CAM­PING LES VIGNES

Décisions - - Sommaire - Lae­ti­tia Bon­net

LA CONFIANCE ET L’AU­THEN­TI­CI­TÉ

À Saint-Au­gus­tin-sur-Mer, en Cha­rente-Ma­ri­time, les gé­rants du cam­ping Les Vignes pri­vi­lé­gient une re­la­tion au­then­tique avec leur clien­tèle et se donnent sans comp­ter pour pro­po­ser un site propre, do­té d’équi­pe­ments, avec des hé­ber­ge­ments au juste prix. C’est un pe­tit vil­lage de Cha­rente-Ma­ri­time, en­tou­ré de champs, sé­pa­ré de la plage par cinq ki­lo­mètres de fo­rêt. Entre terre et mer, le cam­ping Les Vignes***, à Saint-Au­gus­tin­sur-Mer, of fre 160 em­pla­ce­ments ré­par­tis sur 4,5 hec­tares et deux zones sé­pa­rées par une pe­tite route peu fré­quen­tée. De­puis la pis­cine, si­tuée dans la zone prin­ci­pale, les clients ont vue sur les prai­ries alen­tour. Mo­deste mais bien en­tre­te­nu et calme, ce cam­ping plaît à de nom­breux fi­dèles qui y ont leurs ha­bi­tudes de­puis par­fois 30 ans. « Les clients disent de notre cam­ping qu’il est « pé­père », s’amuse Na­dia Guillot, qui le gère avec son ma­ri, Da­niel Guillot, fon­da­teur du lieu avec ses pa­rents. « Mon père, un pas­sion­né d’agri­cul­ture, avait dé­jà créé un cam­ping à la ferme dans les an­nées 1970. Ma condi­tion pour res­ter ici, c’était de dé­ve­lop­per cette ac­ti­vi­té tou­ris­tique. Il au­rait sans doute pré­fé­ré que je m’in­té­resse aux bo­vins comme lui, mais il était avant tout un en­tre­pre­neur. Nous avons donc inau­gu­ré “Les Vignes” en 1986. J’avais 23 ans », se sou­vient Da­niel Guillot. C’est le dé­but d’une aven­ture fa­mi­liale. Les clients ap­pré­cient l’au­then­ti­ci­té du lieu et des gé­rants. La ré­cep­tion se fait dans la cui­sine des pa­rents de Da­niel, sur la grande table en bois. En 1993, le cam­ping s’équipe de ses pre­miers mo­bil-homes neufs, com­mer­cia­li­sés par le groupe Ha­ven. Il compte alors 95 em­pla­ce­ments, plus le cam­ping à la ferme qui ac­cueille des jeunes en co­lo­nie. « À l’époque, le bloc sa­ni­taire prin­ci­pal, construit dès l’ou­ver­ture, était tout à fait ori­gi­nal avec ses portes en bois et un es­prit pa­tio. Il a été des­si­né par un ar­chi­tecte lo­cal, Émile Gendre », se re­mé­more-t-il. Mais l’ac­ti­vi­té vi­vote, et Da­niel Guillot res­sent bien­tôt de nou­veau l’en­vie de par­tir. « Le cam­ping ne fonc­tion­nait pas bien. Nous étions si­tués trop loin de la mer et nous n’avions au­cune ré­pu­ta­tion. J’ai alors pas­sé un con­cours pour in­té­grer une école d’in­fir­miers à Mont­pel­lier. Mais en 1995, mon père a ven­du une grande par­tie de ses bo­vins et a pro­po­sé de prê­ter cet ar­gent pour construire une pis­cine. Fi­na­le­ment, je ne suis pas par­ti! Nous sommes pas­sés en deux étoiles, et au même mo­ment, des pro­prié­taires de mo­bil-homes sont ve­nus s’ins­tal­ler chez nous, car d’autres cam­pings ne sou­hai­taient plus les ac­cueillir avec leurs “vieux” mo­dèles. C’est pour ce­la que vous voyez en­core des mo­bil­homes à toit plat ici ! Nous les en­le­vons pro­gres­si­ve­ment », ra­conte-t-il.

