te­lière Coach Om­nium, place ain­si la France au 63e rang du bud­get par vi­si­teur, avec un pa­nier moyen de 514 eu­ros. On est proche des chiffres connus pour le pa­nier moyen en cam­ping, mais 514 eu­ros, ça nous met loin der­rière l’Es­pagne, notre prin­ci­pal chal­len­ger tou­ris­tique avec 75 mil­lions de vi­si­teurs, où le tou­riste dé­pense 799 eu­ros pen­dant son sé­jour. On ne fe­ra pas la com­pa­rai­son avec un étrange pe­tit pays fron­ta­lier où cha­cun du mil­lion de vi­si­teurs « dé­pense » 4072 eu­ros en moyenne… L’his­toire ne dit pas où vont les mil­liers d’eu­ros dé­pen­sés au Luxem­bourg, mais il faut rap­pe­ler que l’on in­clut dans les en­trées tou­ris­tiques les voya­geurs d’af­faire, quelle que soit la mo­ti­va­tion des­dites af­faires… Tout de même, cette his­toire d’Es­pagne est per­tur­bante. Comment ex­pli­quer que le bud­get ac­cor­dé par les tou­ristes soit de plus de 250 eu­ros su­pé­rieur dans un pays où la vie – l’ali­men­ta­tion, en tout cas – est ré­pu­tée un peu moins oné­reuse qu’en France? Les tou­ristes qui vi­sitent l’Al­ham­bra se­raient-ils plus ai­sés que ceux qui se rendent à Cham­bord? Le bud­get ha­bille­ment dé­pen­sé chez Za­ra dé­pas­se­rait-il ce­lui ré­ser­vé à Vuit­ton? Ou, de fa­çon plus prag­ma­tique, la se­maine de lo­ca­tion d’un bun­ga­low en cam­ping sur la Cos­ta Bra­va coû­te­rait-elle beau­coup plus cher qu’aux Sables d’Olonne? Il y a là un casse-tête au­quel une ré­cente dis­cus­sion avec des tou­ristes amé­ri­cains – donc peu soup­çon­nables de pré­fé­rence pour l’une ou l’autre par­tie –, ren­trant d’un sé­jour sous un so­leil ibé­rique au­quel le cli­mat fran­çais n’avait cet été rien à en­vier, peut ap­por­ter un dé­but d’ex­pli­ca­tion : « En Es­pagne, on a en­vie de dé­pen­ser et de faire la fête. Tout s’y prête; les ter­rasses des ca­fés, la gaie­té des ha­bi­tants, l’ac­cueil sou­riant des res­tau­ra­teurs »… Constat que nos tou­ristes n’ont pas man­qué de pour­suivre par cette pe­tite phrase as­sas­sine: « Ici, on a l’im­pres­sion que les gens font la gueule. C’est triste. Même les ser­veurs de res­tau­rant vous toisent comme si on était des pauvres. Fran­che­ment, ça donne pas en­vie de faire la fête ». Voi­là peut-être un as­pect des choses qui, faute d’ex­pli­quer en to­ta­li­té la dé­mo­ti­va­tion des tou­ristes à dé­pen­ser leurs es­pèces son­nantes et tré­bu­chantes, a au moins le mé­rite de nous re­mettre le nez dans une vé­ri­té trop sou­vent ou­bliée: le mé­tier du tou­risme, c’est avant tout l’ac­cueil. C’est fou comme à la vue d’un sou­rire, nos pauvres de­viennent tout à coup un peu plus riches!

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