– ANA­LYSE La Grèce dans le monde : nou­veaux dé­fis, nou­velles op­por­tu­ni­tés

Diplomatie - - Éditorial - Georges Pré­vé­la­kis

La Grèce pa­raît avoir échap­pé à la « bal­ka­ni­té » qui ca­rac­té­ri­sait son his­toire, de­puis sa créa­tion pen­dant les an­nées 1830 jus­qu’à la guerre ci­vile. Pour­tant, cette image doit être nuan­cée. Fra­gi­li­sée éco­no­mi­que­ment, elle éprou­ve­rait au­jourd’hui plus de dif­fi­cul­tés à ré­sis­ter à un en­vi­ron­ne­ment géo­po­li­tique dé­sta­bi­li­sa­teur.

De­puis la fin de la guerre ci­vile, en 1949, la Grèce a vé­cu dans un cli­mat de sé­cu­ri­té. Ayant pu évi­ter son ab­sorp­tion par le bloc com­mu­niste, elle a fait par­tie de plu­sieurs or­ga­ni­sa­tions in­ter­na­tio­nales. Membre de l’OTAN à par­tir de 1952, membre fon­da­teur de l’Or­ga­ni­sa­tion eu­ro­péenne de co­opé­ra­tion éco­no­mique (OECE), créée en 1948 et trans­for­mée en Or­ga­ni­sa­tion de co­opé­ra­tion et de dé­ve­lop­pe­ment éco­no­miques (OCDE) en 1961, membre de la Com­mu­nau­té éco­no­mique eu­ro­péenne de­puis 1981 et de l’Eu­ro­zone de­puis 2001, elle semble un pays par­fai­te­ment in­té­gré dans le monde oc­ci­den­tal et en avance par rap­port à son voi­si­nage.

La crise éco­no­mique amor­cée en 2010 et l’échec de la stra­té­gie eu­ro­péenne pour son sau­ve­tage la dif­fé­ren­cient tou­te­fois des autres pays eu­ro­péens. L’Es­pagne, le Por­tu­gal et l’Ir­lande, qui ont connu des si­tua­tions com­pa­rables, ont réus­si à ré­ta­blir leur équi­libre éco­no­mique. Mais la Grèce se trouve tou­jours sous tu­telle eu­ro­péenne. Plus graves en­core pour l’ave­nir sont cer­tains conten­tieux, plus ou moins « fi­gés », avec ses voi­sins. Par­mi eux, ceux qui causent le plus d’in­quié­tudes concernent sa re­la­tion avec la Tur­quie.

Chypre, la clé de la re­la­tion gré­co-turque

La dé­faite de l’ar­mée grecque en Asie Mi­neure en 1922 et l’échange de po­pu­la­tions qui en a ré­sul­té ont mar­qué la fin de la « Grande Idée », le pro­jet grec de conquête de Cons­tan­ti­nople et d’ex­ten­sion des ter­ri­toires grecs. La nou­velle Tur­quie, créée par Mus­ta­fa Ke­mal, n’était pas ani­mée par des vi­sées ré­vi­sion­nistes. Les deux États mo­dernes is­sus, avec un siècle d’écart, de la dé­com­po­si­tion de l’Em­pire ot­to­man,

la Grèce et la Tur­quie, s’ac­cor­daient en­fin à la pré­ser­va­tion du sta­tu quo ter­ri­to­rial, éta­bli par le Trai­té de Lau­sanne en 1923. Ain­si, à la fin de la Se­conde Guerre mon­diale, quand la Grèce a ob­te­nu les îles du Do­dé­ca­nèse, en­le­vées à l’Em­pire ot­to­man par l’Ita­lie en 1911, la Tur­quie n’a pas sou­le­vé de contes­ta­tions. D’ailleurs, la me­nace de l’Union so­vié­tique, à la re­cherche d’un dé­bou­ché vers les mers chaudes à tra­vers les dé­troits turcs et la mer Égée, ren­for­çait les liens de so­li­da­ri­té entre ces deux pays qui al­laient bien­tôt re­joindre l’OTAN. Cette en­tente fut bri­sée par la ques­tion chy­priote.

