CAMINAREM !

Detours en France - - La Une -

(Nous mar­che­rons / Fiers et forts nous se­rons / Nous mar­che­rons / Parce que la Terre nous sommes), chante Joan­da…

Lan­gue­doc, le Mi­di lan­gue­do­cien, terre char­nelle où la géo­gra­phie semble par­fois perdre un peu la boule pour mieux voya­ger de concert avec la poé­sie.

Cô­té terre, du Mi­ner­vois au pic Saint-loup, du Ca­bar­dès aux Cor­bières, les ba­taillons en rangs ser­rés de ceps noirs sur terre rousse (belle re­vanche pour une terre qui s’em­bra­sa au temps du Mi­di rouge !)

semblent par­fois perdre pied face à la folle gar­rigue « re­muée de combes vertes et mys­té­rieuses que dé­coupent de grandes fa­laises gris clair » (Gé­rard Joyon). Grandes causes du Lar­zac et grands causses lo­zé­riens à fleur de ciel sont liés par cette hos­pi­ta­li­té que savent pro­di­guer les grands so­li­taires. Des crêtes du mont Lo­zère à l’ai­goual, la « mon­tagne sa­crée » des Cé­ve­nols, sui­vez les drailles de trans­hu­mance, caillou­teuses et lé­chées par les vents dé­bou­lant des terres pe­lées de l’au­brac, ba­li­sées par d’énig­ma­tiques mont­joies sé­cu­laires. Cô­té mer, l’eu­ryth­mie du lit­to­ral est d’une vo­lup­té vive. À Sète, c’est en haut du mont Saint­clair – l’ami­ra­dou ai­mé du poète oc­ci­tan Max Rou­quette – que la Mé­di­ter­ra­née vous em­mène en voyage. À ses pieds, à perte de vue, « la plus belle géo­gra­phie du monde ». Même Georges Bras­sens, qui bro­car­dait « les im­bé­ciles heu­reux qui sont nés quelque part », re­mi­sait ses prin­cipes les yeux ri­vés sur la Grande Bleue et évo­quait « la pe­tite pres­qu’île / Où ja­dis bien tran­quille / Moi je suis né na­tif ».

À table aus­si, la poé­sie dresse son cou­vert au coude-à-coude avec les pi­liers du ter­roir. Sou­le­vez dis­crè­te­ment le cou­vercle de la cas­sole, qui cla­pote en sour­dine de plai­sir, et hu­mez.

Es­cou­billes, cran­quettes, rou­bious, fé­chou­lette… Vous n’y en­ten­dez rien? Mais si, il vous suf­fit de tendre l’oreille. Les mots claquent, roulent, rou­coulent comme s’ils vou­laient ex­traire jus­qu’à la der­nière syl­labe leurs so­no­ri­tés. Les mets ont la po­li­tesse de res­pec­ter les pré­li­mi­naires, on n’entre pas di­rect dans le vif du su­jet: on n’est pas au pays des trou­ba­dours et de l’amour cour­tois pour des guignes! Et qui dé­men­ti­ra que bien man­ger est un acte dou­cet­te­ment em­preint d’éro­tisme? Tegà (par­bleu)!

Par les routes, sen­tiers, drailles lan­gue­do­ciennes, par les che­mins de ha­lage du ca­nal du Mi­di, les ca­lades qui font rou­ler le pied des vil­lages, les rives des lacs et des la­gunes…

Anam veire lo so­lèlh (Al­lons voir le so­leil), caminarem !

DO­MI­NIQUE RO­GER Abon­nez-vous à Dé­tours en France sur: www.bou­tique.de­tour­sen­france.com, c’est ra­pide, simple et sé­cu­ri­sé… Plus d’in­fos sur: www.de­tour­sen­france.fr

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