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De Ligne en Ligne - - Édito Sommaire - Pro­pos recueillis par Pour en sa­voir plus http://www.lui­gia­ri­va.com/ , Bpi

In­re­ti­ta, le corps en bla­sons

Des joutes aux bat­tles

Cli­mat, à pe­tits pas

Cli­mat, a pe­tits pas

d’elle. L’un d’eux dé­roule len­te­ment un ru­ban rouge. Pro­gres­si­ve­ment, il li­gote la femme, en­tra­vant ses mou­ve­ments, iso­lant des mor­ceaux de son corps. Pour créer In­re­ti­ta poèmes consa­crés à une par­tie du corps fé­mi­nin. Pa­roles et ex­pli­ca­tions de la cho­ré­graphe .

« Plus que les textes, c’est le concept de bla­sons qui nous a ins­pi­rés. Il re­flète une vi­sion oc­ci­den­tale du corps, se­lon la­quelle ce­lui-ci n’est ja­mais en­tier mais tou­jours frac­tion­né. Les bla­sons donnent une vi­sion mas­cu­line du corps de la femme ; ce sont les hommes qui la re­gardent. Cette idée de pou­voir dis­so­cier une par­tie du corps, c’est une forme d’éro­tisme très mas­cu­lin, se­lon moi, qui s’est per­pé­tuée jus­qu’à au­jourd’hui.

Je suis cho­ré­graphe et pro­fes­seur de Tech­nique FM Alexan­der. Cette tech­nique so­ma­tique pro­pose une re­la­tion au corps très pré­cise, orien­tale, mais mise dans un contexte oc­ci­den­tal. Ce qui m’in­té­resse, c’est ce lien très fort entre la tête et le corps. La tête, c’est le corps et le corps peut aus­si pen­ser. L’in­di­vi­du est une uni­té psy­cho­phy­sique. Pour­tant on a tou­jours une vi­sion frac­tion­née de nous-mêmes. Le mor­cel­le­ment du corps est un thème ré­cur­rent dans mes cho­ré­gra­phies, pro­ba­ble­ment mon an­goisse pro­fonde. J’es­saye d’exor­ci­ser cette an­goisse.

Avec Da­niele, on s’est re­trou­vés sur ce ter­rain. Il est bio­lo­giste et a écrit un livre sur l’his­toire d’un ana­to­miste de la Re­nais­sance. Dans notre pre­mière per­for­mance, In­cor­pore(o), les thèmes de l’ana­to­mie et du mor­cel­le­ment du corps étaient dé­jà pré­sents ; cha­cun de nous deux en­tre­te­nait un rap­port par­ti­cu­lier avec des or­ganes ima­gi­naires éta­lés sur une table. On avait aus­si vou­lu don­ner à voir deux vi­sions du corps, l’une mas­cu­line et l’autre fé­mi­nine.

Dans In­re­ti­ta, nous avons vou­lu non seule­ment par­ler du mor­cel­le­ment du corps, mais aus­si du dé­sir de contrôle de l’homme sur le corps de la femme. L’homme lie la femme avec un fil rouge ; de cette fa­çon il l’anime et la contrôle. Sauf qu’à force de vou­loir contrô­ler et pos­sé­der, il est lit­té­ra­le­ment pié­gé par son propre dé­sir. Le pu­blic as­siste, mal à l’aise et en même temps fas­ci­né. Quand il est au­tour de nous, c’est comme s’il était dé­mul­ti­plié, comme lors d’un rite. Il est dans l’im­pos­si­bi­li­té de m’ai­der. Même s’il le vou­lait, il ne le pour­rait pas. In­re­ti­ta, c’est cette fas­ci­na­tion. C’est être pris dans les fi­lets et, au sens fi­gu­ré, être fas­ci­né. »

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