Chypre, sous ad­mi­nis­tra­tion bri­tan­nique de­puis 1878, avait été an­nexée par l’Em­pire bri­tan­nique en 1914 et dé­cla­rée co­lo­nie de la cou­ronne bri­tan­nique en 1925. Les Chy­priotes grecs, sou­te­nus par Athènes, es­pé­raient une évo­lu­tion si­mi­laire à celle du Do­dé­ca­nèse. Le gou­ver­ne­ment bri­tan­nique s’est pour­tant op­po­sé à la pers­pec­tive de l’Enos­sis (l’union avec la Grèce). En 1955, les Grecs ont lan­cé la lutte ar­mée contre les forces bri­tan­niques. Pro­ba­ble­ment en­cou­ra­gée par la di­plo­ma­tie bri­tan­nique, la Tur­quie a re­ven­di­qué sa par­ti­ci­pa­tion aux né­go­cia­tions concer­nant le sort de Chypre, au nom des Chy­priotes mu­sul­mans. Chypre a ga­gné son in­dé­pen­dance en 1960 à la suite d’un ac­cord entre la Grèce, la Tur­quie et le Royaume-Uni, la consti­tu­tion de Chypre étant ga­ran­tie par les trois États. Le Royaume-Uni a ob­te­nu deux grandes bases sou­ve­raines et s’est éri­gé de fac­to en ar­bitre entre les deux an­ta­go­nistes. Ain­si, une af­faire co­lo­niale a été trans­for­mée en ques­tion in­ter­eth­nique. Les fai­blesses in­hé­rentes au sys­tème ins­ti­tu­tion­nel du nou­vel État ont conduit ra­pi­de­ment à l’im­passe po­li­tique. En 1963, les pre­mières vio­lences ont écla­té. Un peu plus de dix ans plus tard, en 1974, les troupes turques ont dé­bar­qué sur l’île après un putsch avor­té or­ga­ni­sé par la dic­ta­ture mi­li­taire au pou­voir à Athènes. L’île fut di­vi­sée en une par­tie sep­ten­trio­nale, sous contrôle mi­li­taire turc, et une par­tie mé­ri­dio­nale, sous l’au­to­ri­té de l’État chy­priote. De­puis, la ques­tion chy­priote n’a pas ces­sé d’oc­cu­per les ins­ti­tu­tions in­ter­na­tio­nales, dont les ef­forts pour par­ve­nir à une so­lu­tion per­met­tant la réuni­fi­ca­tion de l’île échouent sys­té­ma­ti­que­ment. Ces échecs n’ont pour­tant pas em­pê­ché l’adhé­sion de Chypre à l’Union eu­ro­péenne en 2004. Une sé­rie de conten­tieux gré­co-turcs ont vu le jour comme con­sé­quence, di­recte ou in­di­recte, de la ques­tion chy­priote. Dans la me­sure où, en 1974, les deux pays se sont trou­vés au bord de la guerre, toutes les questions liées à la ges­tion de l’es­pace aé­rien et ma­ri­time égéen sont condi­tion­nées par les cal­culs mi­li­taires. La sus­pi­cion que les uns ou les autres cher­che­raient à ob­te­nir des condi­tions mi­li­taires avan­ta­geuses en cas de confron­ta­tion ar­mée com­plique les né­go­cia­tions et conduit sou­vent à l’im­mo­bi­lisme. Ain­si, la Grèce n’a pas pris le risque d’étendre ses eaux ter­ri­to­riales de 6 à 12 milles ma­rins, comme pré­vu par la Conven­tion des Na­tions unies sur le droit de la mer, le Par­le­ment turc ayant dé­cla­ré qu’une telle ac­tion consti­tue­rait un ca­sus bel­li. Le manque de confiance et l’an­ta­go­nisme entre les deux al­liés créent évi­dem­ment de graves dif­fi­cul­tés au sein de l’OTAN.

Aux as­pects pu­re­ment mi­li­taires, il faut ajou­ter les nou­veaux en­jeux liés à la pers­pec­tive de dé­cou­verte et d’ex­ploi­ta­tion d’hy­dro­car­bures en mer Égée et en Mé­di­ter­ra­née orien­tale. La dé­li­mi­ta­tion de la zone éco­no­mique ex­clu­sive (ZEE) des deux pays en mer Égée de­vient qua­si im­pos­sible puisque la Tur­quie consi­dère que sa ZEE doit s’étendre à 200 milles nau­tiques à par­tir du lit­to­ral conti­nen­tal tan­dis que, pour la Grèce, le point de dé­part du même cal­cul est consti­tué par le lit­to­ral in­su­laire. Dans le pre­mier cas, la mer Égée se­rait par­ta­gée entre la Grèce et la Tur­quie, trans­for­mant les îles orien­tales grecques en ex­claves (1), tan­dis que, dans le deuxième cas, toute la mer Égée de­vien­drait un « lac grec ». Sans ac­cord sur la dé­li­mi­ta­tion des ZEE, les res­sources res­tent in­ex­ploi­tées. Ce dif­fé­rend est en­core com­pli­qué par l’im­pli­ca­tion de Chypre, de l’Égypte et d’Is­raël, pays qui nour­rissent eux aus­si l’es­poir d’ex­ploi­ter des gi­se­ments éner­gé­tiques si­tués dans leurs do­maines ma­ri­times. Le dos­sier éner­gé­tique pré­sente d’ailleurs éga­le­ment un vo­let « trans­port et ache­mi­ne­ment », dont plu­sieurs pro­jets al­ter­na­tifs et an­ta­go­nistes de « tubes » cris­tal­lisent les en­jeux. L’im­por­tance des îles pour la dé­li­mi­ta­tion des zones ma­ri­times conduit à de dan­ge­reuses fric­tions. En 1995, la Grèce et la Tur­quie se sont trou­vées au bord d’une confron­ta­tion ar­mée à pro­pos d’un îlot in­ha­bi­té mais stra­té­gi­que­ment si­tué