La né­ces­si­té du choix

Le cam­ping se dé­ve­loppe au fil des an­nées. Da­niel Guillot fait beau­coup de tra­vaux lui-même. Avec sa trac­to­pelle, il a creu­sé des ré­seaux, des che­mins, construit une par­tie du res­tau­rant en 2000, le ter­ras­se­ment de la pis­cine… La mère de Da­niel a plan­té beau­coup d’arbres, de fleurs. « On

avait peu de moyens et je ne vou­lais pas trop em­prun­ter. Quand vous avez un pe­tit cam­ping fa­mi­lial, il faut être bri­co­leur! » sou­rit-il. La fa­mille est sur tous les fronts. Outre le cam­ping, elle ex­ploite sur les terres agri­coles cinq hec­tares de vignes – d’où le nom du lieu – et pro­duit pi­neau, co­gnac, vin mous­seux, ven­dus en di­rect. À ce­la s’ajoutent 15 hec­tares de cé­réales et de tour­ne­sols. Na­dia, qui a ren­con­tré Da­niel à la fin des an­nées 1990, s’oc­cupe des vignes et du mé­nage avec sa belle-mère. Et à par­tir de la sai­son 2006, la fa­mille élar­gie met la main à la pâte – en­fants, ne­veux, nièces… Mais gé­rer une double ac­ti­vi­té s’avère de plus en plus dif­fi­cile. « En 2007 j’ai dé­ci­dé d’ajou­ter des to­bog­gans aqua­tiques, un in­ves­tis­se­ment qui re­pré­sen­tait à l’époque près de 150 000 eu­ros. J’ai vou­lu faire une grosse par­tie des tra­vaux moi-même… mais c’était le chan­tier de trop, j’ai eu des sou­cis de san­té », ra­conte Da­niel, qui a dû se ré­soudre à stop­per l’ac­ti­vi­té vi­ti­cole pour se pré­ser ver. Ces to­bog­gans aqua­tiques – les plus grands par­mi les éta­blis­se­ments du vil­lage – ont fi­na­le­ment ou­vert en 2009, et en 2013 un ter­rain mul­ti­sports est créé. Les der­niers in­ves­tis­se­ments concernent un tram­po­line géant pour les en­fants, et cette an­née une nou­velle pis­cine – plus grande – avec banc de mas­sage et jets d’eau.

