LA GRANDE TRA­VER­SÉE DU PAYS BASQUE

LA GRANDE TRA­VER­SÉE DU À Biar­ritz, la villa Bel­za est un sym­bole. De­puis 1882 (et quelques amé­na­ge­ments), elle sur­plombe la plage. La pas­se­relle mé­tal­lique que l’on aper­çoit mène au ro­cher per­cé et sur­mon­té d’une sta­tue de la Vierge.

Detours en France Hors-série - - Sommaire - PAR PHI­LIPPE BOURGET

Quelle autre ré­gion fran­çaise peut se tar­guer de pos­sé­der une telle iden­ti­té ? Ici, il y a une langue, un cli­mat par­ti­cu­lier, des pay­sages uniques, des pro­duits cultes, une table gas­tro­nome, une culture vi­vace, un ur­ba­nisme ori­gi­nal. Bien­ve­nue au Pays basque, cette ré­gion des confins qui cultive fiè­re­ment et de­puis long­temps ses tra­di­tions et sa dif­fé­rence. Avant de prendre la route, po­sons-nous à Biar­ritz, pou­mon tou­ris­tique de la ré­gion. Vous y croi­se­rez beau­coup de cam­ping- cars, dont la plu­part tiennent plus du four­gon som­mai­re­ment amé­na­gé. Ceux-là ap­par­tiennent à de jeunes sur­feurs, ri­vés ici par leur pas­sion de la glisse ex­trême.

DE BIAR­RITZ À BAYONNE

Der­rière ses at­tri­buts chics – le ca­si­no, la plage Mi­ra­mar, les vil­las aris­to­cra­tiques, les vieilles bou­tiques, l’hô­tel du Pa­lais… – la ville dévoile une autre réa­li­té. Ain­si de son pen­chant océa­nique. Les Biar­rots l’ap­pré­cient sans mo­dé­ra­tion et comme eux, vous sui­vrez la côte de­puis la plage d’ill­ba­ritz, au sud, jus­qu’au phare de la pointe Saint- Mar­tin, au nord, via la ci­té de l’océan et du Surf et le mu­sée de la Mer. Sa vraie vie de quar­tier, elle, se dé­ploie aux Halles, comme dans l’am­biance « po­pu basque » de La Né­gresse, en pas­sant par les sec­teurs de Bi­bi­beau­ri­vage et de Saint- Charles et ceux, moins connus, des lacs Mou­ris­cot et Ma­rion. Der­rière son ver­nis, Biar­ritz brille dif­fé­rem­ment… 8 ki­lo­mètres au nord, voi­ci sa ri­vale, Bayonne (aire com­mu­nale pour cam­ping-cars sur le bou­le­vard des Plages, à An­glet, à 3 ki­lo­mètres). Quel contraste ! Au stan­ding de fa­çade de la sta­tion bal­néaire font place les élans cultu­rels et iden­ti­taires de Bayonne. Si­tuée au confluent de la Nive et de l’adour, la ca­pi­tale du Pays basque nord re­tient d’abord le vi­si­teur par la den­si­té de ses quar­tiers, qui trouvent tous un exu­toire vers la lu­mière de quais en­so­leillés. Quar­tier Saint-es­prit aux mai­sons à pans de bois et à pierre jaune de Mous­se­rolles ; quar­tier de Pe­tit Bayonne aux rues étroites, foyers de l’iden­ti­té basque ;

DE LA CÔTE AT­LAN­TIQUE AUX PY­RÉ­NÉES, L’ITI­NÉ­RAIRE DÉ­COUVRE SUR PRÈS DE 150 KI­LO­MÈTRES LES PLUS BEAUX PAY­SAGES BASQUES. LE TER­RI­TOIRE LIVRE SA FIÈRE IDEN­TI­TÉ, IN­CAR­NÉE PAR LES MAI­SONS ROUGES ET BLANCHES, LES SPORTS IN­SO­LITES, L’EX­CEL­LENTE GAS­TRO­NO­MIE ET LES HO­RI­ZONS VERT POMME ÉTENDUS PAR- DE­LÀ LA FRON­TIÈRE ES­PA­GNOLE. AU VO­LANT, SUR DES ROUTES TOUJOURS SINUEUSES VERS DES COLS À GRAND SPEC­TACLE, LE PLAI­SIR DE CONDUIRE IN­VITE À MU­SAR­DER EMBARQUEMENT IMMÉDIAT SUR LA ROUTE DU BON­HEUR !