La dé­li­mi­ta­tion de la zone éco­no­mique ex­clu­sive (ZEE) des deux pays en mer Égée de­vient qua­si im­pos­sible puisque la Tur­quie consi­dère que sa ZEE doit s’étendre à 200 milles nau­tiques à par­tir du lit­to­ral conti­nen­tal tan­dis que, pour la Grèce, le point de dé­part du même cal­cul est consti­tué par le lit­to­ral in­su­laire.

(Imia/Kar­dak). De­puis, la Tur­quie mène cam­pagne pour dé­fendre sa théo­rie des « zones grises », se­lon la­quelle elle conteste la sou­ve­rai­ne­té grecque sur plu­sieurs îles, îlots, et ro­chers en mer Égée. Une guerre di­plo­ma­tique et ju­ri­dique sé­vit au­tour de cette nou­velle ques­tion.

Aux pro­blèmes de Chypre et de la mer Égée viennent s’ajou­ter les ten­sions liées aux mi­no­ri­tés. La mi­no­ri­té chré­tienne or­tho­doxe en Tur­quie a for­te­ment di­mi­nué au fil des crises tur­co-grecques tan­dis que la mi­no­ri­té mu­sul­mane en Grèce n’a pas connu de di­mi­nu­tion sen­sible. Le « com­pro­mis his­to­rique » d’Elef­thé­rios Ve­ni­zé­los et de Mus­ta­fa Ke­mal a donc été sé­rieu­se­ment mis à mal pen­dant les der­nières dé­cen­nies.

Les rap­ports avec les Bal­kans

À la fin de la guerre froide, l’éco­no­mie grecque a bé­né­fi­cié de l’ou­ver­ture de sa fron­tière sep­ten­trio­nale. L’im­mi­gra­tion al­ba­naise a contri­bué à la baisse du coût du travail tan­dis que les pro­duits et les ca­pi­taux grecs trou­vaient dans les Bal­kans un es­pace d’ex­pan­sion dans le­quel les Grecs dis­po­saient des avan­tages géo­gra­phiques et cultu­rels. Pour­tant, cer­tains mau­vais sou­ve­nirs ont per­tur­bé les re­la­tions d’Athènes avec ses voi­sins et ont conduit à des di­ver­gences avec ses par­te­naires oc­ci­den­taux. Le prin­ci­pal pro­blème concerne la « ques­tion du nom » : la Grèce conteste le droit d’uti­li­sa­tion du nom de « Ma­cé­doine » par l’État hé­ri­tier de la Ré­pu­blique fé­dé­rale you­go­slave ho­mo­nyme, re­fu­sant ce qu’elle consi­dère comme une ap­pro­pria­tion his­to­rique et crai­gnant des re­ven­di­ca­tions ter­ri­to­riales sur le nord de son ter­ri­toire. En 2008, elle a blo­qué l’en­trée de cette der­nière à l’OTAN. Cette po­li­tique a contri­bué à la dé­gra­da­tion de l’image in­ter­na­tio­nale de la Grèce, une image dé­jà écor­née par l’at­ti­tude

La mau­vaise ex­pé­rience eu­ro­péenne concer­nant la Grèce a consti­tué un ar­gu­ment contre l’élar­gis­se­ment de l’Eu­rope vers le sud-est. De­puis, on as­siste à un ré­tré­cis­se­ment dras­tique de l’in­fluence grecque dans les Bal­kans.

pro­serbe de la po­pu­la­tion grecque lors de la guerre du Ko­so­vo, à la fin des an­nées 1990. En­fin, la re­la­tion avec l’Al­ba­nie tra­verse sou­vent des dif­fi­cul­tés à cause de l’exis­tence d’une mi­no­ri­té grecque dans le sud de ce pays.

Mal­gré ces questions ré­si­duelles d’un pas­sé bal­ka­nique tu­mul­tueux, la Grèce des an­nées 1990 et 2000 fai­sait fi­gure d’État mo­dèle ré­gio­nal, de lea­der de l’en­semble des Bal­kans sur la voie de l’« eu­ro­péa­ni­sa­tion », d’al­lié des autres pays bal­ka­niques, et même de la Tur­quie, dans leur ef­fort pour adhé­rer à l’Union eu­ro­péenne. La crise éco­no­mique de 2010 a pour­tant mo­di­fié le rap­port de la Grèce à son voi­si­nage. La mau­vaise ex­pé­rience eu­ro­péenne concer­nant la Grèce a consti­tué un ar­gu­ment contre l’élar­gis­se­ment de l’Eu­rope vers le su­dest. De­puis, on as­siste à un ré­tré­cis­se­ment dras­tique de l’in­fluence grecque dans les Bal­kans.