Main­te­nir des prix at­trac­tifs

Le cam­ping, 3 étoiles de­puis 2011, compte au­jourd’hui 120 mo­bil-homes dont la moi­tié en lo­ca­tif, 40 em­pla­ce­ments nus, trois em­pla­ce­ments pour des cam­ping-cars, et trois ca­ra­vanes en lo­ca­tion, conser­vées car des ha­bi­tués les ré­clament. « Beau­coup de pro­prié­taires sont là de­puis long­temps. Leurs mo­bil-homes ont vieilli, mais je ne veux pas les chas­ser ! Nous leur louons les em­pla­ce­ments 2000 eu­ros par an, eau et élec­tri­ci­té in­clus. C’est peu, et nous n’avons pas ins­tau­ré de droit d’en­trée. Il y a une forte de­mande pour cette tranche de ta­rif, mais je n’ai plus de places. Nous te­nons à gar­der 50 % de lo­ca­tif » , ex­plique Da­niel Guillot, qui re­vend par­fois des mo­bil-homes d’oc­ca­sion mais plus ré­cents à ses pro­prié­taires de­man­deurs. Les lo­ca­tions sont ré­par­ties en quatre ca­té­go­ries: sur des em­pla­ce­ments de 100 m2, les mo­bil-homes « Éco », 4-6 places, sans eau chaude ; les « Confort 2 » avec deux chambres, de l’eau chaude mais sans mi­cro-ondes, ni TV, ni ter­rasse; les « Confort 1 » sur 150 m2 de ter­rain, deux chambres avec TV, mi­croondes et ter­rasse, et les « Confort 4 », avec ces mêmes pres­ta­tions et 3 chambres. Da­niel Guillot s’équipe « ma­lin » : « J’ai prin­ci­pa­le­ment in­ves­ti dans des oc­ca­sions, hor­mis aux dé­buts des an­nées 2000, où j’ache­tais des mo­bil-homes IRM di­rec­te­ment à l’usine. Nous avons en­core des toits plats en lo­ca­tif, que je rem­place pe­tit à pe­tit. Pour moi, c’est une au­baine de ra­che­ter des mo­bil­homes ayant 5 à 8 ans d’exis­tence, et que l’on peut re­mettre qua­si­ment à neuf. Si be­soin, nous chan­geons le li­no, ré­pa­rons les meubles, chan­geons les ri­deaux, les cous­sins. Je pour­rais aus­si ache­ter du neuf, mais j’es­time que c’est un peu du gas­pillage, et nous de­vrions aug­men­ter nos prix », ex­plique-t-il. En 2005, il a re­ven­du ses douze ca­ra­vanes de lo­ca­tion et les a rem­pla­cées par dix mo­bil-homes. Il les loue sans eau chaude – mais près des sa­ni­taires – pour gar­der une offre en­trée de gamme (Éco) équi­va­lente à celle des ca­ra­vanes, en plus con­for­table. « Des clients nous disent que main­te­nir ce ta­rif leur per­met de par tir en va­cances... L’hu­mi­li­té de ce cam­ping se tra­duit aus­si sur le prix de lo­ca­tion aux clients. Beau­coup d’ou­vriers vien- nent ici. Nous re­ce­vons très peu d’étran­gers. Notre clien­tèle est fran­çaise, fa­mi­liale et mo­deste. Elle cherche un cam­ping sym­pa mais dans le­quel ne pas trop dé­pen­ser. Je n’ai plus d’em­prunt, le cam­ping est amor­ti, et je ne cherche pas for­cé­ment à ga­gner plus, alors je pri­vi­lé­gie le rap­port qua­li­té-prix », ajoute-t-il. À titre d’exemple, un mo­bil-home « Éco » se loue au­tour de 430 € la se­maine en juillet, et le « Confort 1 » de 396 € dé­but juillet à 674 € au plus fort du mois d’août. Na­dia et Da­niel Guillot ont à coeur d’ac­cueillir des fa­milles : « Ici, il y a de la mar­maille par­tout ! Nos en­fants ont gran­di avec ceux des clients du cam­ping, qui re­viennent à l’âge adulte. Nous re­ce­vons aus­si des grands- pa­rents avec leurs pe­tits en­fants, et par­fois des co­lo­nies dé­but juillet ou fin août », pré­cise Na­dia, qui aime par­ler aux clients au té­lé­phone pour éta­blir un pre­mier contact. Ils

ont fait le choix de ne pas ins­tal­ler de bar­rières sur leurs cinq sor­ties, et de ne pas faire payer les vi­si­teurs. « On aime bien la to­lé­rance, la li­ber­té, et nos clients ap­pré­cient de se sen­tir libres de leurs mou­ve­ments » ajoute-telle. Na­dia tra­vaille sans lo­gi­ciel de ré­ser­va­tion et fait ses plan­nings sur pa­pier, tout comme les fac­tures. Elle s’y re­trouve ain­si.