> quar­tier « coeur de ville » et son cloître- ca­thé­drale, bor­dé par le quai Jau­ré­gui­ber­ry et ses fa­çades co­lo­rées, hautes et étroites comme des la­nières de cuir. Bayonne est un art de vivre. La table y est gé­né­reuse, comme Chez Txotx, sym­pa­thique adresse tra­di­tion­nelle. Les pro­duits basques inondent le mar­ché. Le sport est om­ni­pré­sent. Al­lez voir une par­tie de pe­lote au trin­quet Saint-vincent, l’un des plus an­ciens de France. Ache­tez un billet pour un match de rug­by de l’avi­ron Bayon­nais. Et par­ti­ci­pez, en jour­née, aux fêtes de Bayonne, si vous pas­sez au mois de juillet.

DE BAYONNE À CAMBO-LES-BAINS

Il n’est pas dit que nous vous can­ton­ne­rons aux villes de la côte. Puisque le plai­sir de va­cances en cam­ping- car passe d’abord par la route et la conduite, cap vers l’ar­rière-pays.

La Route Im­pé­riale des Cimes (D22) vous tend les bras. À peine a-t-on em­prun­té cette voie, vou­lue par Napoléon Ier pour désen­cla­ver l’ar­rière-pays, que l’ar­ché­type du pay­sage basque s’im­pose à tra­vers les vitres : des col­lines her­beuses aux ron­deurs de seins ma­ter­nels, des champs gras en­tre­cou­pés de bos­quets, des fermes à pans de bois et murs chau­lés à vo­lets rouges… Le tout sur fond de som­met de la Rhune et du mont Art­za­men­di. Un ré­gal ! En vue d’ur­cu­ray, tour­nez à droite par la D420, pour re­joindre Cambo-les-bains (25 km de­puis Bayonne). La par­tie ther­male de la ville offre peu d’in­té­rêt. En re­vanche, le haut vil­lage, en forte pente, pré­serve un vrai ca­rac­tère basque. D’an­tiques mai­sons à co­lom­bages et l’église blanche à ga­le­ries de bois do­minent jo­li­ment la val­lée de la Nive. Vous en pro­fi­te­rez pour vi­si­ter la villa Ar­na­ga du poète Ed­mond Ros­tand (lire ci- des­sus).

D’ESPELETTE À BIDARRAY

Espelette, que l’on re­joint 6 ki­lo­mètres après Cambo-lesBains (par la D918), n’est plus à pré­sen­ter. Le vil­lage est mon­dia­le­ment cé­lèbre pour sa pro­duc­tion de pi­ments rouges, qui sèchent, pen­dus en cordes, aux fa­çades des mai­sons. Al­lez rendre vi­site à Ra­mun­x­to Po­che­lu, dans son Ate­lier du Pi­ment, pour dé­gus­ter une ome­lette pi­men­tée ou rap­por­ter poudre, mou­tarde, confi­ture et ge­lée… La courte D249 re­joint Itxas­sou. At­ten­tion, grand spec-

tacle ! Non seule­ment le vil­lage sé­duit par ses quar­tiers à fermes la­bour­dines et pour sa dé­li­cieuse confi­ture de ce­rise, mais il ancre un sou­ve­nir mé­mo­rable dans l’es­prit des cam­ping- ca­ristes équi­pés d’une pe­tite voi­ture. La rai­son ? L’ex­cep­tion­nelle route (in­ter­dite aux gros vé­hi­cules) qui, du vil­lage, re­joint le col de Le­garre, grimpe jus­qu’au pied de l’art­za­men­di (926 m) et re­des­cend à Itxas­sou via les rives de la Nive et le Pas de Ro­land. En che­min, pot­toks en li­ber­té, vues plon­geantes fa­bu­leuses et un fron­ton de pe­lote iso­lé, per­du au mi­lieu des prés… Splen­dide. L’étape sui­vante se nomme Saint-jean- Pied- de- Port, 40 ki­lo­mètres au sud- est d’itxas­sou. Voi­ci la Basse- Na­varre, la se­conde (en ve­nant de la côte) des trois pro­vinces du Pays basque nord. Après Lou­hos­soa, la D918 re­monte les rives de la Nive et dé­bouche sur des pay­sages fo­res­tiers al­tiers. La mon­tagne ap­proche. C’est le pays des châ­tai­gniers et des co­chons, qui pro­duisent le suc­cu­lent jam­bon basque. Bidarray et Saint-Mar­tin- d’ar­ros­sa, au­then­tiques vil­lages na­var­rais, of­fri­ront de leur cô­té une halte agréable, his­toire d’ob­ser­ver des jeunes jouer à la pe­lote sur les fron­tons.