La Grèce et les « puis­sances »

De­puis sa créa­tion, la Grèce a consti­tué une pomme de dis­corde entre les puis­sances eu­ro­péennes, aux­quelles se sont ajou­tés, à la fin des an­nées 1940, les États-Unis d’Amé­rique. Les conflits eu­ro­péens et in­ter­na­tio­naux ont eu un lourd im­pact sur la vie po­li­tique grecque, in­dui­sant de vio­lentes di­vi­sions entre les par­ti­sans des uns et ceux des autres. Ain­si, la ques­tion de la par­ti­ci­pa­tion de la Grèce au cô­té de l’En­tente lors de la Pre­mière Guerre mon­diale est à l’ori­gine du Di­chas­mos (« di­vi­sion en deux ») entre roya­listes et vé­ni­zé­listes, tan­dis que la guerre ci­vile des an­nées 1940 a pré­fi­gu­ré la guerre froide.

Mal­gré l’im­por­tance de l’Union eu­ro­péenne dans la vie éco­no­mique et po­li­tique grecque, le lien avec les États-Unis reste pri­mor­dial. Le contrôle du ter­ri­toire grec a consti­tué un élé­ment es­sen­tiel de la dé­fense oc­ci­den­tale contre le bloc com­mu­niste, mais aus­si de la po­li­tique amé­ri­caine au Moyen-Orient et en Afrique du Nord. Ce deuxième as­pect a pris au­jourd’hui une di­men­sion par­ti­cu­lière. La base mi­li­taire de Sou­da, en Crète, est un élé­ment fon­da­men­tal du dis­po­si­tif amé­ri­cain. Pays tra­di­tion­nel­le­ment proa­rabe, la Grèce a beau­coup dé­ve­lop­pé sa co­opé­ra­tion po­li­tique et mi­li­taire avec Is­raël de­puis la dé­gra­da­tion de la re­la­tion tur­co-is­raé­lienne, sans doute sous l’im­pul­sion des Amé­ri­cains. Elle compte en re­tour beau­coup sur la pro­tec­tion mi­li­taire et po­li­tique amé­ri­caine. Dans les mo­ments d’hé­si­ta­tion des Eu­ro­péens, le pré­sident amé­ri­cain les a for­te­ment dis­sua­dés de pous­ser la Grèce hors de l’Eu­ro­zone. Outre les liens stra­té­giques et po­li­tiques, l’im­por­tante com­mu­nau­té grecque amé­ri­caine contri­bue à rap­pro­cher les deux pays. Ces liens étroits n’em­pêchent pas l’exis­tence d’un cou­rant an­ti­amé­ri­cain, certes mi­no­ri­taire, mais qui s’ex­prime par­fois de ma­nière vio­lente.

Mal­gré le sou­ve­nir de la ré­pres­sion de la gué­rilla an­ti­co­lo­nia­liste de Chypre pen­dant les an­nées 1950, la Grèce reste éga­le­ment étroi­te­ment liée au Royau­meU­ni. La lutte com­mune contre les forces de l’Axe et, sur­tout, la tra­di­tion par­ta­gée de « ma­ri­ti­mi­té » consti­tuent des bases so­lides pour cette re­la­tion. À l’ins­tar de la dia­spo­ra dans le cas amé­ri­cain, la ma­rine mar­chande grecque forme la prin­ci­pale ar­ti­cu­la­tion entre les deux pays. Avec l’Al­le­magne, la re­la­tion a tou­jours été pas­sion­nelle, ir­ra­tion­nelle et dif­fi­cile. Étant don­né le rôle de la ré­fé­rence hel­lé­nique dans la construc­tion de l’iden­ti­té na­tio­nale al­le­mande, la Grèce oc­cupe une place cen­trale dans l’ima­gi­naire de cette Na­tion. L’État grec a par ailleurs été construit par les Ba­va­rois pen­dant les an­nées 1830 et 1840, pé­riode

connue dans l’his­toire grecque comme la « Ba­va­ro­cra­tie » (do­mi­na­tion ba­va­roise). La mé­moire de l’oc­cu­pa­tion na­zie (1941-1944) est lourde, mais, en même temps, l’in­fluence spi­ri­tuelle al­le­mande a été puis­sante pen­dant toute l’his­toire de l’État grec. L’éco­no­mie al­le­mande, pré­do­mi­nante au­jourd’hui en Grèce, a été très pré­sente aus­si au cours de l’entre-deux-guerres. Mais, mal­gré son sou­tien éco­no­mique ac­tuel, l’Al­le­magne ne bé­né­fi­cie pas en Grèce d’une image très fa­vo­rable.

