LA LOIRE, UNE PAS­SION FRAN­ÇAISE

Detours en France - - Édito -

De la ca­pi­tale de la Tou­raine à l’es­tuaire du fleuve, cette « grand-route de la France », voi­là l’aven­ture qui vous at­tend… Et pour me­ner à bien l’am­bi­tieuse ba­lade, nos reporters n’y sont pas al­lés par quatre che­mins. À leurs seuls sens gui­dés, « sans au­cune ligne cer­taine, ni droite, ni courbe », comme le pré­co­ni­sait en son temps Mon­taigne, ils nous mènent aux terres in­times, se­crètes, in­so­lites de Tou­raine, d’an­jou, du pays nan­tais.

Qu’elle s’ébroue de ses brumes soyeuses ou qu’elle se charge du souffle ven­teux et sa­lin de l’océan, la Loire ne cesse ja­mais son mur­mure. Em­bâcles en dé­bâcles mê­lées, elle coule aus­si au coeur de la mé­moire des hommes. En Tou­raine, pays des « fai­néants su­blimes » chers à Bal­zac, le temps ne passe pas – c’est un vé­cu qui a va­leur de cer­ti­tude – à la même vi­tesse qu’ailleurs. Sur cette terre, dont le des­sin à la forme pré­des­ti­née « d’une feuille de vigne où les ri­vières for­me­raient les ner­vures », ob­serve ma­li­cieu­se­ment l’écri­vain tou­ran­geau Jean-ma­rie La­cla­ve­tine, les gens vivent en har­mo­nie avec des pay­sages et une na­ture qui portent à un cer­tain alan­guis­se­ment sans al­té­rer le moins du monde leur ca­pa­ci­té à créer, in­ven­ter, peau­fi­ner un bel art de vivre, un hé­do­nisme au na­tu­rel.

À Tours, comme à An­gers, Sau­mur, Chi­non ou In­grandes, le Grand Fleuve a tou­jours char­rié des idées nou­velles, bras­sé des po­pu­la­tions, ap­por­té des élé­ments de pro­grès. Si tant d’écri­vains et de peintres – qu’ils soient ri­ve­rains ou voya­geurs – y ont dé­bus­qué des terres élec­tives et des pé­pi­nières de ren­contres, de Bal­zac le Tou­ran­geau à Ge­ne­voix le So­lo­gnot, de Du Bel­lay l’an­ge­vin à Ju­lien Gracq et Nantes, on l’ex­pli­que­ra aus­si parce que les rois de France y élurent leur ré­si­dence et le coeur de leur pou­voir ; ils y in­ven­tèrent éga­le­ment « le jar­din de la doulce France ». Avec Charles VII (Chi­non), Louis XI (Loches), Charles VIII (Am­boise), Louis XII et sur­tout Fran­çois Ier qui trans­for­ma le châ­teau de Blois en une vé­ri­table pou­pon­nière royale, les po­pu­la­tions li­gé­riennes ne pou­vaient qu’être at­ten­tives, spec­ta­trices si­non ac­trices, aux mou­ve­ments de circulation et de dé­cou­vertes éco­no­miques, tech­niques, cultu­relles et ar­tis­tiques. Pour Jean-ma­rie La­cla­ve­tine, « être sur la Loire est un vrai bon­heur qui offre la sen­sa­tion de se sen­tir hors du monde, avec un sen­ti­ment d’es­pace et de li­ber­té. Au prin­temps, on peut se pro­me­ner sur des bancs de sable qui changent d’une se­maine à l’autre. En été, la Loire est un fleuve sur le­quel on peut mar­cher… »

Et si cette grande ba­lade li­gé­rienne por­tait, au­de­là de ses dé­cou­vertes et émo­tions, une plus pro­fonde ques­tion : de quoi est fait l’amour d’un lieu ? Al­lez, to­pette !, comme on peut en­core s’en­tendre dire entre vignes et fleuve au mo­ment de quit­ter son hôte…

Quand la Loire se fait at­lan­tique ! Le sen­tier des doua­niers qui longe l’em­bou­chure du Grand Fleuve (ici, près de Saint­na­zaire), entre plages de sable fin et ro­chers cou­leur ocre, est ponc­tué de pê­che­ries.

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