DE SAINT-ÉTIENNE-DE-BAÏGORRY À SAINT-JEAN-PIED-DE-PORT

La pe­tite boucle par Saint-Étienne- de- Baïgorry vaut lar­ge­ment la peine. De­puis Saint-Mar­tin- d’ar­ros­sa, la D948 re­joint cette com­mune des bords de Nive, do­mi­née par le châ­teau d’etxauz. Un vieux pont, des quar­tiers écla­tés en fond de val­lées signent un vil­lage sur­tout connu pour être la porte d’ac­cès aux Al­dudes (ex­ten­sion de 36 km al­ler-re­tour, jus­qu’à Ure­pel), ter­ri­toire basque my­thique de fo­rêts « plu­vieuses » d’un vert ex­cep­tion­nel. Vous ne man­que­rez pas d’y aper­ce­voir des bre­bis ma­nex, dont le lait est à la base de l’ex­cellent fro­mage os­sau-ira­ty. Un autre plai­sir de bouche vous at­tend à Irou­lé­guy : le vin. Long­temps as­trin­gent et peu goû­teux, le seul vin basque ( jo­lis pay­sages de vi­gnobles de­puis la D15) a grim­pé en gamme et ac­com­pagne dé­sor­mais les meilleures tables. Ar­rêt à la cave sou­hai­table ! En sai­son, Saint-jean- Piedde- Port pour­ra dé­ce­voir. Trop de monde, cir­cu­la­tion dif­fi­cile... La com­mune est vic­time de sa ré­pu­ta­tion : une ci­ta­delle du xviie siècle sur­plom­bant un la­by­rinthe de ruelles mé­dié­vales, sur la route de l’es­pagne. Mais po­sez­vous sur l’aire pour cam­ping-cars amé­na­gée ave­nue du Jai Alaï, à 5 mi­nutes à pied du centre. En dé­cou­vrant la ville tôt le ma­tin, vous ver­rez la pe­tite ci­té re­trou­ver sa grâce.

> LES PLUS BEAUX COLS DU PAYS BASQUE

Amoureux de conduite « aé­rienne », le grand mo­ment est ar­ri­vé. Sur 50 ki­lo­mètres (comp­tez 1 h 45, sans les ar­rêts) les D18 et D19 vous conduisent jus­qu’à Lar­rau, en fran­chis­sant les plus beaux cols et fo­rêts basques. Qu’aper­ce­vez-vous en grim­pant cette longue route en la­cets, tracée entre Basse- Na­varre et Soule ?

Des mon­tagnes vertes et d’im­menses éten­dues de hêtres, un pas­to­ra­lisme vi­vace ( bre­bis, bo­vins), des adresses de gour­mets où le client est roi. En pas­sant, dans l’ordre, les cols d’halt­za, d’ha­ritz­cu­rutche, de Bur­din­cu­rut­che­ta, d’he­gui­chou­ria et en­fin d’or­gam­bi­des­ca (1 284 m, grand site de mi­gra­tion d’oi­seaux de juillet à no­vembre), en tra­ver­sant les vil­lages de Le­cum­ber­ry et de Men­dive, en croi­sant la splen­dide cha­pelle iso­lée Saint-sau­veur, vous ver­rez du vert, de l’oli­vâtre, du roux, du jaune… bref, la pa­lette in­fi­nie de la na­ture quand elle a dé­ci­dé de se mettre en scène.

En che­min, vous trou­ve­rez né­ces­sai­re­ment une aire, une pe­tite route, pour se po­ser en li­ber­té et res­pi­rer l’air cris­tal­lin qui se­coue les prai­ries d’al­ti­tude. C’est l’ef­fet Ira­ty, du nom de la fo­rêt qui borde ces hauts ver­sants. Cer­né de mon­tagnes douces, Lar­rau et sa rus­ti­ci­té cam­pa­gnarde consti­tuent une halte bien­ve­nue. Ne se­rait- ce que pour son res­tau­rant fa­mi­lial, Et­ché­maï­té, aux mains ex­pertes d’une dy­nas­tie d’au­ber­gistes comme le Pays basque sait en pro­duire.

SAINTE- ENGRÂCE, MA­GNI­FIQUE ET ISO­LÉ

La D26 dé­vale en­suite à flanc de ri­vière, en si­nuant vers Mau­léon. À l’in­ter­sec­tion avec la D113 ( 7 km après Lar­rau), tour­nez à droite pour re­joindre Sainte- Engrâce. Ce vil­lage de Haute-soule est par­fois consi­dé­ré comme l’un des plus ar­dents té­moins de la ru­ra­li­té basque. Ma­gni­fique et iso­lé, en cul- de- sac, il dé­ploie ses quar­tiers et ses mai­sons aus­tères – nous sommes loin des riantes vil­las co­lo­rées du La­bourd – au flanc des ver­sants pyrénéens. Par­mi les 200 ha­bi­tants, on trouve des re­trai­tés mais aus­si une ving­taine de fa­milles pay­sannes. Et quelques élèves à l’école, preuve que l’agri­cul­ture et le tou­risme ont leur mot à dire pour main­te­nir les gens sur ter­ri­toire, ex­pres­sion vi­brante de l’iden­ti­té basque. ẞ

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