La Rus­sie a joué un rôle fon­da­men­tal dans l’émer­gence du na­tio­na­lisme grec aux XVIIIe et XIXe siècles. La foi com­mune, l’or­tho­doxie, consti­tue un lien spi­ri­tuel et po­li­tique puis­sant. Pour­tant, la re­la­tion gré­co-russe est aus­si pleine d’am­bi­guï­tés. La Rus­sie tsa­riste, et en­suite l’Union so­vié­tique, ont sys­té­ma­ti­que­ment sou­te­nu les peuples or­tho­doxes slaves contre les Grecs. Au sein du monde or­tho­doxe, le pa­triar­cat de Mos­cou, qui se consi­dère comme la « troi­sième Rome », est en com­pé­ti­tion avec le pa­triar­cat oe­cu­mé­nique de Cons­tan­ti­nople (la « deuxième Rome »). Mal­gré ces fric­tions, il y a tou­jours en Grèce un camp pro­russe, par­ta­gé entre une ver­sion ul­tra­na­tio­na­liste et une ver­sion nos­tal­gique du com­mu­nisme. La re­la­tion fran­co-grecque est la moins am­bi­va­lente. Les deux pays sont liés par leur vo­ca­tion mé­di­ter­ra­néenne. Les re­la­tions in­tel­lec­tuelles ont tou­jours été puis­santes. L’École fran­çaise d’Athènes fut la pre­mière école d’ar­chéo­lo­gie en Grèce et reste la plus grande par­mi les écoles d’ar­chéo­lo­gie fran­çaises. Chaque fois que la Grèce a été ti­raillée entre des orien­ta­tions géo­po­li­tiques op­po­sées, la France a re­pré­sen­té une so­lu­tion de conci­lia­tion. Pen­dant la guerre ci­vile, elle a ac­cueilli et sau­vé un nombre consi­dé­rable d’in­tel­lec­tuels et d’ar­tistes com­mu­nistes. Pen­dant la dic­ta­ture des co­lo­nels, Pa­ris a été le prin­ci­pal foyer de ré­sis­tance à l’étran­ger. Au mo­ment de l’ef­fon­dre­ment de la dic­ta­ture mi­li­taire, quand l’an­ti­amé­ri­ca­nisme bat­tait son plein en Grèce, le sou­tien de Va­lé­ry Gis­card d’Es­taing à Cons­tan­tin Ca­ra­man­lis a contri­bué à éloi­gner le risque d’une rup­ture entre la Grèce et le monde oc­ci­den­tal. La France a été le prin­ci­pal sou­tien des ef­forts grecs pour adhé­rer à la CEE. La crise éco­no­mique ac­tuelle met à nouveau en avant le rôle fran­çais de mé­dia­tion, cette fois entre la Grèce et l’Al­le­magne.

Une pré­sence glo­bale hors contrôle d’Athènes

L’État grec consti­tue un ac­teur in­ter­na­tio­nal clas­sique. On ne peut pour­tant comprendre son fonc­tion­ne­ment in­ter­na­tio­nal si l’on fait abs­trac­tion des autres formes de pré­sence mon­diale grecque, qui, sans en dé­pendre, lui sont étroi­te­ment liées.

Chypre consti­tue le cas le plus évident. Il s’agit d’un deuxième État grec, sur­tout après les évé­ne­ments de 1974 qui ont conduit à son hel­lé­ni­sa­tion par le re­grou­pe­ment des Chy­priotes turcs dans la par­tie de l’île qui échappe à son contrôle. Il s’agit d’un État avec de grandes par­ti­cu­la­ri­tés liées à la pré­sence bri­tan­nique et turque sur son ter­ri­toire et à l’im­pli­ca­tion conti­nue des ins­tances in­ter­na­tio­nales dans le main­tien de la paix et la re­cherche d’une so­lu­tion. Si, pen­dant les an­nées 1950, l’union avec la Grèce ap­pa­rais­sait comme le meilleur moyen de ren­for­cer l’en­semble grec, au­jourd’hui, l’exis­tence de deux États pré­sente cer­tains avan­tages puis­qu’elle as­sure une double re­pré­sen­ta­tion in­ter­na­tio­nale et com­mu­nau­taire.

La dia­spo­ra grecque est quant à elle la deuxième forme de pré­sence in­ter­na­tio­nale hors contrôle athé­nien. Les Grecs de la dia­spo­ra, éva­lués entre quatre et cinq mil­lions, sont ins­tal­lés dans les grandes mé­tro­poles mon­diales et exercent une in­fluence éco­no­mique, in­tel­lec­tuelle et po­li­tique sans com­mune me­sure avec leur nombre : le lob­by gré­co-amé­ri­cain a ain­si réus­si à chan­ger la po­li­tique amé­ri­caine en­vers la Tur­quie après la crise de 1974. Et toutes les grandes uni­ver­si­tés mon­diales ac­cueillent des uni­ver­si­taires et des cher­cheurs grecs.