Convi­via­li­té à taille hu­maine

Na­dia et Da­niel Guillot, seuls aux ma­nettes du cam­ping de­puis 2005, ont un bud­get pu­bli­ci­té li­mi­té, ce qui leur per­met aus­si de gar­der des prix at­trac­tifs. « Nos vieux hé­ber­ge­ments peuvent nous va­loir des cri­tiques sur in­ter­net. Dé­sor­mais nous fai­sons si­gner les clients qui choi­sissent un em­pla­ce­ment en plein so­leil ou un mo­bil-home à toit plat: ils sont pré­ve­nus et ce­la évite les plaintes. D’ailleurs, si des clients se plaignent en écri­vant un com­men­taire né­ga­tif, nous re­mar­quons que les fi­dèles nous sou­tiennent », in­dique Da­niel, qui ré­pond avec mor­dant et hu­mour à ces cri­tiques. Il s’es­time ré­ac­tif, par exemple en n’hé­si­tant pas à chan­ger un ma­te­las à la moindre re­marque. Le bouche-à-oreille leur ap­porte beau­coup de clients, et les fi­dèles re­viennent sou­vent à plu­sieurs fa­milles. La pu­bli­ci­té est ci­blée chez une di­zaine d’an­non­ceurs, pe­tits ou gros, comme les sites in­ter­net de Ctout­vert, py­ver, cam­ping­de­france.com, cam­ping.hpa­guide.com ou cam­ping.fr, les Pages jaunes, l’of­fice de tou­risme de Royan ou en­core l’as­so­cia­tion des cam­pings du Pays Royan­nais. Les ré­ser­va­tions en ligne (Ctout­vert/se­cu­re­ho­li­day) ar­rivent sur leur site in­ter­net crée par l’agence Ber­ne­zac.com. En re­vanche, ils ne passent par au­cun TO. Ou­vert du 1er avril au 31 oc­tobre, le cam­ping est sur­tout fré­quen­té en juillet et août. Le reste du temps, il est oc­cu­pé par des pro­prié­taires. En 2017, le cam­ping a réa­li­sé 450000 eu­ros de chiffre d’af­faires. « Ça se­ra moins cette an­née. En Cha­rente-Ma­ri­time, beau­coup de cam­pings ont connu une chute de leur ac­ti­vi­té, sur­tout en juillet », note Da­niel, qui em­ploie en sai­son un maître na­geur, deux femmes de mé­nage (dont une sur les sept mois d’ou- ver­ture) et un ou­vrier « mul­ti­fonc­tions » à l’an­née. Le res­tau­rant-snack de 340 m2, comp­tant une cen­taine de places, est loué à des gé­rants ex­té­rieurs et ou­vert en juillet-août seule­ment. Concer­nant les ani­ma­tions, Na­dia et Da­niel Guillot en as­surent eux- mêmes quelques- unes. Chan­teurs, ils pro­gramment des ka­rao­kés – en pre­nant soin de lais­ser les clients s’ex­pri­mer – et des concerts, ou bien font ve­nir des ar­tistes lo­caux. En­tou­ré d’autres cam­pings, dont un 3 étoiles, et trois en 4 étoiles, Da­niel as­sure qu’ils ne sont pas en concur­rence, étant po­si­tion­nés sur dif­fé­rentes ca­té­go­ries et clien­tèles. Le syn­di­cat lo­cal les in­forme même des dis­po­ni­bi­li­tés de chaque cam­ping adhé­rent, en cas de be­soin. Très in­ves­ti, le couple dé­mé­nage chaque été au coeur du cam­ping. Leur mai­son ha­bi­tuelle touche une par­tie du cam­ping, mais ils pré­fèrent em­mé­na­ger dans un mo­bil-home à cô­té de la ré­cep­tion pour être au plus près des clients et veiller à leur tran­quilli­té. Cette re­la­tion af­fec­tive avec la clien­tèle leur donne l’en­vie et l’éner­gie de conti­nuer… mais l’idée d’ar­rê­ter d’ici cinq ans com­mence à faire son che­min. Ils ai­me­raient en ef­fet pou­voir se consa­crer à d’autres ac­ti­vi­tés per­son­nelles. Da­niel Guillot, par­ti­cu­liè­re­ment at­ta­ché à son cam­ping, ne peut s’em­pê­cher de s’in­quié­ter du sort de ses fi­dèles pro­prié­taires. Il reste en­core quelques an­nées pour an­ti­ci­per.

Une vue aé­rienne du cam­ping sé­pa­ré en deux zones par une pe­tite route.

Les gé­rants: Da­niel et Na­dia Guillot.

Les Vignes*** Saint-Au­gus­tin-sur-Mer (17)

Un mo­bil-home « Confort 4 » avec 3 chambres.

Le bloc sa­ni­taire prin­ci­pal, créé par un ar­chi­tecte lo­cal.

Des em­pla­ce­ments om­bra­gés.

Inau­gu­rée cette an­née, la nou­velle pis­cine de 160 m2 avec banc de mas­sage.

Les to­bog­gans aqua­tiques, les plus grands du vil­lage!

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