ELLE COURT, ELLE COURT, LA JEU­NESSE !

De Ligne en Ligne - - Dossier -

De­puis cinq ans, tous les étés, Au­ré­lie Cha­ron réa­lise, pour France In­ter, des sé­ries do­cu­men­taires sur la jeu­nesse dans le monde. En 2015, après l’eu­rope, le Magh­reb et le MoyenO­rient, « Une sé­rie fran­çaise » a son­dé l’ima­gi­naire et le quo­ti­dien de la jeu­nesse fran­çaise. La jour­na­liste a ren­con­tré des jeunes plus en­ga­gés et plus po­li­ti­sés qu’on ne les ima­gine.

Ils m'ont dit : « mais pour­quoi on au­rait confiance en toi ? ». Ils étaient fa­ti­gués qu'on parle à leur place. « Comment être sûrs qu'on ne va pas nous ran­ger dans une case, nous dé­fi­nir en trois mots ? », sem­blaient-ils dire. De Mar­seille à Ca­lais, de Nantes à Cler­mont-fer­rand, il y a dans les vies le contraire de la fa­ta­li­té, l'ac­tion. Ça ne fait pas de bruit, et pour­tant les jeunes Fran­çais se disent « ré­vo­lu­tion­naires » en­core, avec l'en­vie d'être à la hau­teur de leur idée à eux de la France : mul­tiple. En les ren­con­trant, j'ai eu la sen­sa­tion de les re­trou­ver, comme si dans notre pays on se per­dait de vue, on ne se re­gar­dait plus. Cha­cun dans son quar­tier, son vil­lage, son pé­ri­mètre, les mi­lieux ne se croisent pas. Mo­ha­med, 24 ans, pion dans le centre de Mar­seille, me di­sait : « Il n'y a plus de Blancs au col­lège, ils sont tous par­tis. Dans le quar­tier, ils ne dé­passent pas une cen­taine ». J'ai sen­ti l'ur­gence de dé­cloi­son­ner les es­paces, de faire cir­cu­ler la pa­role, de ne pas se re­plier.

Faire sa place

Amir a 25 ans, il vit à Pa­ris mais a gran­di à Ga­za : « J'aime l'égypte, les Égyp­tiens sont pas­sion­nés par l'ave­nir. Ici, la jeu­nesse pense qu'elle n'a pas de rôle à jouer. En France quand on est vieux, on est plus beau, plus riche, alors tu te dis : il va fal­loir tra­vailler 40 ans pour en ar­ri­ver là ! ». Cer­tains ont dé­ci­dé d'y al­ler. Pierre est un ga­min des co­rons, gran­di à Quié­vre­chain à la fron­tière belge. « Le maire était là de­puis 37 ans. C'était gé­ré d'une main de fer », ra­conte-t-il. Il s'est pré­sen­té. À 23 ans, il a été élu à plus de 60 %, il se dit centre-droit. Oc­tave, lui, a gran­di à Hé­nin-beau­mont et a ob­ser­vé la mon­tée du Front Na­tio­nal : « Ici, on est un bas­tion so­cia­liste, un ber­ceau ou­vrier. Mais le Front Na­tio­nal a su par­ler aux jeunes, en les fai­sant en­trer dans le par­ti. C'est plus ef­fi­cace que n'im­porte quel dis­cours de Fran­çois Hol­lande à la jeu­nesse ».

Re­trou­ver du col­lec­tif

Tous ont peur du cha­cun pour soi. Nour a 23 ans, elle vit à Mar­seille : « La ré­vo­lu­tion en Tu­ni­sie m'a fait com­prendre qu'on peut être maître de son des­tin. En France, on se re­pose trop sur nos ac­quis. Pour la loi sur le ren­sei­gne­ment, les gens disent " je m'en fous, je n'ai rien à ca­cher ". Mais c'est comme dire " la li­ber­té d'ex­pres­sion je m'en fiche, je n'ai rien à dire ! "On de­vrait se ré­veiller un peu. » Beau­coup se ré­veillent, rêvent d'une VIE Ré­pu­blique, s'ins­pirent des nou­veaux mou­ve­ments ci­toyens en Grèce ou en Es­pagne. Pour eux, les po­li­ti­ciens sont des fan­tômes du monde d'hier. Les jeunes Fran­çais sont dé­jà dans le monde de de­main, in­ves­tis dans des groupes d'ac­tions ci­viques, col­lec­tives et créa­tives ; il va fal­loir cou­rir pour les rat­tra­per.

« De Mar­seille à Ca­lais, de Nantes à Cler­mont-fer­rand, il y a dans les vies le contraire de la fa­ta­li­té, l'ac­tion. »

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