La troi­sième forme de pré­sence in­ter­na­tio­nale est la ma­rine mar­chande. La flotte mar­chande ap­par­te­nant aux Grecs, de Grèce ou de Chypre, est la plus im­por­tante et la plus dynamique au monde et son in­fluence in­ter­na­tio­nale, certes chao­tique et dis­crète, est réelle. Les ar­ma­teurs grecs contrôlent des ca­pi­taux consi­dé­rables et dis­posent de puis­sants ré­seaux de re­la­tions en Oc­ci­dent et en Orient.

Une qua­trième pré­sence in­ter­na­tio­nale liée à la Grèce vient du rôle des ins­ti­tu­tions re­li­gieuses chré­tiennes or­tho­doxes et hel­lé­no­phones. Bar­tho­lo­mée, le pa­triarche oe­cu­mé­nique de Cons­tan­ti­nople, pri­mus in­ter pares par­mi les évêques chré­tiens or­tho­doxes, est une per­son­na­li­té in­ter­na­tio­nale fort res­pec­tée. Les pa­triar­cats or­tho­doxes d’Alexan­drie et de Jé­ru­sa­lem exercent une grande in­fluence au Moyen-Orient et en Afrique. Il existe une géo­po­li­tique re­li­gieuse au­tour du monde or­tho­doxe, dans la­quelle les ac­teurs liés plus ou moins di­rec­te­ment à la Grèce jouent un rôle de pre­mier plan.

Le contrôle du ter­ri­toire grec a consti­tué un élé­ment es­sen­tiel de la dé­fense oc­ci­den­tale contre le bloc com­mu­niste, mais aus­si de la po­li­tique amé­ri­caine au Moyen-Orient et en Afrique du Nord. Ce deuxième as­pect a pris au­jourd’hui une di­men­sion par­ti­cu­lière.

Les pers­pec­tives

De­puis les an­nées 1950, la Grèce n’a pas été confron­tée à son an­cien pro­blème de choix entre plu­sieurs puis­sances « pro­tec­trices ». La guerre froide, et en­suite sa fai­blesse, ont li­mi­té l’em­prise de la Rus­sie en Grèce, tan­dis que le pro­ces­sus eu­ro­péen a éli­mi­né les an­ta­go­nismes entre les puis­sances oc­ci­den­tales. Cette pé­riode géo­po­li­tique semble pour­tant ar­ri­ver à sa fin. La Rus­sie est en train de dé­ve­lop­per à nouveau son in­fluence dans les Bal­kans et au Moyen-Orient. Le Brexit et les prises de po­si­tion du nouveau pré­sident amé­ri­cain, ain­si que cer­taines dé­cla­ra­tions al­le­mandes, sou­lèvent des in­quié­tudes quant à la bonne en­tente entre les prin­ci­paux al­liés de l’OTAN. Une éven­tuelle di­ver­gence entre l’Eu­rope conti­nen­tale et l’en­semble com­po­sé des États-Unis et du Royaume-Uni pla­ce­rait la po­li­tique étran­gère et de dé­fense grecque de­vant de graves di­lemmes. Dé­pen­dante éco­no­mi­que­ment de l’Al­le­magne et mi­li­tai­re­ment des États-Unis, liée ins­ti­tu­tion­nel­le­ment à l’Union eu­ro­péenne mais ayant des liens au moins aus­si pro­fonds avec le monde at­lan­tique, la Grèce ris­que­rait de se re­trou­ver face à ses vieux dé­mons. Elle au­rait à nouveau be­soin de la mé­dia­tion fran­çaise.

La Grèce de­vra en même temps gé­rer les questions liées à l’in­sta­bi­li­té ré­gio­nale. Dans les Bal­kans, les an­ciens pro­blèmes is­sus de la dis­lo­ca­tion de la You­go­sla­vie ne sont tou­jours pas ré­so­lus. Les im­passes éco­no­miques et l’éloi­gne­ment de la pers­pec­tive d’adhé­sion des Bal­kans oc­ci­den­taux à l’Union eu­ro­péenne créent une am­biance de plus en plus pré­oc­cu­pante.

