DA­NIÈLE SALLENAVE

« MA TERRE NA­TALE EST UN FLEUVE »

Detours en France - - Rencontre - PROPOS RE­CUEILLIS PAR CÉ­LINE FION

Du sud d’an­gers au tren­tième fau­teuil de l’aca­dé­mie fran­çaise, l’au­teure a vo­gué avec pa­nache sous pa­villon lit­té­raire. Celle qui ne conçoit « l’im­mor­ta­li­té » que dans le mou­ve­ment et la trans­mis­sion joyeuse se sent liée à la Loire qui a ber­cé son en­fance, au point de lui consa­crer un dic­tion­naire on ne peut plus amou­reux.

« Ma terre na­tale est un fleuve ». C’est par cette phrase ca­res­sante et vi­vi­fiante comme un cours d’eau que Da­nièle Sallenave ouvre l’abé­cé­daire qu’elle consacre à la Loire (sor­ti chez Plon). « Je n’aime pas l’idée qu’on est at­ta­ché à un sol, qu’on est fixé quelque part. Être at­ta­ché à un fleuve, c’est dif­fé­rent ; c’est être at­ta­ché à quelque chose qui bouge, c’est très joyeux, très ré­con­for­tant, comme idée », dé­ve­loppe l’en­fant de Sa­ven­nières.

L’au­teur a gran­di avec un ré­flexe uni­ver­sel, une en­vie de par­tir, d’ex­plo­rer d’autres rives. Son par­cours d’écri­vaine, élue à l’aca­dé­mie fran­çaise en 2011, l’a conduite en bord de Seine, mais, quand elle a pris la peine de se re­tour­ner, Da­nièle Sallenave a réa­li­sé ce que sa Loire na­tale lui avait ap­por­té : « Quand j’étais en­fant, j’ob­ser­vais ce fleuve par­fois puis­sant, me­na­çant, qui, l’été, de­vient tel­le­ment pe­tit, tel­le­ment étroit. Un fi­let d’eau. C’était tel­le­ment large l’hi­ver ; et l’été, c’était trois fois rien. C’était exal­tant, ce­la me plai­sait beau­coup. C’est l’image même de la vie, de ses contrastes. » De son hé­ri­tage, elle re­tient éga­le­ment une ar­rière-grand­mère qu’elle n’a pas connue, mais dont le sou­ve­nir lui est par­ve­nu : « Elle était la­veuse au la­voir mu­ni­ci­pal. Je suis contente de l’avoir comme aïeule, je suis fière d’elle. J’ai su par mon père qu’elle était tou­jours gaie, très cou­ra­geuse alors qu’elle tra­vaillait le dos pen­ché dans de l’eau gla­cée et qu’elle n’était ja­mais dé­cou­ra­gée ou amère. » Il y a sû­re­ment un peu de cette aïeule dans la ma­nière dont l’an­ge­vine per­çoit l’âme de la val­lée : « Il y a une po­pu­la­tion à la fois cou­ra­geuse et gaie, avec un es­prit scep­tique et fin. Ce sont des vi­gne­rons. Le vin est quelque chose de mer­veilleux, qui ex­plique ces ca­rac­tères-là. »

Tou­chée par les belles cu­vées au­tant que par les mots, Da­nièle Sallenave a créé un fes­ti­val dans son village na­tal : « Il existe de­puis 2005. Les ha­bi­tants, très gen­ti­ment, ont don­né mon nom à la bi­blio­thèque. Je trou­vais ça un peu trop sé­rieux. Je

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