Ligne D’Ho­ri­zon

De Ligne en Ligne - - Édito Sommaire - , Bpi

Il suf­fit de de­man­der !

« Trop d’in­fo, tue l’in­fo ». Le phé­no­mène de sur­charge in­for­ma­tion­nelle, ap­pe­lée aus­si « in­fo­bé­si­té » se ca­rac­té­rise par une perte de temps, la déso­rien­ta­tion face à la masse d’in­for­ma­tions dis­po­nibles et par la dif­fi­cul­té à trou­ver des ré­ponses fiables. Plus que ja­mais, dans nos so­cié­tés nu­mé­riques, l’abon­dance d’in­for­ma­tions im­pose la maî­trise de nou­velles com­pé­tences. Dès lors, un des en­jeux est d’in­ven­ter un art de vivre avec In­ter­net, c’est-

l’en­traide hu­maine : c’est ce que pro­posent les ser­vices de ques­tions-ré­ponses en ligne.

Des ser­vices de ques­tions-ré­ponses, ver­sion 2.0 Le plus connu d’entre eux est lan­cé en dé­cembre 2005 aux ÉtatsU­nis, en 2006 en France. Ya­hoo Ques­tions-ré­ponses est l’un des ser­vices em­blé­ma­tiques de la vague du Web 2.0, cette « ver­sion 2 du Web » par­ti­ci­pa­tive et cen­trée sur les be­soins des in­ter­nautes. Le prin­cipe en est simple : un membre pose une ques­tion dans une ca­té­go­rie, la ques­tion est alors ou­verte. Les autres membres peuvent pro­po­ser cha­cun une ré­ponse et éga­le­ment éva­luer les autres ré­ponses pro­po­sées. Connu avant tout par l’ex­cellent ré­fé­ren­ce­ment des ques­tions-ré­ponses qui ar­rivent sou­vent en tête suite à une re­quête dans les prin­ci­paux mo­teurs de re­cherche, ce ser­vice est au­jourd’hui dé­lais­sé. Il est, à juste titre, cri­ti­qué pour son manque de fia­bi­li­té et la qua­li­té toute re­la­tive des ré­ponses ap­por­tées. Il se­rait ten­tant d’at­tri­buer cet échec au ca­rac­tère très ou­vert de ce ser­vice : si tout le monde peut ré­pondre, qui contrôle la fia­bi­li­té des ré­ponses ? On re­trouve ici le (mau­vais) pro­cès in­ten­té à Wi­ki­pé­dia : si tout le monde peut écrire un ar­ticle, qui contrôle la qua­li­té des in­for­ma­tions pu­bliées ? Pour­tant, en 2015, il ne vient plus à l’idée de grand monde de re­mettre en cause la fia­bi­li­té du cin­quième site le plus consul­té. D’ailleurs Wi­ki­pé­dia pro­pose aus­si, de­puis 2005, un ser­vice de ques­tions-ré­ponses : L’oracle, re­mar­qua­ble­ment ef­fi­cace. Moins connu que Wi­ki­pé­dia, il ac­cueille des di­zaines de ques­tions par mois, aux­quelles des ré­ponses très pré­cises sont ap­por­tées par une com­mu­nau­té de « wi­ki­pé­diens » très ac­tifs et sou­vent im­pli­qués dans la ré­dac­tion d’ar­ticles de l’en­cy­clo­pé­die en ligne.

Quelle est donc la dif­fé­rence entre Ya­hoo Ques­tions-ré­ponses et L’oracle de Wi­ki­pé­dia ? Dans les deux cas, la forte vi­si­bi­li­té per­met aux in­ter­nautes de connaître le ser­vice, mais ce sont l’im­pli­ca­tion et les com­pé­tences de la com­mu­nau­té de ré­pon­dants qui semblent dé­ci­sives. Si Ya­hoo Ques­tions-ré­ponses est au­jourd’hui cri­ti­qué, c’est sans doute parce que la com­mu­nau­té des in­ter­nautes, certes ac­tive, n’est pas or­ga­ni­sée avec des règles pré­cises comme c’est le cas au sein de L’oracle. Là, les Py­thies (ré­pon­dants) se connaissent et trouvent en­semble des ré­ponses aux ques­tions po­sées, comme au­tant de dé­fis aux­quels se prêtent ces pas­sion­nés.