Ce qui se passe en Tur­quie est bien plus grave. Le dur­cis­se­ment du ré­gime ne masque que pro­vi­soi­re­ment les contra­dic­tions qui tra­versent la so­cié­té turque, comme la dif­fé­rence entre la Tur­quie oc­ci­den­ta­li­sée des lit­to­raux et des grandes villes et la Tur­quie « pro­fonde » de l’in­té­rieur, ain­si que l’op­po­si­tion re­li­gieuse et po­li­tique entre sun­nites et alé­vis. La ques­tion kurde consti­tue une vé­ri­table bombe à re­tar­de­ment. La si­tua­tion est en­ve­ni­mée par l’in­com­pré­hen­sion oc­ci­den­tale. Une ag­gra­va­tion éven­tuelle de la si­tua­tion turque au­rait des consé­quences né­fastes pour la Grèce, al­lant de l’ar­ri­vée mas­sive de ré­fu­giés jus­qu’au dan­ger d’une confron­ta­tion ar­mée. Pen­dant les pro­chaines an­nées, la Grèce, dé­jà af­fai­blie par la crise éco­no­mique et po­li­tique, risque donc de se trou­ver confron­tée à de graves dif­fi­cul­tés ré­gio­nales, tout en étant ti­raillée entre les orien­ta­tions tra­di­tion­nelles contra­dic­toires de sa po­li­tique étran­gère, l’orien­ta­tion ma­ri­time et l’orien­ta­tion conti­nen­tale, et sou­mise aux at­trac­tions an­ta­go­nistes amé­ri­caine, al­le­mande et russe. À ce contexte géo­po­li­tique in­quié­tant s’ajoute le fac­teur dé­mo­gra­phique. La Grèce a re­joint le reste de l’Eu­rope dans le dé­clin dé­mo­gra­phique. De plus, sa po­pu­la­tion jeune fuit la crise, as­pi­rée par les pays de l’Eu­rope oc­ci­den­tale qui ac­cueillent vo­lon­tiers ce peuple de dia­spo­ra à l’in­té­gra­tion fa­cile. Pa­ral­lè­le­ment, la Grèce est en contact avec des zones dé­mo­gra­phi­que­ment très dy­na­miques, comme l’Afrique et le Moyen-Orient. L’ef­fet com­bi­né du dé­part de Grecs et de l’ar­ri­vée d’étran­gers consti­tue un nouveau dé­fi. Néan­moins, la Grèce a dé­mon­tré sa ca­pa­ci­té in­té­gra­trice lors­qu’elle a ac­cueilli un mil­lion d’Al­ba­nais après la chute du mur.

Ces images des­sinent un ave­nir peu ras­su­rant. Elles sont pour­tant liées uni­que­ment à la réa­li­té éta­tique et territoriale. La pré­sence glo­bale, dia­spo­rique, ma­ri­time et re­li­gieuse s’ins­crit dans des lo­giques géo­po­li­tiques dif­fé­rentes, pleines d’op­por­tu­ni­tés. La mon­dia­li­sa­tion, la so­cié­té de l’in­for­ma­tion et les grandes re­com­po­si­tions géo­cul­tu­relles et géo­po­li­tiques fa­vo­risent les ex­pres­sions ré­ti­cu­laires du néo­hel­lé­nisme et lui per­mettent de com­pen­ser les im­per­fec­tions de son in­car­na­tion sta­to-na­tio­nale. Sur la scène in­ter­na­tio­nale, la per­cep­tion de la Grèce est condi­tion­née par cer­taines re­pré­sen­ta­tions géo­gra­phiques. La Grèce est sys­té­ma­ti­que­ment clas­sée dans une Eu­rope mé­ri­dio­nale, chré­tienne et mé­di­ter­ra­néenne, dans le même en­semble que l’Ita­lie, l’Es­pagne et le Por­tu­gal. Pour­tant, pour comprendre la place grecque dans le monde, il se­rait plus per­ti­nent de la com­pa­rer avec deux autres pays de son voi­si­nage : la Tur­quie et Is­raël. Elle par­tage avec la Tur­quie le grand car­re­four géos­tra­té­gique qui as­sure l’ar­ti­cu­la­tion entre l’Eu­rope, l’Asie et l’Afrique, ain­si qu’une culture po­li­tique hé­ri­tée du monde des em­pires. Sans coïn­ci­der, les en­jeux géo­po­li­tiques sont de même na­ture. Avec Is­raël, la com­pa­rai­son est fon­dée sur le dua­lisme géo­po­li­tique, géoé­co­no­mique et géo­cul­tu­rel : État et dia­spo­ra. À cette pre­mière si­mi­la­ri­té s’ajoute le rôle de l’hel­lé­nisme et du ju­daïsme pour la ci­vi­li­sa­tion oc­ci­den­tale qui ap­porte aux deux pays une sorte de « rente sym­bo­lique ». Après une longue pé­riode pen­dant la­quelle elles ont pro­fi­té de leur si­tua­tion géos­tra­té­gique, la Grèce et la Tur­quie risquent main­te­nant de se trou­ver ex­po­sées à la dé­sta­bi­li­sa­tion de leur en­vi­ron­ne­ment géo­po­li­tique. À l’ins­tar d’Is­raël, la Grèce es­père pour­tant bé­né­fi­cier de ses ré­serves sym­bo­liques, ex­tra­ter­ri­to­riales et ré­ti­cu­laires.

