LES ÉTANGS DE LA BRENNE

Hors- sé­rie / Dé­tours en France / www.de­tour­sen­france.fr L’IN­VEN­TION D’UN PAY­SAGE

Detours en France Hors-série - - Sommaire - TEXTE DE JEAN-FR ANÇOIS HELLIO ET NI­COL AS VAN INGEN Hors- sé­rie / Dé­tours en France / www.de­tour­sen­france.fr

Ils sont mille, deux mille, trois mille… Peu im­porte ! Les étangs de la Brenne mêlent landes et brandes, prai­ries et bo­cages, fo­rêts et but­tons, fa­çonnent une zone hu­mide unique et une des plus im­por­tantes. Ce « la­bo­ra­toire » gran­deur na­ture de la bio­di­ver­si­té est com­plexe et fra­gile.

Pas hos­tile pour un sou, juste in­dif­fé­rente : la Brenne nous to­lère sur son sol, nous in­vi­tant à la res­pec­ter. Ce ter­ri­toire à part est l’exemple d’une col­la­bo­ra­tion fruc­tueuse entre la na­ture et l’homme qui, à par­tir du xive siècle, a mis en eau son sol ar­gi­lo-gré­seux im­per­méable et ale­vi­né les étangs pour se nour­rir. Rien de ha­sar­deux dans ce la­by­rinthe d’étangs mais un en­tre­tien sou­te­nu, tant de ces hec­tares d’eau que des prai­ries, bois et friches riches en gi­bier. George Sand le sur­nom­mait « le pays des Mille Étangs ». La Bonne Dame de No­hant avait mal comp­té puis­qu’ils sont plus de… 3 200 ! Mais l’ex­pres­sion est res­tée, plus poé­tique que le « Parc na­tu­rel ré­gio­nal de la Brenne » créé en 1989, qui sur­git entre Châ­teau­roux et Châ­tel­le­rault à quelques ki­lo­mètres seule­ment de l’a20.

1 200 ES­PÈCES VÉ­GÉ­TALES

Quit­tez le bi­tume et le bruit ! En­trez dans un sanc­tuaire pal­pi­tant de vie, des mil­liers d’hec­tares, où l’homme tra­vaille à la pré­ser­va­tion d’une faune et d’une flore re­mar­quables dans un en­vi­ron­ne­ment sin­gu­lier. On pé­nètre dans la Brenne par Mé­zières-en-brenne, au nord, ou par Le Blanc, au sud. On ne suit pas de routes ba­li­sées pour abor­der cette ré­gion. Il faut y al­ler dans la brume du pe­tit ma­tin, ou en soi­rée, ar­mé de temps et de ju­melles per­for­mantes. Sa­chez vous ar­rê­ter et ob­ser­ver quelques-unes des 1 200 es­pèces vé­gé­tales pré­sentes dans le parc. Sau­riez-vous iden­ti­fier l’or­chis de Brenne ou le glaïeul d’illy­rie ?

IMPRÉGNEZ-VOUS DE CES PAY­SAGES QUI DÉ­FILENT TELLE UNE MO­SAÏQUE EN COM­PO­SI­TION : DES PRAI­RIES, DES BOIS, DES LANDES ET, BIEN SÛR, DES ÉTANGS. DE TOUTES LES TAILLES…

LAÎCHES DE BO­HÈME ET LI­BEL­LULES Em­prun­tez les routes étroites d’un ter­ri­toire faus­se­ment plat. Le re­lief s’ac­cen­tue

en ef­fet quel­que­fois : ce sont les but­tons, étranges émi­nences de terre rou­geâtre ré­sul­tant de l’éro­sion de grès de du­re­tés va­riables, qui se hissent en dou­ceur. Les bâtisseurs l’ont uti­li­sé pour construire de belles mai­sons, no­tam­ment au ha­meau du Bou­chet, à Ros­nay. Imprégnez-vous de ces pay­sages qui dé­filent telle une mo­saïque en com­po­si­tion : prai­ries, bois, landes et, bien sûr, étangs de toutes tailles, de toutes formes. Ces der­niers sont gé­né­ra­le­ment peu pro­fonds, ne dé­pas­sant pas 10 hec­tares. Cer­tains sont même secs ! Sous nos yeux, sur un des étangs Fou­cault, les oi­seaux marchent sur le sol cra­que­lé, digne d’un dé­sert. Un pa­ra­doxe dans ce pays d’eau ! Qui a son ex­pli­ca­tion, tou­te­fois : les étangs sont mis en « as­sec » pour la vi­ta­li­té de la pêche. D’oc­tobre à mars, on tire les bondes pour faire bais­ser les eaux jus­qu’à ce que les pois­sons se re­trouvent pié­gés dans un vaste fi­let, dans la par­tie la plus basse. Ce­la s’ap­pelle la « pê­che­rie ». Les eaux s’éva­cuent dou­ce­ment et rem­plissent un autre étang qui était jus­qu’alors vide : un cycle per­pé­tuel qui res­pecte l’ordre de la na­ture en vases com­mu­ni­cants. Rien n’est sup­pri­mé mais « 1 200 tonnes de pois­sons sont pê­chées chaque an­née, dont 60 % de carpes. Et aus­si des tanches, des gar­dons, des bro­chets. Tous par­ti­ront re­peu­pler des ri­vières », rap­pelle un guide du Parc. Ces étangs en as­sec, le temps d’une an­née, sont gé­né­ra­le­ment un lieu pro­pice à cer­taines es­pèces d’oi­seaux, les li­mi­coles no­tam­ment, qui sondent la vase à l’aide de leur long bec pour cap­tu­rer vers et autres in­ver­té­brés, et à une flore par­ti­cu­lière, telle la laîche de Bo­hême. Au­jourd’hui, « le pays des Mille Étangs » est un pa­ra­dis pour les amou­reux de la na­ture, les contem­pla­tifs, bo­ta­nistes (l’or­chis py­ra­mi­dal et l’or­phrys mouche fe­ront leur ad­mi­ra­tion), en­to­mo­lo­gistes qui trou­ve­ront des li­bel­lules ra­ris­simes et or­ni­tho­logues qui ob­ser­ve­ront les ras­sem­ble­ments de grandes ai­grettes, le vol pla­né des gui­fettes mous­tac. Quelle que soit votre pas­sion, à la fa­veur d’un cou­cher de so­leil, lais­sez tout tom­ber pour suivre des yeux une for­ma­tion d’oi­seaux qui s’éloigne. ∫ Mai­son du Parc na­tu­rel ré­gio­nal de la Brenne Le Bou­chet, 36300 Ros­nay. 02 54 28 12 13. www. parc- na­tu­rel- brenne.fr

5 321 plans d’eau sont re­cen­sés sur le ter­ri­toire du Parc na­tu­rel de la Brenne. Par­mi eux : 3 254 étangs.

L’étang Mas­sé. Éten­du sur 135 hec­tares, il est consi­dé­ré comme un des es­paces du site les plus riches sur le plan bio­lo­gique.

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