Un ser­vice de ques­tions-ré­ponses né­ces­site une bonne vi­si­bi­li­té, une com­mu­nau­té ac­tive de ré­pon­dants fiables et doit ap­por­ter une ré­ponse dans un dé­lai rai­son­nable… C’est jus­te­ment le type de ser­vice que rendent les bi­blio­thèques de­puis dix ans sur In­ter­net ! En 2005 naît ain­si le Gui­chet du Sa­voir à la Bi­blio­thèque mu­ni­ci­pale de Lyon, fo­rum dans le­quel ré­pondent les bi­blio­thé­caires. Pion­nière, la Bi­blio­thèque pu­blique d’in­for­ma­tion (Bpi) ré­pon­dait dès 1977 par té­lé­phone, puis par Mi­ni­tel. À par­tir de 2005, elle ré­pond par cour­riel et lance l’an­née sui­vante Bi­blio­sé­same pour re­grou­per des bi­blio­thèques au­tour de ce ser­vice. D’autres ré­seaux de bi­blio­thèques (uni­ver­si­taires, spé­cia­li­sées,…) se sont de­puis consti­tués : Rue des facs ou en­core Ques­tions ? Ré­ponses ! pour les re­cherches en sciences de l’in­for­ma­tion.

Le « sa­voir-trou­ver »

Les bi­blio­thé­caires font une pro­messe simple aux in­ter­nautes : ap­por­ter une ré­ponse pré­cise en moins de 72 heures. Le ser­vice s’ap­puie sur un sa­voir-faire tra­di­tion­nel : trou­ver des ré­ponses à tra­vers des sources d’in­for­ma­tion très va­riées. La com­mu­nau­té des ré­pon­dants de ce type de ser­vice est proche de celle des Py­thies de L’oracle, à ce­ci près que son ca­rac­tère pro­fes­sion­nel lui donne la fia­bi­li­té et la pé­ren­ni­té propres aux ser­vices pu­blics en ligne. En 2015, le be­soin d’en­traide en ligne est tou­jours aus­si im­por­tant, l’en­jeu des ap­pren­tis­sages in­for­ma­tion­nels de­vient de plus en plus évident. Pour­tant, la fré­quen­ta­tion des ser­vices de ques­tions­ré­ponses des bi­blio­thèques tend à di­mi­nuer. Il de­vient urgent de re­nou­ve­ler leurs modes d’ac­cès et de ren­for­cer leur vi­si­bi­li­té. La Bpi et la Com­mu­nau­té fran­çaise de Bel­gique se sont donc as­so­ciées pour créer un ré­seau in­ter­na­tio­nal fran­co­phone de ré­ponses à dis­tance. Bi­blio­sé­same change de nom et de­vient : Eu­rê­koi - Il suf­fit de de­man­der.

Eu­rê­koi re­groupe dé­sor­mais plus de 130 bi­blio­thé­caires for­més à la re­cherche do­cu­men­taire, ve­nant de 47 bi­blio­thèques mu­ni­ci­pales, dé­par­te­men­tales ou spé­cia­li­sées, qui ré­pondent gra­tui­te­ment en moins 72 heures à des in­ter­nautes du monde en­tier. Les ques­tions sont en­voyées via des for­mu­laires en ligne ou pos­tées dans un groupe Fa­ce­book ou­vert. Plus de 2 000 membres y posent des ques­tions et y ré­pondent avec les bi­blio­thé­caires. Ain­si les bi­blio­thèques ont mis en oeuvre de­puis une dé­cen­nie des ser­vices en ligne qui pal­lient les dif­fi­cul­tés des ser­vices com­mer­ciaux comme des ser­vices com­mu­nau­taires et donnent l’as­su­rance d’une ré­ponse fiable. Reste à le faire sa­voir à ceux qui en ont be­soin.

Existe-t-il des sta­tis­tiques sur l’es­pé­rance de vie des femmes aban­don­nées ? une ques­tion de lec­teur drôle ou in­so­lite, no­tée par les bi­blio­thé­caires entre 1940 et 1980.

Est-ce que le re­vol­ver avec le­quel Os­wald a tué le pré­sident Ken­ne­dy a été ren­du à sa famille ?

Est-ce ici que je peux po­ser toutes les ques­tions aux­quelles je n’ai pas de ré­ponse ?

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