Une éven­tuelle di­ver­gence entre l’Eu­rope conti­nen­tale et l’en­semble com­po­sé des États-Unis et du Royau­meU­ni pla­ce­rait la po­li­tique étran­gère et de dé­fense grecque de­vant de graves di­lemmes.

ana­lysePar Georges Pré­vé­la­kis, pro­fes­seur des uni­ver­si­tés, uni­ver­si­té Pan­théonSor­bonne (Pa­ris-I).Pho­to ci-des­sus :Le drapeau de la Ré­pu­blique turque de Chypre du Nord et ce­lui de la Tur­quie flottent sur un poste de garde sur­plom­bant la ligne verte sur­veillée par l’ONU qui di­vise Ni­co­sie, ca­pi­tale à la fois de Chypre et de la Ré­pu­blique turque de Chypre du Nord, non re­con­nue in­ter­na­tio­na­le­ment. Der­nière ten­ta­tive en date pour ré­soudre le pro­blème chy­priote, la confé­rence qui s’est te­nue en Suisse fin juin 2017 a échoué à trou­ver un ac­cord sur la réuni­fi­ca­tion de l’île. Le man­dat de la force char­gée du main­tien de la paix est pro­ro­gé jus­qu’au 31 jan­vier 2018. (© Shut­ter­stock)

Pho­to ci-contre :Consi­dé­ré comme le « fon­da­teur de la Grèce mo­derne », Elef­thé­rios Ki­ria­kou Ve­ni­zé­los (18641936) mar­qua pro­fon­dé­ment la vie po­li­tique grecque de la fin du XIXe siècle et du dé­but du XXe, tant par sa po­li­tique de ré­formes éco­no­miques et so­ciales que par ses réus­sites di­plo­ma­tiques, no­tam­ment le qua­si-ac­com­plis­se­ment de la « Grande Idée » (union de tous les Grecs dans un seul État ayant pour ca­pi­tale Cons­tan­ti­nople) avec les trai­tés de Neuilly et de Sèvres. ( © US Li­bra­ry of Con­gress)

Pho­to ci-des­sus :Dans le cadre d’un exer­cice conjoint de l’OTAN, deux F-15E Strike Eagle amé­ri­cains ma­noeuvrent sur la base grecque de Sou­da, en Crète, en fé­vrier 2014. Cet exer­cice, le plus im­por­tant de­puis dix ans pour la force aé­rienne grecque, était des­ti­né à ren­for­cer la co­opé­ra­tion opé­ra­tion­nelle entre les deux ar­mées. (© Tho­mas Tro­wer/ US Air Force)

Pho­to ci-des­sous :Le pré­sident de la Fé­dé­ra­tion de Rus­sie, Vla­di­mir Pou­tine, et le Pre­mier mi­nistre grec, Alexis Tsi­pras, inau­gurent une ex­po­si­tion au musée by­zan­tin et ch­ré­tien d’Athènes le 27 mai 2016. Les re­la­tions gré­co-russes se basent sur des liens an­ciens, des af­fi­ni­tés his­to­riques, re­li­gieuses et cultu­relles et des échanges éco­no­miques si­gni­fi­ca­tifs. Avec l’ar­ri­vée au pou­voir du par­ti Sy­ri­za, ces élé­ments prennent une nou­velle di­men­sion, no­tam­ment à pro­pos de la re­la­tion entre l’Union eu­ro­péenne et la Rus­sie et dans la lec­ture de la si­tua­tion en Ukraine. (© krem­lin.ru)

Pho­to ci-des­sus :Le tan­ker Ma­ra­tha, sous pa­villon grec, dans le port de Gênes (Ita­lie) en oc­tobre 2015. Pre­mière au monde par sa ca­pa­ci­té de trans­port, la flotte grecque (c.-à-d. pos­sé­dée par un ar­ma­teur grec, quel que soit le pa­villon) est un atout consi­dé­rable sur le plan in­ter­na­tio­nal pour le pays. En 2013, le trans­port océa­nique re­pré­sen­tait ain­si plus de 7 mil­liards d’eu­ros d’ap­port pour la Grèce, soit plus de4 % du PIB, se­lon une étude Eu­ro­bank. Ce sec­teur, qui ne connaît pas la crise, conti­nue de bé­né­fi­cier d’une fis­ca­li­té ex­trê­me­ment avan­ta­geuse, pro­té­gée par l’ar­ticle 107 de la Consti­tu­tion grecque, ce qui ne manque pas de sus­ci­ter le dé­bat dans un pays où la ques­tion fis­cale est om­ni­pré­sente. (© Shut­ter­stock)

Note(1) Par­tie d’un pays ou d’un ter­ri­toire non connec­tée à la par­tie prin­ci­pale de ce­lui­ci, en­cer­clée par un pays ou un ter­ri­toire re­le­vant d’une autre sou­ve­rai­ne­té et pour le­quel elle consti­tue une en­clave (NdlR).Pour al­ler plus loin• Georges Pré­vé­la­kis, Qui sont les Grecs ? Une iden­ti­té en crise, Pa­ris, CNRS Édi­tions, sep­tembre 2017.

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